LE MOIS
Après le jour, dont la durée est déterminée par la rotation de la terre, la première division naturelle du temps est celle du mois que règle le cours de notre satellite. C'est aussi rrlle que les anciens Àryas, comme tous les autres peuples, ont adoptée par la force des choses* Leur nom du moïs se liait a
1 Cette préposition, qui s'est maintenue dans l'anuar. entri\ être, et le comique \fntre, intre, manque au cymrhjue, oh revendant on en trouve une (race dans enUjrçh. ciel, correspondant évidemment au sanscrit tmiQVikxhan atmosphère, de aniar et iktth* videre.
celui de la lune, ce dernier lui-même signifiait le mesureur dn temps, et c'est le mois qui leur a servi d'abord exclusivement pour évaluer la longueur de l'année. ^
Les noms du mois et de la lune, dans les langues ariennes, forment deux groupes distincts, mais qui se rattachent à la même racine, bien que leurs thèmes primitifs offrent quelques incertitudes. Le principal se compose des termes suivants.
1) Scr. mas, maso, mois, 7nâs, lune. Cf. maso, mesure, et marna, temps.
Zend mâonh, nomin. mâo, mois et lune. LV du sanscrit est régulièrement changée en A, précédée d'une nasale quand elle se trouve entre deux a ou a, ou entre un a, a et un e, mais la diphthongue âo, pour â, comme dans âofîha = scr. osa, fuit, n'est pas facile à expliquer (Cf. Bopp, Vergl. Gramm., I, 85). La sibilante reparaît dans mâoçéa, lunaque = scr. mâçm. Un autre nom zend du mois, mâhya, suppose un thème sanscrit mâsya. l
Pers. mâh, mahînâ, mois, et mah, mâh, lune, mais aussi mâss, avec la sibilante gutturale arabe ssâd, que le persan substitue parfois à Vs ordinaire. Kourde mah, méh, mois ; le nom correspondant de la lune manque ; belout. mâhi9 mois et lune (?); afghan miashta, id., id.; ossète mai, méi, id., ïd. ; armén. amis, mois, etc.
Gr. fjLtjv, mois et lune, peut-être pour f&tivç, comme le synonyme fjuùç est sûrement pour (jlîvç (Cf. Ebel, Z. S., VI, 219). Le lesbien pyjvvoç, mois, pour fjLy\va-oç> répond exactement au scr. mâfi8a, temps (Kuhn, Z. S., II, 261).
Lat. mensis, mois; le nom de la lune manque.
1 Mâhija, dans Justi, un génie du mois, en scr. mâsya, adj., Agé d'un mois (D. P.).
Ane. irl. mis, id. (Z.2, 21), inod. mis, mïos et mi; mio8y aussi lune, à côté d'autres noms particuliers. Le maintien de Y s indique une nasale supprimée, comme dans ci's = lat. cen- 8ii8. — Cymr. mis, armor. mîz, mois.
Ane. slave mêsêtsï, russe miesiatsii, polon. miesiâc, illyrien mje8ez, etc., signifiant partout mois et lune.
Les linguistes allemands s'accordent à rapporter tous ces termes à la rac. scr. ma, mesurer ; * cf. scr. ma, lune et temps. Mais pour y ramener mâs, dont 1'* appartient au thème, et pour expliquer mâflsa, temps, fJLi\v9 jnensis,e\c, il faut recourir à quelques hypothèses. C'est ainsi que Benfey (Z. S., IX, 104) s'appuie du changement védique de mâs en mâd devant le bhis, bhyas des cas de déclinaison, pour en inférer un thème primitif mânt, part. prés, de ma, et qui serait devenu mâns et mâs, puis, avec un nouveau suffixe, mâsa, mensi, etc. Le plus simple serait sans doute de s'en rapporter à la racine mas (masyati), mesurer, d'où masa, mesure (Cf. t. II, p. 28), en irl. meas, id., pour mens, lat. mensus, mensio, etc., avec une nasale intercalée, comme dans ensis = asi. Cette racine mas, toutefois, que donne le Dhâtup., est mise en suspicion, comme n'ayant pas encore été constatée par des textes, ce qui n'est après tout qu'une objection conditionnelle. L'essentiel pour nous, c'est qu'en tout état de cause, la lune reste le mesureur, et le mois la mesure du temps.
2) Le second groupe des noms du mois et de la lune est représenté surtout par les langues germaniques, où l'on trouve le goth. mênôth, ags. monadh, scand. mânadr, mânûdr, anc. ail. mânod, mois, dérivés respectivement de mena, mona, mâni et mâno, lune. Ici se place aussi le lith. menu, menesis, lune et
1 Ainsi le D. P.
mois, et peut-être le gr. fJLv\vtf ou [Atjvdç, -a,iïoç> lune, à moins que Yn n'ait été primitivement redoublée, comme dans ltfjwoç9 mois. Le pers. mânk, mâng, lune; semble indiquer un thème mânaka.
Le prototype de ces divers noms paraît être le scr. maria, mesure en général, et plus spécialement comput de l'année, ce qui s'applique directement au rôle de la lune et du mois.1 Ici la racine est clairement ma, mesurer.
3) La durée réelle du mois, qui est, comme on le sait, de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2,87 secondes, n'a pu être fixée avec cette précision qu'à l'aide de l'astronomie la pins avancée. Dans l'origine, la simple observation a dû l'évaluer à 29 jours et demi. Mais on s'aperçut bientôt que, pour en faire la mesure de Tannée, ce chiffre était trop faible, les douze mois lunaires ne donnant que 354 jours et une fraction; et cela conduisit à adopter, comme un premier moyen d'y remédier, le nombre rond de 30 jours pour le mois, et de 360 jours pour l'année: évaluation qui est restée longtemps celle des peuples ariens, même après que quelques-uns d'entre eux en eurent reconnu l'insuffisance, et adopté des procédés divers d'intercalation. Nous en verrons plus d'une preuve en parlant des divisions du mois et de la longueur de l'année. Il en est une qui déjà est décisive pour l'existence d'un mois, lunaire plus court que les nôtres en moyenne, chez les anciens Indiens et les Iraniens. Aux temps védiques, le terme de la grossesse est indiqué comme tombant dans le dixième mois, et le fœtus venu à bien est appelé daçamâsya, c'est-à-dire arrivé au dixième mois. Dans un passage du Brluxdâranyaka, il est dit : « Je mets ce germe en toi pour que tu l'enfantes au dixième
1 yjâna. ttMnps calculé astronoraiquement ^D. P.).
mois » (daçamê mâsi)} L'Avesta, au fargard 7, 152 du Vendidad, parle de la femme qui accouche au dixième mois d'un enfant mort. Comme la durée de la gestation n'a sûrement pas varié, il est clair que les mois d'alors étaient à peu près lunaires.