L'AIR ET LE VENT
L'élément invisible de l'air échappe trop aux sens pour avoir
1 Cf. le D. P. passim pour le sanscrit, et pour le zend Justi, et surtout Roth, Z. S. d. Morg. Ges., II, 216.
jamais été directement l'objet d'un culte, mais dès qu'il entre en mouvement, il se révèle par des effets qui suggèrent aisément l'idée d'une puissance surhumaine, bienfaisante ou redoutable suivant son action. Aussi le vent a-t-il été sans doute personnifié et divinisé de très-bonne heure, comme le feu et l'eau. Mais ici, comme pour ces derniers éléments, la simplicité du culte primitif direct a fait place à une multitude de fictions dans les my thologies particulières, où les choses et les noms varient considérablement. La plus ancienne personnification immédiate du vent est probablement le dieu védique Vâyu ou Vâta, dont le nom, comme ceux iïAgni et des Apas, n'est que celui-là même de l'élément en action. H dérive delà rac. va, flare, à laquelle se rattachent également le zend vâta^ le pers. wâd, bâd, l'ossète vad, le gr. cLtjTtjç, etc., le lat. vmtus, l'irl. bdd, le cymr. pwynt, le goth. vinds, l'anglo-sax. wind et wedhery scand. vindr et vedr, anc. ail. wind et wetar, le lith. wêjas et wêtra, l'anc. si. vëtru, etc.
Le Vâyu védique est souvent associé aux dieux supérieurs, et surtout à Indra, le maître de l'atmosphère, auquel il prête ses chevaux rapides. A côté de lui règne, dans le domaine des airs, Rudra, le dieu des tempêtes, le mugissant (de rud, rudere), accompagné de la troupe des Maruts, les vents d'orage, qui sont ses fils. Tous ensemble entourent Indra dans les combats qu'il livre au démon Vrtra, pour délivrer les eaux captives au sein des nuages.
Dans l'Avesta ( Yaçna, xxv, 16 ), le vent pur et l'air sont encore invoqués comme éléments. L'imagination des Grecs, en leur qualité surtout de navigateurs, a créé tout un ensemble nouveau de personnifications et de mythes où rien ne rappelle ceux de l'Inde, et qui a passé partiellement aux Romains. Ce
n'est que dans la mythologie germanique que l'on trouve encore quelques traces des noms et des fictions védiques.
Aucun des dieux supérieurs de la Germanie ne répond à
Vâyu pu à Vâta, mais la tradition Scandinave connaît un géant Vind och Veder, vent et tempête, et le géant de l'hiver,
Vetr, est fils de Vindlôni ou Vindsvalr, le coup de vent (Grimm, D. Myth., 436). l Le nom de Rndra et de son épouse Râdasî rappelle l'anglo-sax. rôdor, le ciel, l'espace où régnant les vents, et d'autant mieux que rôdasî, comme duel de rôdas} ciel, désigne collectivement le ciel et la terre.2 Les traditions relatives à Wuotan, comme dieu de la tempête, quand il parcourt l'espace à la tête de la troupe furieuse {wilthendes Itëêr) ou de la chasse sauvage (wilde jagd\ offrent bien des traite analogues aux mythes de Rudra et des Maruts? Le nom même de ces derniers semble conservé dans celui du chasseur sauvage, Marten, comme il est appelé en Souabe (Griumi, ïIk} 521).4 Une autre personnification Scandinave du vent, Kàri (stridens), est comme une traduction de Rudra. Il est le fils du géant Forniotr et père de Jôkul, la glace, et, avec ses frères Hier, l'eau, et Logi, le feu, il forme une trinité d'éléments analogue à celle que nous avons conjecturée plus haut pour le Trita indien.
On voit clairement, par les comparaisons qui précèdent, comment les traditions mythiques primitives relatives a u vent
1 Cf. le géant Wêjas des Lithuaniens, dans la tradition du (i^uge, p. 373.
' Kuhn, Z. S ,111,336.
3 Cf. Grimm, D. Myth., 515 et suiv.; Mannhardt, Gottcrwvll. U
* Kuhn conjecture aussi que le Mars romain était primitivement un dieu de la tempête et du vent =• Marut ( Haupt's Zeitsclir., \\ 491).
se sont modifiées, dans l'Inde et la Germanie, suivant la nature des climats respectifs. Cela est plus évident encore pour la Grèce, où les noms et les mythes ont pris également des formes nouvelles, subordonnées principalement aux conditions géographiques.