AVERTISSEMENT
Ce petit Kvre est une contribution a 1' etude des prigines du christianisme qui, depuis un siecle, passionne le monde savant. II voudrait mettre en lumiere un fait important pour 1'exegese des e"vangiles : la conception et la redaction purement juives du Pater Noster.
Oui, cette antique priere, populaire entre toutes
(1), la seule que Jesus ait composee et prescrite,
*VOraison dominicale , qui fait s'incliner tout front
^chre'tien, est une priere juive ! Juive dans le fond et
juive dans la forme.
F^our s'en convaincre, il n'y a qu'a feuilleter la TephiUah, ou Rituel juif des prieres quotidiennes. Pourquoi personne ne s'en etait-il encore avise ? G v est que cette Tephilldh a tou jours ete bien a tort consideree par les exegetes comme oauyre
(1) Paten6tre se dit de toutes les prices chr6tiennes. Cervantes a pu r6duire au Pater Noster toute la science du bonhomme Sancho Panga (Don Quichotte, livre VII, in medio). :
recente, ne pouvant a aucun titre figurer parmi les sources chretiennes.
Nous nous proposons de redresser cette erreur. Notre plan sera naturellement le suivant. Un premier chapitre sera cons acre" a la Tephilldh, dont nous donnerons une idee d'ensemble. Un deuxiem& cliapitre identifiera le Pater ayec cette Tephillah. Dans le troisieme cliapitre, nous examinerons le cadre meme dans lequel 1'Evangile a present e POraison dominicale, cadre aussi juif que 1'Oraison ellememe. Enfin nous serons amene a apprecier, dans un dernier chapitre, la portee qu'a pu avoir le Pater a Pepoque de sa composition et Pinfluence qu'il a exercee dans la suite.
Nous croyons devoir prevenir le lecteur de notre qualit6 d'isra^lite. Non que notre intention soit de nous livrer a une ceuvre de polemique : une telle pens^e est bien loin de nous, car nous eprouvons un profond respect pour les croyances sinceres que nous ne partageons pas. Mais nous tenons a nous mettre nous-meme d'avance sous la sauvegarde du grand principe de la < Tolerance religieuse et a reservertout entiere notre liberte d' apprecier sine ira et studio.
Nous pensons d'ailleurs avoir travaille a r^aliser 1'union sacree que revent tous les bons citoyens, en essayant de f aire toucher du doigt aux Chretiens leur filiation spirituelle juive et de corroborer ainsi c ette phrase de Renan, entre les lignes de laquelle
pourrait se lire comme un regret des violences se"culaires :
II y a une supreme injustice A opposer le christianisme au judaisme comme un reproche, puisque tout ce qui est dans le christianisme primitif est venu en somme du judaisme. (Les Apdtres, chap.