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LES DIVISIONS DU MOIS

Les phases de la lune ont fourni dès l'origine un système de divisions naturelles. Les deux moments opposés de la pleine lune et de la lune nouvelle déterminent une première bipartition parfaitement marquée, et qui aura précédé dans l'usage la subdivision indiquée par le premier et le troisième quartier, laquelle semble avoir donné naissance à la semaine. Plusieurs indications font présumer que les anciens Aryas ont partagé le mois en deux portions égales, tandis que l'usage de la semaine de sept jours ne s'est introduit que plus tard, et par des voies diverses, chez les différents peuples ariens.

On remarque d'abord, dans la manière dont les langues désignent les deux moments du mois, un accord très-général qui ne saurait être fortuit. Les idées de plénitude et de renouvellement pour la lune sont sans doute très-naturelles, mais pouvaient facilement être remplacées par d'autres, ou s'exprimer de plusieurs manières, tandis qu'ici le fond et la forme coïncident fréquemment. Ainsi :

1) Scr. pûrnâ, la pleine, ou pûmiamà, 2nîi*na7nâsî, pûrnêndu, pleine lune; zend pZrenomaoftha, id.; pers. parn, la

1 Cf. Kuhn, Die herabkunft des Feuers, p. 74.

lune dans son éclat; gr. 7rXff0OO-iAtfVovî lat. plenilunium ; irl. rae Lin, lune pleine (lân, de plan), cymr. llawtirlloer, ags. fulhnona, anc. allem. foller mâno, etc. (goth. fulls, fulla, de fulna = scr. pûima); litb. pilnatis, la plénitude; russe pôlnomiedacïe, ill. j^irn miesez, pol. pelnia, etc. Cf. anc. si. plûnii, russe péhio, pol. peint/, ill. pun = scr. pûrna.

A côté de ces noms, qui ont partout le même sens, il s'en trouve quelques autres qui diffèrent. Ainsi les Persans disent mâh éârdah, la lune de la quatorzième nuit, ce qui répond au scr. éaturdaçî (râtri), la 14e nuit. Les Grecs disaient iïixofttivict, (la lune) du demi-mois, comme les Indiens ardhamâsa, ou bien TrcwfriXiww, la lune entière. En sanscrit, la nuit de la pleine lune est appelée nirantfanâ, qui est sans obscurité, ou pitryâ, dédiée aux ancêtres, en l'honneur desquels on faisait alors des cérémonies. Un autre nom sanscrit, râkâ, pleine lune, paraît dériver de raé, ordinare, apparare, fecere, et désigner le moment régulier, le terme fixé par excellence dans le cours du mois. * Or, c'est là ce que signifie aussi l'anc. slave roku, definitio, russe roku, destin, sort, pol. rok, terme et année, c'est-à-dire temps fixé, lith. ràkas, terme, etc. Nous ne savons pas, toutefois, si ce mot s'est jamais appliqué à la pleine lune. L'irl. cann, qui a ce dernier sens, comme le cymr. y gannaid et l'armor. kann, désigne l'astre éclatant de blancheur, et répond au scr. canda, lune = éandra, éandira, de cand, lucere, le lat. candeo, etc.

2) La lune nouvelle, par cela même que son apparition est moins frappante, a une plus grande variété de noms, mais l'idée de rénovation prédomine. Le sanscrit n'offre pas de navamâ ou navamâsî, mais on y trouve navâha, le nouveau

1 Râkà est aussi le nom du génie femelle de la pleine lune (D. P.).

jour, pour le premier jour du second demi-mois. Le persan, par contre, a mâh-i naw) et le belout. et le brahui nokh, nouvelle lune, appartiennent à nava, novus. En Europe, nous avons le gr. viofMiv, vtofjwivia, le lat. novilunium, l'irl. rae miadh, le cymr. newyddloer, armor. loar nevez, l'ags. niwe mona, scand. ny, nymâni, anc. allem. niumani, etc., l'anc. slave novomeseéina, russe novomiesiaéie, pol. now, bohém. nowy, sans le nom de la lune. Les Lithuaniens disent jaunas menu, la jeune lune, comme les Illyriens mladi miesez, id.

Parmi les synonymes, il en est quelques-uns de remarquables, soit en eux-mêmes et par leur sens propre, soit par les analogies qu'ils présentent. Le moment précis de la nouvelle lune, la conjonction, n'est pas saisissable pour l'observation directe, comme celui de la pleine lune. Entre la disparition totale de l'astre et sa réapparition, il y a un intervalle où il reste invisible, et c'est là ce qu'expriment certains noms, tandis que d'autres se rattachent au moment qui précède, ou à celui qui suit le moment où il est invisible. L'expression de nouvelle lune appartient à ces derniers, et c'est la plus répandue, parce qu'elle répond à ce qui frappe les yeux. Les termes qui désignent l'absence, et surtout la conjonction, témoignent déjà d'une observation plus avancée; aussi le scr. kuhû, la lune cachée, et amâvâsî, amâvâœyâj la nuit où la lune demeure avec le soleil, sont des termes propres aux Indiens.1 Il est un de ces noms, toutefois, qui semble remonter plus haut. C'est le zend arUarïmâofïha ( Yaçna, I, 24) que Burnouf, dans son Commentaire (p. 287), explique par luna interior, mais où antart paraît être la préposition = scr. antar, ce qui s'accorderait avec le lat. interlunium, l'intervalle où l'astre est invisible entre les deux

1 Le mot védique gungû, nouvelle lune, est encore inexpliqué.

lunes.1 C'est là aussi exactement l'ancien allemand nntarmane ( Graff, Spr. Sch., II, 795 ), la préposition tmtar signifiant inter aussi bien que sub. On peut se- demander, cependant, si ce mot germanique, d'ailleurs isolé, n'a pas été formé d'après interlunium.

Un autre terme, qui se rapporte au moment qui précède la disparition, est le scr. sinivâlî, le dernier jour avant la nouvelle lune. Le sens étymologique de ce mot est loin d'être clair, mais Kuhn, avec assez de probabilité, a rapproché sinî du gr. îvtjy dans l'expression tvtj kch vîct qui désignait le dernier jour du mois, en les rapportant également au scr. sana, de longue durée (en composition), d'où sanaya, vieux, et les adv. sanâ, sanât, dont sinî serait une forme affaiblie.2 L'expression grecque comprend les deux moments de l'époque lunaire, la transition de la vieille à la nouvelle lune. Une façon de dire très-analogue est la formule ny ok nidh des Scandinaves, où ny répond à via,, et où nidh, allié à nidhr, deorsum, désigne le déclin de la lune, l'interlunium. On disait ny ok nidhar pour en tout temps, aux deux phases de la lune.5

Quant à la seconde partie, vâlî, du mot sanscrit, Kuhn observe que vâla signifie queue chevelue dans le dialecte védique, et que, d'après Grimm, l'angl.-sax. wadhol, senium lunse, allem. moyen wadel, xoedel (sans doute distinct de vâla), offre un sens fort analogue.4 Sinivâlî, la vieille queue, désignerait ainsi le dernier moment de la décroissance, comme wadel, le décours

1 Dans Justi, antaremâonha, interlunium ; huzw. andaitnâh.

* Z. S., II, 129. Cf. zend hana, vieux, armén. hin, grec «voç, latin senex, goth. sineigs, irl. sean, cymr. hen, lith. sènas, etc.

8 Grimm, Deut. Myth.^ 404.

* Cf. anc. ail. wadalôny fluctuare, et le moderne wedcln, remuer la queue, wedel, flabrum.

graduel. Je ne sais si cette idée d'une queue ou d'une chevelure de la lune, qui changerait de couleur avec les phases, et qui se lierait peut-être aux personnifications de l'astre, n'est pas aussi primitivement contenue dans les noms sanscrits du demi-mois, çuklapaksha et krshnapaksha. Le mot paksha, en effet, signifie queue et chevelure, aussi bien que flanc, côté, moitié; et le premier sens est sûrement ancien, puisqu'il se retrouve dans Fanglo-sax. faex, anc. all./aAs, chevelure, scand. fax, crinière, tout comme dans l'anc. si. o-pashï, queue, etc.1 Ce qui est certain, c'est que l'équivalent parfait de krshnapaksha, la queue ou la chevelure noire, par opposition à la blanche, çukla, se présente dans l'erse eàrr-dhubh, queue noire, pour le décours de la lune. Il est à croire, d'après tout cela, que cette idée date bien des temps primitifs.2

3) L'ancienne division du mois en deux parties , qui est restée en usage dans l'Inde, existait aussi chez plusieurs des peuples congénères, et il s'y rattachait beaucoup de superstitions relatives aux influences de la lune nouvelle ou pleine. Dans l'Inde, elles étaient consacrées aux Pitris, ou mânes des ancêtres, auxquels on offrait alors les p^âddha, ou oblations funèbres (Manu, III, 127). De là les termes de pitrtithi, jour de la nouvelle lune, et de pitryâ, jour de la pleine lune. Les offrandes consistaient ordinairement en gâteaux de riz (pinda), préparés avec du miel, du lait et du beurre clarifié ( Manu, III, 274). Cela rappelle tout à fait les pthiTOVTTcti, que les Grecs offraient lors des Néoménies. Au jour de la nouvelle

1 L'acception de côté, moitié, est également conservée dans le lith. pusse, d'où puspy lis, le premier quartier, c'est-à-dire la demi-croissance, et pusdylis, le dernier quartier, c'est-à-dire le demi-décours.

3 Sur le scr. sinivâli, cf. Weber {Ind. Stud., 5, 23), que malheureusement je n'ai pas à ma disposition.

lune, les Athéniens se rendaient au temple d'Erechthée, censé gardé par un dragon qu'il fallait apaiser par des gâteaux de miel, ce qui se rapportait sans doute à Cerbère et à l'ancien culte des Mânes. Le nom de SixofwvUi témoigne encore de la bipartition du mois, remplacée plus tard par la division en trois décades.

Les Iraniens avaient un grand respect pour la nouvelle lune et la pleine lune, car elles sont invoquées dans VAvesta (I, 24, 25) comme souveraines de pureté. La croissance et le décours étaient respectivement de quinze jours, ce qui indique un mois de trente jours (Cf. Haug, Gâthâs, II, 87).

D'après Tacite, lorsqu'il s'agissait de quelque délibération importante, les anciens Germains se réunissaient aux jours de la nouvelle et de la pleine lune, regardant cela comme de bon augure. 1 Grimm a réuni une foule de superstitions populaires plus modernes, par lesquelles on voit que la nouvelle lune était considérée comme favorable aux choses qui doivent croître et prospérer, tandis que c'est le contraire pour la pleine lune (Deut. Myth.j p. 407). Une étude comparée révélerait de nombreuses analogies entre les croyances de ce genre chez tous les peuples ariens.

4) Si, d'après tout ce qui précède, il est extrêmement probable que les anciens Aryas ont divisé le mois en deux parties égales de quinze jours, il est par contre fort douteux qu'ils aient connu la semaine de sept jours, adoptée de temps immémorial par plusieurs peuples de l'Asie occidentale et de l'Afrique. La durée du mois lunaire conduisait naturellement à cette subdivision par le nombre sept, mais elle était moins commandée par les apparences visibles des phases que

1 De mor. Germ.} c. xi.

celle du mois en denx portions. On ne sait rien de l'origine historique de la semaine, et les Hébreux eux-mêmes, suivant Ewald, doivent l'avoir reçue de peuples plus anciens, en en modifiant toutefois profondément le caractère par l'institution du sabbat.1 Quant aux peuples ariens, qui tous l'ont adoptée plus tard, on sait à n'en pas douter qu'elle leur a été transmise à diverses époques et par des voies différentes. Les Vêdas n'en font aucune mention; elle était inconnue aux Iraniens, ainsi qu'aux anciens Grecs. Dion Cassius(xxxvn, 17, 18) nous apprend que les Romains ne l'adoptèrent qu'au temps des Empereurs, et qu'elle leur était venue des Egyptiens. Grimm doute fort que les anciens Germains aient eu la semaine de sept jours et attribue son adoption, ainsi que la consécration des jours à certaines divinités, à l'influence des Romains (Deut. Myth,} p. 90). On ne peut donc rien conclure des analogies que l'on remarque entre le scr. saptâha, le pers. haftah, le gr. i&ScjjLaç, le lat. septimana, l'irl. seachtmaine, l'anc. si. sedïmitsa, etc. Les Germains, il est vrai, ont pour la semaine un nom qui leur est propre, le goth. vikô, ags. wuce, scandin. vilca, anc. allem. wecha, etc., mais il a pu désigner dans l'origine une autre division du temps. Il semble, en effet, appartenir à la rac. scr. vig ( vivêkti ) , separare, secernere, et ne signifier proprement que division. L'anc. si. nedélia, semaine, lith. nedêle, dérive de ne, négatif, et de dëlati, laborare, delo, opus, de dèti, facere, et ne désigne la semaine que par le jour du repos, ce qui indique son origine chrétienne.

On sait que, à côté de la semaine de sept jours, quelques peuples en avaient une de cinq ou de dix jours, qui se rattachait au mois de trente jours. Les décades grecques étaient

1 Die Allerth. d. Volks Israels^ p. 114 et suiv.

dans ce cas ; mais si les anciens An as comptaient dans l'origine par mois lunaires, ni l'un ni l'autre de ces systèmes n'a

pu ôtre le leur, du moins au début.

§ 375. L/ANXÉB.

La durée de l'année, qui équivaut à une révolution de la terre autour du soleil, ne se révèle pas à l'observation immédiate comme celle du mois. Aussi n'a-t-elle certainement été

évaluée que d'une manière très-approximative, par le retour régulier des saisons d'abord, puis par le nombre des mois et des jours. C'est ce qu'indiquent, en effet, les noms mêmes de l'année que l'on peut regarder comme anciens. Tandis que ceux du mois se rattachent directement à la lune, l'année n'est désignée que d'une manière vague, soit comme une période de temps, soit par le nom de l'une des saisons les plus importantes pour les hommes des âges primitifs. Aucun de oes termes ne se rapporte au cours apparent du soleil, lequel n'a servi que plus tard à des approximations moins imparfaites. Commençons par l'étude des mots, avant de nous occuper de la détermination de l'ancienne année.

1) Un des principaux est le scr. ratsa, vatsara, sanvatsara. On a depuis longtemps signalé son corrélatif dans le grec îtoç pour fîtoç, l en y rattachant également le lat. vêtus, avec le sens de annosus, mais sans le suffixe secondaire de dérivation qu'on devrait attendre, et qui se trouve, en effet, dans le synonyme vetustus, comme dans le lith. wétuszas et l'anc. si. vetûchu, etc. Une forme plus rapprochée du scr. vatsa est

* Fick (179) rapproche de vatsara le gr. £r»fo, pour Firtiço, Ftmp, dans &-fVjifoç, biennis, 3-Evn*-, Sntor-, etc.

l'alban. vjetsh, à côté de vjet, année, dont le pluriel vitterete répond aussi à vatsara. L'ossète a-fiïdzi, année, ne serait comparable que si Vf était ici pour i\

La hante ancienneté de ce nom de Tannée est encore démontrée par les contractions et les altérations qu'il a dû subir déjà à l'époque de l'unité arienne en formant des adverbes de temps, ce qui s'explique par l'emploi fréquent que l'on en faisait dans le langage habituel. Ainsi le scr. parut (indécl.),l'an dernier, est évidemment composé de para, autre, et de ut, pour vat, débris de vatsa. Son thème complet a dû être paravat8a, l'autre année, réduit successivement à paravats , paravat, parvat et parut.1 Le corrélatif grec 7rîçvc^ où l'on reconnaîtrait difficilement îtoç, semble dater de l'époque où le composé était encore déclinable, et répond peut-être à unancien locatif parvatsê. La forme 7rîçvTiç, que donne Ahrens (II, 64), paraît dérivée de 7nçvr(Ti, pour éviter le t<t fort 'étranger au grec. Le nom de l'année subit une autre transformation dans le pers. pirâd, l'an passé, et disparaît même complètement d'ans par î, par, id., le kour de par, Vossëtefâre, tandis que l'ail, moy. i*ert (Grimm, D. Gr., III, 215) ne l'a conservé que dans le t final.

L'étymologie du scr. vatsa est encore incertaine. Ebel (Z. S., IV, 329) s'appuie du grec TîToçy pour présumer un thème primitif vatas, avec une forme augmentée vatasa, d'où vatsa par contraction, comme çîrsha, \ète, 8fe son synonyme çîras; mais il ne dit rien sur l'origine de ce thème hypothétique. Si l'on s'en tient à vatsa comme forme plus correcte que F€tôç, vêtus, etc., qui auraient supprimé Ys pour éviter le groupe inusité ts, on est conduit à une étymologie quelque peu con-

1 Cf. Bopp. Verg. Gr., II, 210.

jecturale, mais qui s'accorderait singulièrement bien avec celles de deux autres. noms sanscrits de l'année.

Ces deux noms sont abda et çaradâ, çârada ou çârad (aussi automne), composés de ap et çara, eau, avec la rac. dâ, dare, et signifiant aquam dans. i L'année est ainsi désignée comme une saison pluvieuse, pars pro toto, de même qu'elle est aussi appelée varsha, pluie. Abda signifie également nuage, comme beaucoup de synonymes de môme sens, tels que ambuda, tôyada, galada, payôda, vârida, etc. Or, nous trouvons, avec la même acception, le mot vêd. ntsa, nuage et source, et ce mot est probablement composé d'une manière toute semblable, savoir d'un ancien thème nd = uda, eau, 2 et de la rac. sany dare, qui perd son n à la fin des mots. Cf. le védique apsâ, adj., qui restaure, fortifie, littéralement qui donne de l'eau, peut-être aussi varislia, année, pour vâri-sha, si ce n'est pas une altération de varsha, rac. vfsh, pluere; et les composés védiques analogues gôs1\Ây qui donne des vaches, dlianaéâ\ qui donne des trésors, vâtfasa, qui donne la force, etc. Si l'on préférait voir dans utsa, avec le D. P., un dérivé de la rac ud,

1 Ainsi Bopp \GL .scr., v. c), mais cette étymologie est contestée par Weber (Beit., 4, 288), attendu que çara, eau, n'est sans doute qu'une fausse orthographe pour sara. Le D. P. donne l'acception d'automne comme antérieure à celle d'année, et rapporte çarad à la rac. çai\ cuire, c'est-à-dire faire mûrir. Cf. le zend çaredha, année, et génie deJ'année, ainsi que sescorrél. iraniens pdf, sâl, pér, card, etc., dans Justi (292), venan* suivant lui de r. car, dont le sens indiqué, jeter, briser, blesser, n'explique cependant guère celui d'année, à moins de rapprocher çaredha de çareta, froid, et d'y voir, comme pour zima = scr. hima, un nom de l'hiver appliqué à l'année entière. Cf. t. I, p. 106.

* Suivant Benfey (Z. S., IX, 403), ce thème ud se rencontre réellement dans le Rigvéda (V, 41, 14); cf. aussi son glossaire du Sâmavôda, p. 29. Le D. P., toutefois, n'en fait aucune mention.

scaturire, madefacere, par le suffixe unâdisa, cela ne changerait rien essentiellement aux considérations qui suivent.

On a observé déjà que la forme primitive delà rac. ud,und, a dû être vad, vand, comme celle de ush, urere, a été vas, etc. C'est ce qui résulte avec évidence de la comparaison des noms de l'eau dans les langues ariennes, qui ont conservé partiellement l'ancienne forme. Tandis que le scr. ttda, udan, udra, etc., et le lat. udor, unda, sont contractés, le gr. vêeop, -cltoç, trahit, par son esprit rude, l'existence d'un digamma initial, vS9 de TctS'y mais la rac. vad, vand, s'est encore mieux maintenue dans le goth. vatô et ses corrélatifs germaniques, le lithuan. vandû, à côté de undû, l'anc. si. voda, etc. Je crois pouvoir conclure de là que le sanscrit vatsa, année, de vad-sa, est identique à utsa, de ud-sa, source et nuage, avec le sens propre de aquam dans, si c'est un composé, ou de mador, si c'est un dérivé. *

J'ai consacré quelques développements à rechercher l'origine probable de vatsa, parce qu'il n'est pas sans intérêt de savoir que les anciens Aryas, comme plus tard les Indiens, attachaient assez d'importance à la saison pluvieuse pour en donner le nom à l'année entière. Pour un peuple pasteur et agricole à la fois, la sécheresse devait être un fléau, et la pluie un bienfait du ciel, et c'est là aussi ce qui explique la grande place que tien-

1 L'existence, en sanscrit, d'un ancien mot vad = wd, eau, semble indiquée par sativad, année, devenu indéclinable, littéral, avec-eau, qui a de l'eau, comme samudra, mer. A la racine primitive vand se rattache aussi probablement vindu, goutte, — indu, id. Et je me demande maintenant s'il ne faut pas ramener à la même racine le goth. vintrus, etc., hiver et année, considérée comme la saison de l'humidité. Il serait inutile alors de supposer une gutturale initiale tombée, comme je l'ai fait en recourant à la rac. çvind (t. I, 409).

nent ces phénomènes atmosphériques dans les plus anciens mythes de la race arienne.1

Les Aryas des premiers âges paraissent aussi avoir compté les années par hivers. L'expression de cent hivers, çatam himâ* ou çaradas, pour dire un siècle, revient plus d'une fois dans le Rigvèda. Ulphilas rend le gr. troc par vintrus, et le même emploi de winter, vetr, s'observe chez les Anglo-Saxons et les Scandinaves. Aufrecht (Z. S., IV, 413) signale une trace de cet usage dans le latin blmus, trïmu8y quadrïmus, composés, suivant lui, soit avec hiems, conjecture déjà présentée par le grammairien latin Eutyches, soit plus probablement avec un ancien mot himus = scr. hima, ce qui semble préférable à l'opinion de Pott (Et. F., II, 297), partagée par Kuhn (Z.S., II, 130 ), que bïmus pour bismus contiendrait le scr. samâ, année. H faut ajouter que Miklosich explique de la même manière l'anc. si. trizu, trimus, comme contracté de trizimû. Le lith. gys, dans dweigys, bimus, treigys, trimus, etc., lui paraît être également un reste d'un ancien gima pour le ièma actuel (Beitr., I, 287). Les Lithuaniens, d'ailleurs, évaluent encore l'âge du bétail par hivers. «

2) Un autre nom de l'année, qui date de l'époque de l'unité? est le zend yâre, d'où yâirya> annuel. La racine est sans doute

1 Ma conjecture étymologique n'est pas agréée par Weber {Beitr. y 4, 288), ni par Max Muller (Z. S., 19, 44), qui la trouve sujette à trop d'objections , sans toutefois les indiquer. Lui-même propose une dérivation de la racine vas, luire, employée ici comme substantif sans suffixe, et changeant son s en t, comme dans vat-syâmi, pour vas~syâmi, etc.; ou plutôt encore l'admission d'une racine vat = vas, qui rendrait compte de la forme vat, année, dans sanvat parut, de para-vat, etc. Le D. P., par contre, croit à la possibilité d'une dérivation de vart, vertere, en supposant vartsa, -sam, comme thèmes primitifs. Enfin, Dùntzer (Z. S., 15, 68) imagine une racine de mouvement vat, ire.

yâ, ire, en zend et en sanscrit, et ce mot n'exprime que l'idée de cours du temps. Cf. scr. yâtu, temps, yâna, yâtra, cours, marche. Ce nom, qui ne se trouve plus en sanscrit, a peut-être laissé une trace de son existence dans l'adverbe parâri, l'avant-dernière année, qui serait alors une contraction de para-yâri. Le pers. nous offre pardrîr, parârîz, et le kourde perâr, avec le môme sens.1 L'armén. hem, l'an passé, semble renfermer aussi ce nom de l'année en combinaison avec un autre élément initial. Pott (Et. F., I, 123) conjecture une formation analogue pour le latin hornus, ce qui est de l'année, contracté du démonstratif ho et d'un dérivé secondaire du terme en question.

Ce sont toutefois les langues germaniques qui l'ont conservé le mieux dans le goth. jêr, anc. sax. iar, ang.-sax. gear, anc. ail. jâr, tandis que le scand. âr a pris une forme toute semblable aux syllabes âri, ârtr, âr des adverbes sanscrits et iraniens cités plus haut. Une modification parfaitement analogue se présente dans l'anc. ail. hiuru, allem. mod. heur, hornus, contracté de hiu jâru, comme hiutu, hodie, de hiu tagu.

3) Le scr. vâravâni, année, signifie proprement le tissu des moments ou des temps, et vâra, moment, opportunité, se retrouve dans le persan wârah avec l'acception de temps et de saison. Cf. aussi bar, temps, fois, dans yak bâr} une fois = scr. ékavâra. Bopp ( Vergl. Gr., II, 66) compare également la syllabe ber du lat. september, october, etc., où elle a le sens de mois.

C'est à vâra qu'il faut sans doute rapporter le grec oûpct, ùifoçy pour FCûfAy ayant signifié d'abord temps en général, puis divers espaces de temps, année, saison, portion du jour, et enfin

1 Cf. zend byâre, de bi-yâre, deux années = lat. bïmus.

heure, le lat. hora. Cf. ctapoç, de etv&poç, et ûùçioç, upcuo^ opportunus, tempestivus.1 Du lat. hora sont dérivés Pirl. uair, le cymr. awr, l'armor. heur, mais l'acception d'année, qui appartient au grec ûûpet, et que l'irlandais a conservée dans l'adv. nura, nuridh, erse an wra, an uiridh, l'an passé, indique une affinité primitive. Cf. (Z.2, 611) onnurid, ab annopriore, où, suivant Stokes (Beitr., I, 454), le d final est l'ancien suffixe de l'ablatif.

4) Le scr. rtuvrtti, année, signifie révolution des saisons, et vrttiy circonférence, de vrt, vertere, aurait pu s'employer seul dans ce sens. — Il est probable que le grec (Zçitoç, année, se rattache à la même racine. C'est aussi de verto que dérive le nom du dieu des saisons, Vertumnus.

5) Plusieurs noms européens de l'année ont sûrement des origines fort anciennes, et par cela môme un peu incertaines.

a) Le lat. annus a été l'objet de beaucoup de conjectures étymologiques qu'il serait trop long de discuter ici.2 L'incertitude provenait de notre ignorance quant à la forme primitive de ce mot, la réduplication de Yn pouvant résulter de plusieurs assimilations différentes^ La question s'est simplifiée depuis qu'on a signalé l'existence de l'ombrien aknu et de l'osque akono, année. * Bugge compare très-pertinemment le scr. afohna, temps, proprement révolution, de la rac. aé, anc, incurvare, flectere. Cf. vêd. akskna = vakra, courbe (D. P. ), ainsi que

1 Cf. Çurtius (Gr. Et.3, 332) qui ne sépare pas «foç, «p«, de yâre.

* Voir, entre autres, la notice de M. A. Barth dans les Mémoires de la Soc. de linguist. de Paris, t. II, p. 225 et suiv.

a Ainsi Corsen (Beitr., 316) fait venir annus de amnus, d'où sol-emnis ; mais Fick (338), de atnus = goth. athn, etc.; vid. infra.

* Cf. Lassen, j?ti</u6.,p. 56 ; Bugge, Z. S., III, 418; Ebel, »., VI.

Pirl. easnadh, temps, et eama, côte (costa), c'est-à-dire courbe, avec s pour ksh, comme à l'ordinaire. Un autre adjectif scr., akna, courbe, répond encore mieux à l'ombrien aknu, tandis que anka, crochet, ankas, courbure, de ané, se retrouve dans oyKoç et uncus. Le glossaire de Cormac (p. 2) donne un ancien terme irlandais dnne = cuaird, cercle, dérivé sans doute de acné, comme annus de acntis.

b) Le goth. athn, atathni, année, est tout à fait isolé dans les langues germaniques. En Europe, je ne trouve à comparer que Tirl. athach, ataithe, erse àtha, temps, qui se rattachent sans doute à eatlwim, le cymr. athu, ethu, aller, se mouvoir. Cela conduit pour le goth. également à la rac. scr. at, continuo ire, d'où dérive atna, atnu, le soleil qui se meut toujours, exactement le goth. athn. Ce nom de l'année a donc pu signifier un soleil, pour une révolution de cet astre, ou bien, et plus probablement, se lier à l'idée de mouvement, comme le synonyme jêr et le zend y art.

c) Le lith. mâas, année et temps, paraît allié à matas, mesure, matàti, mesurer, lat. metiri. Cf. scr. ma, temps, et miti, mesure, de.ra$, meteri. Au même groupe appartiennent sans doute l'alban. mot, année, et l'irl. mithis, mithidh, mithigh, erse mithich, temps.

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