‹ Les origines juives de l'oraison dominicale [microform]Chapitre 6 sur 13 · DU CADRE DU PATER · texte numérisé non relu

DU CADRE DU PATER

Dans Luc, nous 1'avons remarque au debut du chapitre precedent, 1'enseignement du Pater ne fait pas partie d'un corps de doctrine ; il est provoque par une simple question d'un disciple qui, ayant vu Jesus en priere, lui demande aussitot : Enseignenous a prier, comme Jean 1'a aussi enseigne a ses disciples. (Luc, XI, 1). Jesus lui repond par le Pater, mais sans aucune explication ; de plus la priere est ecourtee.

Matthieu, aucontraire^entourel'Oraison dominicale d'un decor qui pourra nous en reveler 1' esprit.

Tout d'abord, le Pater de Matthieu est incorpore a 1' expose doctrinal connu sous le nom de Sermon sur la Montagne (V, 1 et VII, 28-29). Montagne sans nom, mais qui evoque inevitablement le souvenir du Sinai. Apres s'etre eleve contre les aumones etles prieres des hypocrites , Jesus recommande 1'humilite d'une facon generale ; puis, insistant sur la priere :

(VI, 7) a Or, quand vous priez, rfusez pas de vaines

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redites comme les paiens ; car Us croient gw' ils seront exauces en parlant beaucoup. / -

(8) Ne leur ressemblez done pas ; car votre pere sail de quoi vous avez besoin, avant que vous ne le <c lui demandiez.

(9) Vous done priez ainsi : Notre pere qui 'es auxcieux...

II ne s'agit plus ici, onlevoit,des hypocrites , maisdes apaSens .

Et Vest une idee bien juive que cette preoccupation de ne pas ressembler aux paiens ; on la trouve mille fois exprime"e dans la Bible et dans le Talmud. Les paiens faisaient d'interminables prieres, dans 1'espoir d'etre exauces, greice a leur t&iacite ; les pretres de Baal invoquent ce Baal pendant toute une journ^e au mont Garmel (I, Roi, XVIII, 26-29). Aussi les docteurs juifs de 1'epoque judeo-chretienne luttaient-ils centre la tendance du peuple a allonger les prieres. Voici deux traces de cette lutte.

Rabbi Sime'on disait : Aie soin de dire avec ferveur le Chema et les prieres, et, lorsgue tu pries, ne considere pas ta priere comme un acte present, mats bien comme un recours a la misericorde divine. (Michendh, Aboth, II, 18.)

Mieux vaut prier peu avec recueillement que prier longuement sans recueillement,. (Talmud, Mendhdth, p. 110.)

Le verset 8 ci-dessus de Matthieu est une niscence de cette parole d'lsaiie, que la Tephilldh a.

introduite dans le Ckemdneh EsrSh des jours de jeune :

Avant quails ne n^appellent^ je repondrai : ite parleront encore etdtjajelesauraiexauces. (Isa!e, LXV, 24.)

Isaie ne faisait d'ailleurs ainsi que commenter le verset du Deut6ronome, IV, 7 :

Ou est le peuple assez grand pour avoir desdivinites accessibles comrrn VEternel noire Diev, Vest pour nous, toutes les fois que nous Vinvoqaons ?

Et le psaume CXLV, verset 18, qui figure dans la Tephilldh aux offices du matin et de Papres-midi, exprime encore la meme idee :

VEternel est proche de tons ceux qui Vinvoqaeni avec sincerite.

Jesus dit, au meme verset 8 :

Votre pere sait de quoi vous avez besom. II n'apas dit : Mon pere sait... . II neparle done pas comme fils deDieu , mais commeunsimpledocteur s'adressant a des eleves et a des coreligioimaires. Rien, dans sa priere, ne denote la doctrine chretienne.

Un Dieu unique, saint, maltre de Tunivers, dispensateur des biens, mis&icordieux, et qui, dans sa toute-puissance, peut aider Thomme alutter centre

ses penchants mauvais, on ne trouvepas autre chosedansle Pater. Ni Trinit6, ni redemption, ni incarnation.

Ges tout premiers Chretiens, auxquels Jesus apprenait, selon saint Matthieu, a reciter le Pater, nous apparaissent done comme des Juifs ordinaires et qui ne croyaient meme pas queles temps messianiques fussent venus : Ton regne vienne..., mais, delivre-nous du malin...

On peut mesurer ici la distance qui separe Matthieu et Jean, J6sus enseignant le Pater et Jesus se donnant comme Messie, comme Dieu, comme sauveur de Thumanite. (Evangile selon saint Jean : IV, 21-26 ; VIII ; XI, 25-28 ; XII, 44-50 ; XIII, 3 ; VIII, 58 ; X, 28-30, 38 ; XIV, 1-7, 10-11, 20, 23 ; XV, 22-24 ; XVI, 15, 28-33 ; XVII ; XIX, 7 : XX, 28-29 ; VI).

GHAPITRE IV

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