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LE STYLE. LITURGIQUE ET LES FAMILLES LITURGIQUES

Nous avons parlé de la composition liturgique ; nous avons dit que la liturgie forme une littérature riche et “variée. Nous l’avons vue naître, grandir, jusqu’au moment où ayant atteint, je ne dirai pas son apogée, mais son point de maturité, elle s’est arrêtée dans une forme à peu

près immuable.

Tout ceci prouve qu'il y a un style liturgique, et dès | lors il nous est permis de chercher à établir ses caractères | et ses lois.

Nous sommes obligé pour traiter la question de laisser | derrière nous la période primitive du 1°’ au 1v° siècle. Nous arriverions à recueillir dans les écrits du Nouveau Testament et dans ceux des écrivains des trois premiers siècles, | quelques fragments de prières, quelques acclamations, des doxologies surtout, des formules qui auraient leur intérêt, mais tout cela est encore si peu, nous est arrivé | dans un état si fragmentaire, que l’on ne peut raisonner. sur ces débris; on ne peut, en tout cas, y trouver les carac-

| | | tères d’un style ou d’une littérature. Nous avons cité les |

plus caractéristiques de ces prières dans notre conférence précédente.

Mais dès que l’on dépasse cette limite, on se trouve en face de cette grande division entre l'Orient et l'Occident qui se présente toutes les fois que l’on traite une question ecclésiastique.

Or cette division caractérise deux tendances, deux esprits différents. L'esprit grec plus spéculatif, porté surtout vers la discussion théologique, plus raffiné, plus compliqué aussi, assez ami du paradoxe, moins soucieux d’orthodoxie et de règle, moins discipliné, égaré souvent par les traditions de la philosophie grecque antique, oùil: puise, comme dans un héritage, des doctrines qu'il trans-« portera volontiers dans le domaine de la théologie. L’esprit latin plus logique, mieux ordonné, moins disposé à la spéculation, moins imaginatif aussi et plus pauvre en créations philosophiques et en systèmes, du moins dans la première période et malgré quelques illustres exceptions. {

Vous reconnaîtrez en liturgie quelques-unes de ces“ divergences. Si vous entrez dans une église grecque, vous êtes frappé de la différence avec les églises latines Je ne parle pas seulement des types d'architecture, dont les tendances pourraient s'expliquer par d’autres causes, je parle de la disposition intérieure qui est un indice d’une» conception différente des choses liturgiques. Dans l’église latine, quel que soit d’ailleurs le style auquel l’église» appartienne, la première chose qui nous frappe en entrant, c'est toujours l'autel, placé au milieu, ou tout au moins à l'endroit le plus en vue, de telle sorte que vous sentez aussitôt qu'il est le centre où tout converge, le foyer d'où tout rayonne, le point de rencontre, et comme le lieu d'où toutes les lignes de l'édifice s’élancent vers le ciel, :

etvers lequel elles reviennent. Cet autel n’est dissimulé | par rien, 1l est visible la plupart du temps de tous les points du temple, de telle sorte que tout ce qui se pas- | sera sur l’autel ou à l’entour sera vu, surveillé par tous les fidèles.

. | Tout autrement dans l’église grecque. Dès votre entrée votre regard est arrêté par l’iconostase, une sorte de mur ou de cloison sur laquelle sont suspendues des images de saints, et qui parfois est admirablement orné et sculpté, mais qui, dans tous les cas, dérobe à vos regards l’autel, aussi bien dissimulé que le saint des saints dans le temple de Jérusalem. La première notion qui vous est donc incul- | quée dès le seuil, c’est que l'endroit où s’accomplissent les redoutables mystères ne doit pas être vu par les profines. Sentiment assurément très noble, très digne, et | 1j ajoute très Juste, de respect et même de crainte, mais [qui en somme ne répond pas à la notion historique pri- | muitive que nous représente l'autel des catacombes, la table | d'un banquet, où les fidèles viennent s'asseoir pour participer au dernier repas du Christ, et en même temps la |pierre sur laquelle le Christ, prêtre et victime à la fois, |s'est offert à son Père pour le salut des fidèles. | Ainsi ce premier pas dans une église de l’un ou de Vautre rite, vous est la révélation de deux génies diffé- Irents (1). Et une étude plus approfondie des rites vous amènerait toujours aux mêmes conclusions : il y a en liturgie un style grec et oriental, qui malgré certains traits | généraux se différencie du style des liturgies latines. Nous ne parlerons pas ici des liturgies grecques ou lorientales parce que le champ est trop vaste; il a été trop peu cultivé encore pour permettre de tirer des con-

(1) Cf. Edm. Bishop, On the History of the Christian altar, dans Downside Review, July 1905.

clusions bien solides. Nous aurons du reste assez à faire avec ces familles liturgiques qui sont plus voisines de nous (1). j Confinons-nous donc en Occident, la tâche est encore assez étendue pour une conférence. Par la science histo= rique, comme nous l'avons dit dans un autre chapitre, on arrive à établir qu'il existe en liturgie diverses familles la romaine, l’ambrosienne, la gallicane, la mozarabe, la celtique qui appartiennent à la même souche, mais possè” dent des caractères distincts. ç Je ne parle pas tant ici au pus de vue du rituel, qui cell une question réservée, qu'au point de vue littéraire et philologique. C'est sous cet aspect que je dois considérer ici ces différentes familles, Or, cette étude nous amène rait, je crois, aux mêmes conclusions, c’est-à-dire à constater une certaine unité d’origine qui se trahit par des. traits généraux, et d’autre part certains autres caractères” différentiels qui peuvent faire la base d'une classification. par familles (2). |

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