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OBSERVATIONS

Nous avons retrouvé la tradition du déluge dans cinq des branches qui divisent la famille arienne. Si les anciens Iraniens, les peuples de l'Italie et les Slaves, n'en offrent aucune trace connue, cela provient sans doute de ce que nous sommes imparfaitement renseignés à cet égard. Le silence de l'Avesta n'a rien d'étonnant, puisque les fragments que nous en possédons ne sont que des débris d'un tout beaucoup plus considérable, qu'ils consistent principalement en invocations et en prescriptions religieuses, et que les mythes n'y occupent malheureusement qu'une très-petite place. On aurait pu conclure, avec bien plus de raison apparente, de l'absence de toute allusion au déluge dans les hymnes nombreux du Rigvêda, à la non existence de cette tradition chez les anciens Indiens, et cependant cette existence est démontrée par un témoignage irrécusable de la seconde époque védique. Les mythes de l'ancienne Italie ne nous sont parvenus de même que très-par-

1 Cf. Mone, Gesch. d. Heidenthums, I, 316.

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tiellement par l'intermédiaire des Romains, et ceux des Slaves païens sont imparfaitement connus. Ce qui est certain, c'est que les cinq traditions conservées suffisent, et au delà, pour prouver que les Aryas primitifs avaient gardé le souvenir du grand cataclysme.

Si l'on compare les diverses légendes, soit entre elles, soit avec le récit de la Genèse, on les trouve trop divergentes pour admettre le fait d'un emprunt de peuple à peuple, si ce n'-est pour quelques détails, et, d'un autre côté, trop concordantes pour les rattacher à ^'hypothèse de plusieurs déluges locaux. Dans toutes, le lieu de l'événement est changé et les noms de l'homme sauvé des eaux varient, ou ne désignent plus que des anciens rénovateurs mythiques de chaque race particulière; mais, dans toutes aussi, la destruction est universelle, et un seul homme ou un seul couple s'échappe dans un navire, avec ou sans animaux , pour recommencer la vie sur la terre.

Ces derniers traits sont aussi ceux qui s'accordent avec la Genèse, et les autres traditions diluviennes de l'ancien et du nouveau monde. Ce qui distingue profondément le récit de la Bible de tous les autres, c'est le sens moral et religieux attaché à l'avènement du cataclysme, qui se trouve ainsi relié à toute l'histoire providentielle de l'homme terrestre. * Mais cette forme de la tradition a-t-elle été la première, et les autres n'en sont-elles que des altérations? Ou bien, la légende primitive, bien plus ancienne que les Hébreux, a-t-elle été modifiée conformément à l'esprit religieux de ces derniers ? C'est là une question que l'on peut élever et débattre, comme plusieurs autres du même genre, sans ébranler en rien l'autorité véritable de la Bible, laquelle repose heureusement sur

1 Cf. cependant plus haut, p. 367, note, l'observation de Weber.

une base plus profonde et plus solide que celle des faits purement historiques ou scientifiques. Ainsi que je l'aï dît, toutefois, je ne veux pas aborder ce sujet, qui sertirait du cadre que je me suis tracé. Il me suffit d'avoir montré que, antérieurement à leur dispersion, et bien avant l'époque de Moïse, les anciens Aryas ont dû posséder une tradition du déluge de même origine sans doute que celle de la Genèse. Je laisse aux historiens du monde primitif à tirer de ce fait les inductions qu'il peut suggérer.

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