LA DURÉE DE L'ANNÉE
Ce n'est que graduellement et par des approximations successives, que les anciens peuples sont arrivés à déterminer assez exactement la longueur de l'année solaire. Chez les Aryas, ainsi qu'on l'a vu, c'est le mois lunaire qui a servi de point de départ pour la mesurer, et la lune était pour eux le
mesureur du temps. Le scr. sarnâ, sarnâs, année, signifie : qui est composée de mois; et il est dit de la lune, dans le Rigvêda (x, 35, 18), qu'elle renaît sans cesse à nouveau pour diviser les temps. Un nom mythique de la lune, chez les Scandinaves, était ârtali, le compteur de l'année (Grimm, Dent, Myth.j 404). D'après Pline (xvi, 44), c'était le sixième jour de la lune, où se cueillait le gui sacré, qui réglait, chez les Gaulois, le commencement des mois et des années, ainsi que des siècles composés de trente ans. Il est bien certain d'après cela que l'année aura été d'abord purement lunaire, c'est-àdire trop courte d'environ onze jours, différence qui n'a pu manquer de se révéler bientôt à l'observation. De là, sans doute, l'adoption fort ancienne du mois de 30 jours, et de 360 jours pour l'année, évaluation restée en usage chez plusieurs peuples ariens, avec des corrections pour parfaire les jours et une fraction qui manquaient encore.
L'année védique était de 360 jours, avec un mois intercalaire après chaque cycle quinquennal. l Déjà alors , et plus tard, les Indiens divisaient l'année en six saisons de deux mois, et chaque mois en deux pafaha de 15 jours, soit 360 pour les douze mois ( Vishriu Pur. de Wilson, p. 23, 223). L'année humaine n'était qu'un jour pour les dieux, et il en fallait de nouveau 360 pour une année divine (Manu , i, 67). D'après Quinte-Curce ( m, 3, 9), ce jjombre servait aussi de base à l'année des Perses, qui ajoutaient cinq jours intercalaires. Il en était de même chez les Egyptiens (Hérod., n, 4), ainsi que chez les Grecs du temps de Thaïes de Milet et de Solon. Pline (xxxiv, 6) rapporte que les Athéniens érigèrent
1 Mûller, Sansk. Litter., p. 212, avec une citation du Rigvôda. Weber, Lit ter. ind. (trad. franc.), p. 368.
360 statues à Demetrius de Phalère, pour égaler le nombre des jours de l'année. Le cycle gaulois de 30 ans était sans doute modelé sur les 30 jours du mois, ce qui conduit également à 360 jours pour les douze mois. Pour les Germains, le même nombre est indiqué par la tradition suédoise rapportée à la p. 263, tradition dont l'accord avec une coutume indienne nous fournit en même temps, si ce n'est une preuve, au moins une forte présomption de l'existence de l'année de 360 jours chez les anciens Aryas. Avaient-ils été plus loin ? Leur attention s'était-enVportée sur les phénomènes des solstices et des équinoxes, de manière à obtenir une notion plus juste de Tannée tropique ? Avaient-ils eu recours déjà à quelque procédé d'intercalation? C'est ce qu'il faut nous résigner à ignorer, puisque la comparaison des langues, notre principal guide, nous laisse ici sans secours.