‹ Les origines juives de l'oraison dominicale [microform]Chapitre 4 sur 13 · II. Documents posterieurs it cette epoque · texte numérisé non relu

II. Documents posterieurs it cette epoque

Mais il commettrait une grave erreur, comme TiOus 1' avons deja fait pressentir, s'il n' attribuait aux documents de la deuxieme categoric qu'une valeur correspondant a 1' epoque de leur redaction. M&ne les plus rapproches de nous, tel 1'hymne au Sabbat, Lekhdh dddl, du rabbin Salomon ha-Levy, sont encore des imitations ou des adaptations de textes . de la Bible. Aussi ces documents de la deuxieme categoric ne different-jls pas sensiblement pour 1' esprit, ni meme pour la lettre, de ceux de la premiere categoric. Ils auraient pu etre ecrits par des Juifs contemporains de Jesus. Rien d'etonnant des lors a ce qu'on y trouve des idees exprimees dans

le Paler la comparaison est permise . e.ntre de tels documents et 1'Oraison dominicale qui nous oceupe.

Dans la premiere categorie se rangent :

- 1 Les passages extraits de la Bible (Pentateuque, Prophetes, Psaumes, etc...).

2 Les extraits de la Michendh.lLa. Michenah ne ut redigee que dans la deuxieme moitie du n siecle de Pere chretienne, par Juda-le-Saint ; mais avant xjue cette Loi orale ne fut, sous la pression des circonstances (ruine de la nationality juive, persecutions) mise par ecrit, elle se transmettait rigoureuseinent de bouche en bouche, de maitre ci eleves (Michendh, Abdth, 1, 1). De la son precede constant d' exposition : tel docteur a dit telle chose , ou bien : tel docteur a dit au nom de tel autre docteur . Une premiere redaction partielle de prescriptions de la Loi orale, conservee dans^la Michendhj dont elle forme le trait e Edouidth, avait d'ailleurs eu lieu par les soins d'Eleazar ben Azaria, chef de 1'ecole de Jabne, des Fan 90. Les textes de la Michendk doivent done etre consideres comme etant de composition, ant erieure au christianisme.

: 3 LedChemdneh Esreh (les dix-huit benedictions) ou Amiddh (priere a reciter debout), principale priere des trois offices journaliers (matin, apres-

midiet soir).Elleremonteau temps d' traites Berdkhdth, 33 a et Megilldh, 17 b).

Des critiques lui attribuent une origine plus re"cente, mais dans tous les cas anterieure a I'ere chretienne.

4<> Les benedictions qui precedent et qui suivent immediatement le Chema Israel. (Le Chema Israel se compose de trois passages extraits du Pentateuque et solennellement recites matin et soir.) On ne connait pas il'auteur de ces (benedictions antiques ; mais la Michendh les comment e dans son trait e Berdkhdth I, 4. Elles expriment les deuzid^es maitresses de la TephiUdh, que nous avons indiquees au debut de ce chapitre, a 'savoir : Dieu createur du monde ; Israel peuple elu de Dieu.

5 Les benedictions prescrites avant la consommation des divers fruits ou aliments, a la vue des grands phenomenes de la nature, etc... (BerdWidth, Viet IX).

6 La benediction recitee apres tout repas pris en commun par trois hommes ou plus (Michendh, Berdkhdth, VII). Elle est connue dans le Rituel sous le nom de Birkhath ha-Mdzdne (benediction pour la nourriture) et a fourni, nous leverrons, au Pater une de ses for mules.

A la deuxieme categorie appartiennent deux prieres remarquables, aux sources desquelles le

Pater a largement puise. Ce sont VAUnm le-ckab&a?h laadone haftkdl (a nous de louer le maltre de I'univers) et le Qaddiche (sanctification).

1. L' AUnon Ie-chab6a'h exprime lafoi monotheiste -d' Israel et son espe*rance dans le regne futur de la

justice et de la f rat emit e universelles, ou royaume de Dieu. C'est une veritable synthese detout le Rituel ; aussi la synagogue en a-t-elle fait la priere finale de tous les offices ; on en trouvera un extrait ; page 30. HAUnou est dueaAbbaAreka(l),quifonda l'6cole de Sour a (Babylonie) vers le milieu du me siecle. Elle cite le Pentateuque et Zakharie. Quoique babylonienne,' elle est r^digee en pur h6- .breu. II ne faut pas oublier qu'entre les Juifs de Babylone et ceux de Jerusalem il y eut de eontinuelles relations, un continuel ^change d'idees. Ici comme la, le chaldeen fut la langue populaire a 1'epoque du second Temple.

2. La priere de Sanctification ou Qaddiche^ recitee plusieurs fois au cours de chaque office, tantot par 1' Officiant, tantot par les fideles qu'a frapp es un ideuil de famille, recitee egalement dans les ceremonies au cimetiere, est sans doute de composition plus ancienne encore que YAlenou le-chab&cfh. Le Rater que'le pretre catholique recite pendant 1'absoute de 1' off ice des morts et au cimetiere, n'est qu'une reminiscence du ^flddzc/je.

(1) Plus conim sous le nom de Rob, ou Mattre par excellence.

beaucoup au Pater i , et par son texte et par sa^popularite. Presque entierement ecrit en chaldeen, il ne mentionne ni Jerusalem, ni le Temple et ne fait aucune allusion a la dispersion d'IsraSl.

Le paragraphs ayant trait aux rabbins et a leurs disciples, qui ne fait d'ailleurs partie que du Qad~ dicke des orphelins (Qaddiche yethdmtme), ne peut e'videmment avoir ete compost qu'a 1'epoque dela floraison des ecoles talmudiques.

Voici une traduction litterale de cette priere de <i Sanctification , trop peu conmie des exegetes modernes ; nous j soulignons les ide"es et les expressions q u'on retrouve dans le Pater :

Soit magnifie et sanctijU son grand nom dans 1'univers qu'il a cree selon sa volonti. Vienne son regne, de votre vivant et de vos jours et du vivant de toute la maison d' Israel, bientot et a bref deft lai, et dites Amen /

Soit beni son grand WOTW, a jamais et dans les siecles des siecles ! Soit beni et loue et glorifie et exalte et eleve et honore et vante et celebre son nom, le nom du Saint beni soit-il, au delude toutes benedictions et cantiques et louanges et. hommageF, qui sont recites dans 1'univers, et dites Amen 1

Soient exaucees les prieres et les supplications de tous les Israelites devant leur pere qui est aux deux et dites Amen I

Qu'il y ait paix profonde venant des cieux et

sant e pour nous et pour tout Israel, et dites Amen! Celui qui fait regner la paix dans les hauteurs ' des deux, la fera aussi regner sur nous et sur tout Israel, et dites Amen !

- (Qaddiche des orphelins). Pour Israel et pour les rabbins et pour leurs disciples et pour tous les disciples de leurs disciples et pour tous ceux qtii s'adonnent a 1' etude de la T6rah, soit en cette localite, soit en toute autre localite, qu'il y ait paix profonde, favour ..et grace et misericorde et longue vie et nourriture assurte et delivrance, venant de leur pere qui est aux deux, et dites^ Amen I

Larecommandation et dites Amen 1 si sou vent \ repetee, rappelle celle du Pater : Vous done priez ainsi : Notre pere... (Matthieu, VI, 9), ou Men : Quand vous priez, dites : Notre pere... (Luc, XI, 2), et 1'Amen final du Pater de Matthieu ne fait que resumer les multiples Amen du Qaddiche.

Passons maintenant a 1'examen detaill^ de 1 ! 'Oralson dominicale.

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