‹ Les origines indo-européenesChapitre 85 sur 115 · LES SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

LES SUPERSTITIONS

A côté de connaissances, imparfaites sans doute au début, mais fondées cependant sur les bases réelles de l'observation, du raisonnement et de la tradition , il a existé, partout et à toutes les époques, des croyances purement imaginaires qui tiennent une grande place dans la vie des peuples. Ce sont les superstitions, qui accompagnent les développements sociaux et religieux dans leurs phases successives, et qui résistent avec une singulière persistance aux progrès de la civilisation. Même là où les lumières de la science les ont fait disparaître chez les esprits plus éclairés, elles se maintiennent longtemps encore dans les couches inférieures des sociétés humaines, pour en sortir parfois et se répandre de nouveau avec toute la puissance d'une contagion. Le fond primitif en est partout essentiellement le même, parce qu'elles surgissent immédiatement des instincts naturels de l'homme encore plongé dans l'ignorance. La croyance aux esprits, aux sorts, aux présages, à la magie, se retrouve sous mille formes diverses chez les races les plus sauvages comme chez des peuples déjà trèscivilisés. Les analogies souvent frappantes qui se remarquent sous ce rapport entre les points du globe les plus éloignés, ne

prouvent donc pas des origines communes, et ne résultent que des tendances propres à l'homme de la nature. Ceci restreint le champ des recherches comparatives, même limitées aux races ariennes. Ici, surtout, l'accord des faits ne suffit pas saris celui des termes, et ceux-ci ont subi bien des changements. Les superstitions populaires ont sûrement été très-variées chez les anciens Aryas, mais nous ne pouvons plus guère en constater l'existence que relativement à la croyance aux esprits et à la magie.1 Il reste là, toutefois, un vaste champ d'inves-

1 La superstition du mauvais œil se retrouve dans l'Inde védique aussi bien que chez la plupart des peuples européens. Dans le Rigvèda (X, 85, 44), l'épouse est exhortée à être aghôraéakshus, c'està-dire sans regard malfaisant, pour son époux. C'est le #a«cavoç oQÛkTwoç des Grecs, Yoculus fascinus des Romains, Yentsehen ou bôses Auge des Allemands, le milled = mi-shilled, mauvais regard, ou droch-shuil des Irlandais, le llygad drwg des Cymris, etc.

Les superstitions, croyances et coutumes relatives à l'éternument remontent aussi à une très-haute antiquité et donnent lieu à des rapprochements fort intéressants. Voici les plus caractéristiques :

L'aliment sur lequel on a éternué est impur pour le brahmane (Manou, IV, 213, ava-kshuta). — Une singulière coïncidence est celle du scr. gîva ! « vis ! » dit à quelqu'un qui éternue, avec l'ital. viva ! employé dans plusieurs endroits (Ascoli, Vorles., p. 97). — Grec Çï0i ! viva ! Zto «wo» ! — Etiam parva dictu in auguriis sternutamenta (Pline, II, 5, 8). Cur sternumentis salutamus ? (IdM xxviii, 5). Salve ! sternutantibus.

Ane. allem., nu helfin got ! Christ in helfe! (Grimm, 647.)

Scr. hshu, onomatopée, hshava, hshuta, etc. (Cf. Pott, WWb., I, 687). Lith. shiandu, czûwu, etc. Sweih's uiczuwes = wohl bekommen, niese gesund !

Chez les Zulus, en Afrique, on disait quand une personne éternuait : « Que Utikxo me regarde toujours avec faveur » (Utikxo, c'est-à-dire le Dieu invisible. M. Mùller, Lect. on the so. of. relig., p. 255, d'après le Dr Callaway). — Chez les Albanais on dit : Me shentêt! pour la santé! (Hahn, Alb. St., p. 108.) — Hébr. chaiâh, vive ! formule de salutation (Gesen., 334). Les Juifs disent chiim pour l'éternument (Morin, Mém. de l'Acad., IV, 329).

Les paroles à la suite desquelles on éternue, s'accomplissent. Télé'

tigations futures que je dois me contenter d'effleurer en attendant mieux.

Page 1