SECTION L § 366. NOTIONS ASTRONOMIQUES
L'astronomie des anciens peuples n'a eu nulle part, au début* an caractère scientifique et les phénomènes célestes, qui devaient frapper d'abord l'imagination des premiers hommes, ont été rattachés par eux à des fictions mythiques et à des croyances religieuses, Il en était sûrement ainsi chez les anciens Àryas, pour qui le ciel et le soleil étaient devenus de bonne heure des objets d'adoration, et les astres du firmament un thème de mythes et de poésie plutôt que d'observations exactes. Toute cette question échappe donc, en partie, à la linguistique, et rentre mieux dana le domaine de la mythologie comparée. Je me bornerai ici à quelques remarques sur un petit nombre de points principaux.
g 367, LES CONSTELLATIONS.
On peut présumer, sans improbabilité, que les anciens Àryas avaient donné des noms significatifs aux astres les plus
Digiflzed by
brillants et à quelques constellations. Il semble difficile aussi qu'ils n'aient pas distingué les planètes des étoiles fixes. Aces divers égards, toutefois, les langues nous laissent à peu près sans indications, et si des noms de ce genre ont existé, ils sont tombés dans l'oubli, ou bien ils ont été remplacés par des termes nouveaux. Une seule constellation, celle de la grande Ourse, semble avoir conservé ses antiques dénominations, sans doute parce que, de tout temps, elle a fixé plus fortement l'attention par son mouvement autour de l'étoile polaire.
Dans un passage du Rigveda (I, 24, 10), elle est appelée rkshâs, c'est-à-dire les astres ou les ours, car rhha a les deux acceptions. l Quelle est ici la plus ancienne? Probablement la première, à cause du pluriel ; car si la constellation ressemble grossièrement à un ours, il serait difficile d'en voir là plusieurs. On comprend, d'ailleurs, que le second sens ait pu facilement se substituer au premier, exactement comme chez les Indiens, les jrks/uU sont devenus par la suite les sept Richis, saptârshayas, à cause de la ressemblance des noms. Ce qui est certain, c'est que la transition doit remonter à une époque bien reculée, puisque YaçKroç grec, qui ne signifie plus que l'ours et qui répond à rksJia, se trouve déjà dans Homère (77., xvm, 487; Od., v, 273), et qu'il est difficile d'expliquer cet accord, soit par une transmission, soit par un effet du hasard. 2 Du grec, sans doute, ce nom de la constellation a passé à nos langues européennes modernes, par Tinter-
« Cf. t. 1, p. 534.
* Suivant Goguet, les Iroquois. au moment de la découverte de l'Amérique, appelaient cette même constellation okouari, c'est-à-dire Tours. S'il faut voir ici un effet du hasard, ce serait une raison de plus pour ne pas admettre qu'il ait pu se produire deux fois ; mais le témoignage de Goguet est-il bien sûr ?
médiaire du latin ùrsa major et minor, tout comme d'un autre côté à l'arabe diibb, l'ourse.
Une seconde désignation d'une très-haute antiquité, celle du cJiariot, est commune à la plupart des idiomes européens; et- avec des variantes qui éloignent l'idée d'une transmission relativement récente. Ainsi le grec ctf^ot^cc, qu'Homère déjà donne, à côté d'àoKTOç, comme un nom plus vulgaire, a ses équivalents dans le latin plaustrum, l'anc. ail. tcagan,']e polon. woz, etc.; mais, en anglo-saxon, on trouve tkîsl, le timon, ou xoaenes thîsla, le timon du char, en illyr. kola, les roues, comme en lettique ratti, id., et en lith. grizulo ratai, les roues du manège, ou gryzdo ratas, le char de l'aire circulaire. Les Irlandais ont substitué au char une charrue courbe, camceachta (O'R.), et les Cymris la figure d'un vaisseau, llun y Hong. Rien de semblable ne se retrouve chez les Aryas de l'Orient, où il est à regretter que le nom zend ne nous ait pas été conservé. Par contre, l'idée d'un véhicule reparaît chez les Sémites, où l'hébreu 'âsh ( Job, IX, 9 ), suivant Gesenius, par aphérèse pour riash, arabe nash, signifie feretrum. L'origine première de cette désignation reste ainsi incertaine.1
1 Pour plus de détails, voir l'intéressant mémoire de M. Gaston Paris, paru d'abord dans les Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. I, p. 372, et depuis publié à part sous le titre de : Le Petit Poucet et la Grande Ourse, Paris, 1875. L'auteur reprend l'examen des noms divers donnés à la Grande Ourse, particulièrement de ceux qui la montrent sous la iigure d'un chariot ou de sept bœufs (a/ct*!*, plaustrum, septemtriones, etc. ) et auxquels se rattache la légende du Petit Poucet. De son examen il ressort que la plupart des peuples de l'Europe connaissent ou ont connu un personnage merveilleux, très-petit et très-intelligent, dont le principal exploit consiste soit à conduire un char en se tenant blotti dans l'oreille d'une des bètes de l'attelage, soit à voler des bœufs qu'il fait marcher à reculons. Ce chariot, ces bœufs, sont la Grande Ourse, et le charretier ou le voleur est la petite étoile g, appelée aussi le cavalier, le
Les autres constellations connues déjà d'Homère, les Pléiades, les Hyades et Orion, n'offrent rien à comparer ailleurs quant à leurs noms. Ceux des Pléiades expriment en général une multitude, une troupe, un amas, mais sous des images très-diverses.