‹ Les origines liturgiques;Chapitre 12 sur 70 · ROMAINS · texte numérisé non relu

ROMAINS

Commençons par les plus connus, les romains. Nous avons un missel, un bréviaire, un pontifical, un rituel” Ces documents en usage aujourd’hui sont fort anciens Toutefois ce n’est pas d’après eux que l’on peut étudier le style romain, car au point de vue philologique, ils ne sont pas romains purs, ils ont été à une époque mélangés d'éléments gallicans à assez forte dose. Dans tous les cas”

(x) On trouvera dans notre article Axapnore, Dictionnaire d'Archéologie et de Liturgie, quelques comparaisons entre les liturgies grecques et latines.

(2) Tout cela ne doit pas être pris trop strictement. Plus que personne; je sens qu’en liturgie, au point où en sont ces études, il ne faut pas d’affirmations trop absolues. Là plus qu'ailleurs les règles posées souffrent des exceptions.

si nous les citons, nous tâcherons de choisir chez eux des passages vraiment romains. Autrement notre démonstra-

tion pécherait par la base.

Je ne connais de document tout à fait romain que le

sacramentaire dit léonien. On peut placer tout près de

lui, quoique émanant probablement d'une autre église, le rouleau de Ravenne, car il appartient selon moi à la même école (1).

Le premier est un recueil de prières pour la messe dans tout le courant de l’année; 1l contient des oraisons et des préfaces. Il peut remonter vers le milieu du v° siècle, et s’il n'a pas été composé à Rome même, il l’a été tout au moins dans une église voisine. On a discuté longuement sans arriver à établir d’une façon certaine quel est son auteur. Peut-être faut-il dire que comme plusieurs de ces documents anonymes, il n'a pas d'auteur proprement dit, ou si vous le voulez l’auteur n'est qu'un compilateur qui aura puisé à différentes sources. Je croirais même assez volontiers que malgré son titre de sacramentaire, qui équivaut à peu près à celui de missel, il n'a jamais été un livre liturgique proprement dit, ayant servi à la messe, mais plutôt un recueil, une sorte d’anthologie de pièces liturgiques où l’on puisait selon les besoins du moment.

À tout le moins faut-il dire que pour certaines parties, ce livre a un caractère plus personnel qu'aucun autre document liturgique; on est étonné d'entendre dans ces préfaces au Dieu tout-puissant et éternel l’auteur présenter une sorte de plaidoyer pour sa conduite, ou fulminer un réquisitoire contre ses adversaires (p. 57 et 68 sq.). Il fait le Seigneur confident, au jour le jour, de

(1) Quelques fragments nouveaux apparentés avec le Léonien ont été donnés par Mgr Mercati, Antiche reliquie liturgiche, Rome, 1902, p. 65.

ses peines, de ses épreuves, parfois de ses triomphes: Mais comme ces préfaces sont, suivant l'usage, chantées voix haute, les fidèles sont en tiers dans ces confidences” Il y a aussi des allusions aux malheurs des temps, aux invasions, aux guerres, des souvenirs romains qui per mettent de dater à peu près cet étrange anonyme. C'est probablement le spécimen unique d’une de ces litur gies locales, improvisées, où le prêtre ne fait qu un avec ses fidèles, partage leurs craintes et leurs joies Il a dans tous les cas une réelle autorité, car ee sieurs de ces morceaux ont été adoptés par l'Église row maine et sont encore aujourd'hui dans notre liturgie. « Or malgré l’apparence un peu composite de ce docu= ment, il possède une certaine unité; 1l a un style avec, des caractères assez bien définis. Ces caractères sont em général la précision, la vigueur, une certaine sobriété qui n'exclut pas l'originalité ni la couleur (1). Je n’en pren drai que deux ou trois exemples. | Voici un type d’oraison souvent employé : |

Deus qui humanæ substantiæ dignitatem et mirabiliter condidisti «4 mirabilius reformasti, da quæsumus nobis | ejus divinitatis esse con= sortes qui humanitatis nostræ fieri dignatus est particeps. per. (Feltoe p- 159), au mois de décembre. J

Nous l'avons à la messe pour la bénédiction de l’eau. C’est une oraison romaine queje puis appeler classique Remarquez bien tous les membres. 1 1° Le titre Deus, avec le qualificatif ou attribut qui convient le mieux ici, humanæ substantiæ dignitatem k mirabiliter eondidisti et mirabilius reformasti, cette «PPoS

(x) Et toujours, comme exception à la règle, je citerai les préfaces, p. C2 des exemples de style contourné, embarrassé, p. 84. 4

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