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LES TRADITIONS

Une race aussi bien douée que Tétait celle des Aryas primitifs, possédant, avec tous les éléments d'une vie nationale, une langue magnifique comme moyen d'expression, devait avoir déjà des traditions de plus d'un genre, revêtues sans doute des formes de la poésie. Traditions contemporaines ou anciennes, mais encore historiques, conservées dans la mémoire par des récits épiques ; traditions mythiques indigènes, produits spontanés de l'imagination interprétant à sa manière la nature et ses phénomènes ; traditions d'un passé plus reculé, remontant aux origines mêmes du genre humain, mais obscurcies déjà, et altérées dans plus d'un sens: tout cela devait exister chez les Aryas au temps de leur unité préhistorique.

De ces traditions, les premières, qui nous auraient initiés pleinement à la vie de cet ancien peuple, ont complètement disparu à la suite de la dispersion, chaque rameau détaché du tronc ayant recommencé une existence nouvelle. Les secondes, mieux conservées, mais modifiées plus ou moins, constituent actuellement la mythologie comparée, science toute jeune

encore et pleine d'avenir, et que, pour cela même, il serait prématuré de faire entrer dans le champ de nos recherches. Les dernières enfin, les plus anciennes sans contredit, et qui intéressaient les origines mêmes de la race, ont aussi laissé dans la mémoire des peuples les traces les plus profondes, et nous pouvons les reconnaître encore à l'aide des traditions analogues que d'autres races ont empruntées à une source primitivement commune.

Ces souvenirs des premiers âges de l'humanité sont en petit nombre. Ewald et Lassen ont signalé comme tels les traditions relatives au paradis terrestre, aux quatre âges du monde, aux dix patriarches, et enfin au déluge et au renouvellement de la race humaine après cette grande catastrophe. Ces deux dernières surtout se sont conservées chez les Aryas aussi bien que chez les Sémites, et cela avec des traits communs qui les rapprochent singulièrement, mais aussi avec des différences qui éloignent l'idée d'une transmission. Sans doute que l'ensemble de ces traditions, comme le montre Ewald, ne forme un tout complot que dans les récits de la Genèse, et c'est bien là qu'il faut les chercher sous leur forme la plus ancienne ; mais les fragments dispersés que l'on en trouve chez les Aryas et d'autres races, sont des restes détachés d'un système primitif, et non des emprunts faits directement à la Genèse.1 L'Eden des Hébreux a un tout autre sens que YAiryana vaêtfa des Iraniens, les dix patriarches antédiluviens ne ressemblent guère que par leur nombre aux dix Pragâpatis de l'Inde, et les quatre âges du monde, chez les Hébreux, les Indiens et les Grecs, n'ont en commun que des

1 Cf. Ewald, Gesch. d. Volks Israëls, I, 342, et ailleurs. Lassen, Ind. Alt., I, 528.

traits d'une nature générale. Nous les laisserons donc de côté pour ne nous attacher qu'aux traditions du déluge et du renouvellement de la race humaine, dont le fond est certainement historique, et qui ont laissé chez les peuples ariens des traces beaucoup plus multipliées.

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