OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
Sous ce titre un peu général, je me propose de compléter ce que nous pouvons savoir encore du degré de développement qu'avaient atteint les anciens Aryas, sous le rapport des facultés de l'âme et des connaissances diverses qui dépendent de leur exercice. Tout ce que nous savons d'eux jusqu'à présent nous les montre comme une race éminemment intelligente et morale, et leur organisation sociale en fournit déjà les preuves; mais il serait intéressant de connaître plus spécialement les idées qu'ils se faisaient de la nature de l'âme, et des opérations de l'esprit, de savoir ce qu'étaient pour eux les notions morales du bien et du mal, ainsi que le sentiment du beau. Il importe aussi de rechercher ce qu'ils ont pu posséder en fait de connaissances réelles, fruits de l'expérience et de la réflexion, ou transmises par la tradition. On verra que cela se réduit à peu de chose, car il ne saurait être question de sciences proprement dites. Ainsi, leur système bien entendu de numération indique une certaine aptitude pour le calcul,
leur manière de diviser le temps suppose quelques notions fort simples d'astronomie, fondées sur l'observation du ciel. Leur médecine, par contre, n'avait sûrement rien de scientifique, bien qu'ils eussent quelque idée de la structure intérieure du corps humain. Elle ne consistait essentiellement qu'en procédés superstitieux, comme celle de beaucoup d'anciens peuples. Ils ne possédaient certainement aucune espèce d'annales historiques, puisque rien n'indique qu'ils aient connu un mode d'écriture quelconque, et la poésie traditionnelle leur tenait sans doute lieu d'histoire. En fait de traditions du passé, ils en avaient une concernant le déluge et l'homme sauvé de cette grande catastrophe, mais c'est la seule dont on puisse encore reconnaître les traces.
Tout cela serait fort insuffisant pour nous donner la mesure du développement intellectuel des anciens Aryas, et à voir la pauvreté des résultats, on serait tenté de conclure à une assez médiocre activité de la pensée. Cependant on se tromperait sans doute, car il ne faut pas oublier que nous n'avons ici d'autres moyens d'investigation que les langues, et qu'ainsi bien des points de la question restent forcément inabordables. D'un autre côté, toutefois, la linguistique nous ouvre une voie plus sûre et plus féconde, en nous permettant de pénétrer directement jusque dans le domaine même de l'esprit et de ses facultés, et ici les résultats laissent peu de chose à désirer. Nous commencerons donc par ce que j'appellerai, en quelque sorte, une psychologie naturelle et primitive des anciens Aryas, pour passer ensuite au petit nombre de questions indiquées pour les connaissances réelles. La religion, vu son importance, sera l'objet d'un examen particulier.