LA TERRE
Au ciel, personnifié dans le Dyâushpitar védique, est constamment associée à la Terre-mère, Prthivî mâtar, l'un étant naturellement considéré comme le principe actif et procréateur, l'autre comme le principe passif et fécondé. Aussi les noms du ciel sont-ils généralement des masculins, rarement des neutres, tandis que ceux de la terre sont féminins, circonstance qui seule déjà devait conduire à la personnification. Le composé védique Dyâvâpfthivî, au duel, exprime bien l'intime connexion des deux divinités, et il y a plusieurs synonymes du même genre. On les appelle aussi les grands parents, ! comme unis par un antique mariage, de même que, chez les Grecs, Gaea était l'épouse d'Uranus.
Le culte de la Terre comme mère se retrouve chez plusieurs peuples ariens. La AfiftfjTtiç grecque était probablement pour TfJi>if}Tf}^ et la terre est appelée 7r<tfJLfJLfiTfi^ 7r<tfJUfjLviruç(t. C'est la Terra inater, Tellus mater, mater Ops> aima Parens des Romains. Les anciens Germains, d'après Tacite {De mor. Germ., 40), l'adoraient sous le nom de Nerthus, auquel répond exactement le sanscrit nrtû, nomin. nftûs, un des noms de la terre. 2 Elle était également personnifiée, chez les Anglo-
1 Langlois, Rigv., IV, 43.
* Wilson, Dict., et D. P. — NtHû ne se trouve dans le Rigvéda qu'avec le sens de danseuse. Cf. I, 92, 4, où il est dit que l'aurore dissipe les ténèbres, nrtûh iva, saltatrix veluti (Rosen). Ici le mot est féminin, quoiqu'on le donne aussi pour masculin. L'adjectif védique nriu, épithète d'Indra, des Maruts et des Açvins, semble signifier
Saxons, sous celui de Folde Jira môdor, la Terre-mère des hommes (Grimm, Deut. Mytlu, cxxix). Et il faut ajouter que folde, scand. folld, terre, paraît se rattacher à la môme racine que le scr. prthivî ou prthvi, terre, féminin de prthu, vaste, large, savoir prth, partit, prath, extendi ( Cf. Mannhardt, Gôtterwelt, I, 317). Nous aurions ainsi, chez les Germains, une double analogie de fond et de forme pour cette antique personnification de la terre dans les Védas.