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PSYCHOLOGIE PRIMITIVE

Si la langue d'un peuple réfléchît fidèlement le monde dans lequel il vit et se développe, elle est plus immédiatement encore l'expression de sa manière de voir et de sentir, puisqu'elle constitue la manifestation même de l'esprit. Les facultés de Fâme humaine sont, il est vrai, partout identiques en principe; la raison, l'intelligence, le sens esthétique et moral obéissent partout aux mêmes lois générales; mais leur degré de développement varie à l'infini suivant les temps et les races, et cette variété, qui donne à chaque peuple son caractère propre, trouve dans le langage son expression la plus directe. A côté de ce qu'on appelle la grammaire générale, qui se base sûr la logique innée de l'esprit humain, on remarque autant de syntaxes particulières qu'il y a de langues distinctes. Le fond essentiel ne change pas, mais les procédés se modifient incessamment. Les mots mêmes qui servent à désigner l'esprit et ses opérations, jettent un jour immédiat sur la manière dont on les conçoit, partout du moins où l'on peut reconnaître encore leur sens primitif. On peut ainsi, par leur analyse, se faire une assez juste idée du développement intellectuel, ou du moins des aptitudes de l'esprit, et des tendances morales du peuple qui les a créés à son usage. C'est ce

que nous tenterons, dans la mesure du possible, pour les anciens Aryas, car cette recherche n'est pas sans importance pour arriver à se rendre compte des destinées historiques de cette grande race.

On ne saurait contester, en effet, que dans le drame de l'humanité, le rôle principal n'ait été dévolu aux descendants des Aryas primitifs, les seuls peuples du monde qui aient eu constamment le génie du progrès. Tandis que, partout ailleurs, d'antiques civilisations s'éteignent ou s'arrêtent pour déchoir, nous voyons chez les races ariennes, et à côté de défaillances partielles, une puissance de vie qui se révèle par des rénovations successives et des développements incessants. Un fait aussi général ne peut s'expliquer que par des aptitudes propres à cette race, sans qu'il faille cependant les faire dépendre trop exclusivement de causes physiologiques. Les germes de ces aptitudes existaient-ils déjà chez les anciens Aryas, et leur langue en avait-elle reçu quelque empreinte encore reconnaissable? Telle est la question qui se présente. Pour être traitée à fond, elle exigerait de grands développements, et je ne pourrai y toucher ici que par quelques points principaux.

On a souvent observé que les idées abstraites, et les choses qui ne tombent pas sous les sens, s'expriment figurément par des termes d'une signification concrète et plus ou moins matérielle. Les exemples de ce genre abondent dans toutes les langues, et sont surtout frappants chez les races d'une culture peu avancée. C'est que nulle partie langage n'a été formé par des philosophes et avec réflexion, mais par des hommes à impressions vives qui se traduisaient immédiatement en images. Or, ces hommes ne distinguaient pas, dans le sentiment complexe de la vie, les éléments d'une double nature, et ils s'attachaient instinctivement à ce qui frappait leurs sens. Ainsi,

l'âme n'était pour eux que le souffle vital, la pemce qu'une vue, une parole ou un mouvement intérieur, l'idée qu'une image visible, etc. Ces expressions figurées sont d'autant plus naïvement matérielles que la culture de l'esprit est moins avancée. Entre parler dans le ventre pour penwt\ comme dît, d'après Forster, le sauvage de l'Océanie, et le rogharp (de co~ agitarè) du Romain, qui peint le mouvement de l'esprit,, il y a une grande différence, bien que les deux expressions n'aient qu'un sens matériel. On pourrait déjà, de cette unique donnée. conclure à la supériorité intellectuelle du Hoinajn sur le sauvage.

Dans la suite des temps, et avec les progrès do l'esprit humain, les termes de ce genre, sans disparaître du langage, tendent à perdre de plus en plus leur signification primitive pour prendre l'apparence de signes immédiats de l'idée. Quand nous parlons de Y âme' ou de Y esprit, nous oublions que cvs mots ne désignent en réalité que le souffle, et le nom de la pensée ne réveille point en nous la notion de peser ou de balancer, qui est celle du latin pensare. Parvenu à un certain degré d'indépendance et de vie propre, l'esprit se dégage de l'image pour aller droit à l'idée. On conçoit sans peine qu'en tenant compte des faits analogues, on puisse, par lexamen des mots, juger du degré de développement intellectuel qui correspond à une certaine époque de l'évolution d'une langue. C'est en appliquant ce principe au vocabulaire primitif des Aryas, que nous pourrons en tirer quelques inductions sur les aptitudes qui les distinguaient déjà avant leur dispersion.

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