LA NUMÉRATION
La formation des noms de nombre remonte partout à la plus haute antiquité. Aucun idiome connu n'en est complètement dépourvu, bien que certains sauvages très-inintelligents ne sachent pas compter au delà de cinq, et même de trois. La comparaison des termes numériques est un des moyens les plus simples pour s'orienter au début dans le classement des familles de langues. La famille arienne en est un exemple frappant, car aucune autre catégorie de mots n'y offre un ensemble aussi complet de concordances. Le tableau comparatif de ces nom» de nombre a été déjà présenté si souvent qu'il serait inutile de le répéter ici. Je me bornerai donc à quelques remarques sur ceux de ces noms qui peuvent jeter du jour sur la nature de ce système de numération.
C'est un problème difficile de rechercher les origines des noms de nombre; car, d'une part, il n'est pas aisé de se figurer à priori à quelle signification matérielle l'idée abstraite de chaque nombre a été rattachée dans le principe, et de l'autre, les termes numériques, partout très-anciens, et par suite de leur fréquent usage, ont subi des altérations quelquefois considérables. Pour les langues ariennes, cette question a été abor-
clée par plusieurs des linguistes de 1 Allemagne» ; * mai?; leurs conjectures diffèrent considcTnblementj et si quelques points ont été cclaîrcis, d'autres restent et resteront toujours Fort obscurs. Moi-même, il y a plus de trente ans, j'ai essayé de la traiter dans un mémoire présenté à l'Institut pour le concours du prix Volney, et qui a obtenu une mention trèslionornble. Cependant je ne lai point publié, parce que je Tai jugé trop hypothétique à quelques égards. C'est à ce mémoire que j'emprunte quelques-unes des considérations qui suivent, et qui me semblent encore avoir en leur faveur un certain degré de probabilité.