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LE CIEL

1) Nous avons vu que le plus ancien nom de Dieu, Dêva, le Céleste, se rattache à div, le ciel réel en tant que lumineux, mais sans se lier directement à l'idée de la lumière matérielle. Il en est autrement de Div, nomin. Dyâus, le Ciel personnifié, invoqué dans le Rigvéda avec Prthivî, la Terre, et d'autres dieux védiques, et appelé quelquefois Pitâ Dyâus ou Dyâushpitar, le Ciel-père.1 Ici il s'agit bien du ciel réel, et les deux significations ne sont point encore séparées. Ainsi, quand l'Aurore est appelée duhitâ divas, fille du ciel,2 on reste en doute si div doit se prendre au personnel ou à l'impersonnel. Ce Dyâus, toutefois, tient très-peu de place dans la

1 Rigv.y I, éd. de Rosen, p. 193, 211, etc. * Rigv.,l, 68,1,8.

religion védique, où il semble avoir été mis dans l'ombre de bonne heure parle Dieu Varuna, qui représente aussi le ciel; mais il a dû à l'origine occuper un rang au moins égal.

A Dyâus, en effet, répond exactement le Ztvç grec, éolien Atvç, au gén. Atoç = Divas, qui est devenu le dieu principal de l'Olympe et de l'antiquité classique. Ici la personnification est complète, et le Zîvç, père des hommes et des dieux, n'est plus simplement le Ciel-père, Dyâushpitar, mais un être divin riche en attributs divers. Le sens primitif de div, diva, ciel, jour, s'est conservé cependant dans tviïioç, sub divo, iv$i*> le milieu du jour, tvMoL, beau temps, adj. tv$toç\ et <$w$, céleste, pour iïtVtoç, est le corrélatif du scr. divya. La distinction établie de toute ancienneté entre Zîvç ou Atvç et &ioç, comme entre Dyâus et dêva, prouve que ces formes étaient déjà fixées au temps de l'unité. .

Cela résulte également avec évidence de la comparaison du latin Jupiter, pour Diupiter, lequel serait en sansc. Dyupitar (dyu = div), formé comme dyupati, maître du ciel, dyupatha, chemin du ciel, etc. Le génit. Jovis, dat. Jovi, en osque Diovei, * etc., sont des développements de Diu, comme en sanscrit, de dyu le dat. dyavê, le locat. dyavi, etc. Le Juvepater = Jupater, des tables Iguvines, paraît signifier le père dans le ciel, tandis que le synonyme Diespiter répond au scr. Dyâushpitar. Les peuples italiques, mieux que les Grecs, avaient conservé le souvenir du sens primitif de ciel; car, nonseulement on disait sub diu, sub divo, pour sub cœlo, mais le nom même du dieu servait à désigner le ciel.2 Le lat. deus,

1 Aiovféi, dans une inscription (Moramsen, Unterital. Dial^ p. 191).

1 Sub Jove frigido (Hor., I, 25). Aspice hoc sublime candens quem

invocant omnes Jovem (Ennius ap. Cicer., De nat. Deor.y II, 25, 65).

comme dêva et 3-toç> était séparé de temps immémorial il*' ses formes congénères.

Nous retrouvons encore le Dyâus védiques génit. I?WW, dans le Tius gothique, génit. lïvis, que Grimiti restitua avec sûreté au moyen de l'anglo-saxon Tiw, génit. Thoest du âcand* Tyr, gén. Tys, et de l'anc. allem. Ziu ou Zio} gàr, Zifwes. C'était là, sans doute, dans l'origine, une personnification du ciel, et le plus ancien des dieux germaniques; mais plus lard il est devenu le dieu de la guerre et de la victoire, et c'est en cette qualité qu'il figure dans la mythologie & .uidïnave. Son

nom, comme équivalent à Mars, est resté dans celui du mardi,

anglo-sax. tyioesdaeg, anglais tuesday, scand. tysdagr^ ane. ail. ziwe8tac, etc. L'idée première de lumière, d'éclat, se montre encore dans l'anglo-sax. tîr, scand. tyr, gloria, anc. ail, ziorit zieri, praeclarus, insignis, etc., qui se rattachent à la même racine.1 Le pluriel scand. tivar, dii, doit avoir signifié les brillants ou les glorieux.

L'accord remarquable qui vient d'être signale entre quatre peuples de race arienne ne .saurait laisser aucun doute que le ciel personnifié n'ait été le premier objet d'un se» liment religieux. H faut ajouter ce que dit Hérodote (i> 131) des Perses, qu'ils sacrifiaient à Jupiter (Au) sur les hautes montagnes, et qu'ils appelaient Jupiter ( A la) le cercle entier du ciel» Il semble, d'après cela, que l'antique nom du Dieu s'était maintenu chez eux partiellement, les Iraniens ih h religion de Zoroastre l'ayant d'ailleurs abandonné.

2) Une seconde personnification du ciel, beaucoup plus complète que la précédente, et peut-être aussi ancienne, se

* Grimm, Deut. Myth., 131, 432. Cf. Mannhardt, Gùtterwclt, 362, Ce dernier cite Fane, allem. zto, ouragan, comme une indication que Tius était le dieu du ciel.

présente dans le Varuna védique, un des dieux les plus souvent invoqués parmi les plus élevés. Plusieurs des hymnes qui lui sont adressés lui donnent tous les attributs d'une divinité suprême. 1 Dans le principe, toutefois, il n'a dû désigner que le ciel réel qui couvre et entoure le monde, car c'est là ce que son nom même signifie, dérivé qu'il est de la rac. vr, var, tegere, circumdare. Varuna, comme div et svar, s'entendait du ciel supérieur, lumineux, stellaire, par opposition au ciel atmosphérique. 2

Le corrélatif de Varuna se trouve, comme on le sait, dans le grec Ovç cwoç, l'ancien dieu du ciel, mais aussi encore le ciel réel supérieur, la demeure des divinités. La forme grecque semble partie du thème varana, ce qui couvre, entoure ; cf. urana, nuage. Il est curieux d'ob3erver comment ces deux noms primitifs du ciel, div (dyâus) et varuna ou varana, ont échangé leurs rôles en se personnifiant, chez les Indiens et les Grecs. Tandis que dyâus a conservé son acception propre, tout en devenant un dieu relégué dans le vague du passé, le grec Zîvç a perdu son sens primitif, pour s'appliquer uniquement à la divinité souveraine, d'est exactement l'inverse pour ovçctvcç, qui a continué à désigner le ciel réel en même temps qu'un ancien dieu purement cosmogonique, tandis que Varuna a été élevé à la plus haute personnification, en perdant son acception première. On voit que, de part et d'autre, les points de départ ont été les mêmes, mais que les deux peuples

1 Cf. Max Mûller, Sansk. Litler., p. 534 et suiv.

* Les anciens Aryas distinguaient déjà trois régions célestes, le ciel supérieur, div, le ciel des nuages, nabhas = v/$oç, ancien slave nebo, gén. nébe$es irland. nem (?); cymr. ne/", etc., et l'atmosphère antaruksha, c'est-à-dire transparent, conservé dans le cymr. entyrch ou entrych, ciel.

ont développé les données communes dans deux directions différentes.

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