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LITURGIE CELTIQUE

A ces liturgies gallicane, mozarabe, ambrosienne, on peut réunir la liturgie celtique; on donne ce nom à la liturgie qui fut en usage chez les Celtes d'Irlande et d'Angleterre, et se répandit même dans une certaine mesure chez les Anglo-Saxons.

Au point de vue liturgique, il est difficile peut-être de dire ce qui caractérise la famille celtique, je ne considé-« rerais même pas comme un paradoxe tout à fait insoutenable de se demander si réellement il y en a une.

Nous n'avons guère en tout cas que des fragments pour en juger, et si de ces quelques pages nous retirions tous les emprunts aux liturgies romaine, mozarabe ou gallicane, on se demande vraiment ce qui resterait pour former une liturgie proprement dite, car il ne suffirait pas pour cela de quelques prières spéciales, de quelques hymnes.

Mais sur ce terrain, plus spécialement littéraire, de la composition des prières liturgiques privées, il y a une littérature liturgique celtique, dont les principaux représentants sont l’Anfiphonaire de Bangor et le Book of Cerne.

(x) Voir dom Cagin, Paléographie musicale, t. vi, p.19 sq. et mon art.

Ariens, dans le Dictionnaire d’archéolog. chrétienne, t. 1, col. 2816 sq. (2) Voir Appendice F, loc, cit.

Tout en puisant aux sources mozarabes et gallicanes, disions-nous dans une autre étude, en acceptant des données romaines, la liturgie celtique a cependant conservé une certaine originalité, qui se traduit par des prières d'un caractère intime et personnel; sa piété devient facilement tendre, même passionnée. En s'adressant à Dieu, elle trouve souvent l’éloquence. Comme les liturgies

mozarabe et gallicane, elle tombe parfois dans la diffusion, les répétitions, les accumulations de termes pour rendre la même idée, dans certains cas même la bizarrerie. Le caractère de la race s’y reflète bien avec son sens profondément religieux, sa crainte des jugements et des châtiments d’outre-tombe, sa piété sincère et émue, une confiance filiale en Dieu, parfois quelque chose d’enfanün qui du reste ne choque pas, tant le sentiment est vrai et touchant ; un certain vague d'imagination et d'impression (1).

Abîmé dans la crainte, le Celte implore, gémit, pleure, supplie, il appelle à son aide toutes les puissances du

ciel pour le délivrer de celles de l’enfer. Peccavimus, peccavimus, s’écrie-t-il, parce, patientiam habe... (2).

Il énumère tous ses péchés dans des confessions minutieuses qui ont l'air d'un examen de conscience plutôt que d'une prière : falsum testimonium, adulterium, qulam, et avaritiam, infidelitatem, malam pertinaciam, fiduciam, et malam concupiscentiam, et adoptionem iniquorum voluntatum et malorum remissionum, etc. (3). Même minutie dans les exorcismes qu'il ne croirait pas efficaces, sil n'énumérait toutes les parties du corps d’où il faut

(1) Revue des questions hist., 1904, juillet, p. 213, 214, et l'appendice F, où nous citons quelques exemples.

(2) Missel de Stowe, P- 195, 106, dans Warren, Liturgy of Celtic Church.

(3) Book of Cerne, p. 92 sq.

expulser le diable : expelle diabulum et gentilitatem ab homine isto de capite, de capillis, de vertice, de cerebro, de fronte, de oculis, de auribus, de naribus, de ore, de linguæs de sublingua, de guture, de faucibus, de collo, de pectores de corde, de corpore toto, intus de foris, de manibus, d@ pedibus, etc. (x). 1 A côté de cela des prières d'un caractère poétique et vrai, comme cette hymne de Bangor, si souvent citée“ Sancti, venite, Christi corpus sumile, Sanctum bibentes, Quo redempti sanguine.

« Justes, venez, prenez le corps du Christ, buvez le sang précieux qui vous a rachetés.. f

« Celui qui donne le salut, le Christ fils de Dieu, a

D LS in

sauvé le monde par sa croix et par son sang. À « Le Seigneur, immolé pour tous, fut lui-même # prêtre et la victime...

« Que tous approchent, croyant d'un cœur sincères qu'ils reçoivent le gage éternel du salut. |

€ Il donne à ceux qui ont faim le pain céleste, à ceux qui ont soif 1l donne de la fontaine de vie (2). » l

D'une théologie moins profonde, cette hymne gracieus nous paraît l'éxhpañtes par la vérité et la simplicité de l'accent même sur l'hymne de saint Thomas, le Pange lingua (3).

Dans une classification, tout en tenant compte des emprunts faits à Rome, il faudrait, je crois, ranger cette liturgie à côté des liturgies mozarabe et gallicane.

(x) Missel de Stowe, p. 207.

(2) Antiphonaire de Bangor, Warren, loc. cit., p. 187.

(3) Voir encore Warren, loc. cit., 244, les antiennes de communion, ide p. 191, 242 sq., etc.

Je n'ai fait dans cette étude qu'indiquer quelques points de vue. Il faudrait, comme je l’ai dit ailleurs, une étude détaillée, philologique et littéraire de chacun des livres liturgiques que j'ai cités. Alors apparaîtraient en meilleure lumière ces caractères des liturgies latines que j'ai essayé d'exposer; tout cela serait expliqué, précisé, démontré scientifiquement, et peut-être arriverait-on à des conclusions un peu différentes. Dans tous les cas ceux qui voudront entrer dans cette voie y feront d'intéressantes découvertes. C’est une littérature d’un genre particulier qui étonnera souvent par sa richesse; au milieu de certaines vulgarités, on y découvrira de vrais chefs-d'œuvre. Au premier aspect, rien de plus monotone que ces sacramentaires où les oraisons se suivent comme les jours de l’année, et se ressemblent toutes.

Mais 1l faut se rappeler que toutes ces pièces détachées de leur milieu liturgique sont un peu comme ces objets rangés sur lestablettes d’une vitrine de musée. Si vous avez Misité les vieilles poteries et les bijoux étrusques du musée de Pérouse, ou les agrafes, épingles, boucles d'oreilles, bracelets, du musée de Naples découverts à Pompéi, Vous aurez eu cette impression de mort, jusqu'au moment où par un petit effort d'imagination vous avez essayé de reconstituer le milieu historique que ces objets nous représentent. Efforcez-vous aussi en lisant ces vieux livres, précieux débris du passé, de revoir les longues théories des prêtres, des clercs et des fidèles défilant dans les rues de la Rome antique depuis le pont Milvius jusqu’à la colline du Latran; suivez les néophytes au chant des litanies, des fonts baptismaux jusqu'à la grande basilique, écoutez le diacre chanter, devant la foule attentive, l’exullet de la nuit pascale, en déroulant à ses yeux émerveillés

le rouleau qui lui montre décrites par un pinceau naïf scènes de l'Ancien Testament qui fontl’objet de ce chan vous aurez reconstitué une page du passé et il ne faudi plus que la plume d’un Chateaubriand pour en faire ut page du Génie du christianisme. |

“ Quand on veut traiter en liturgie ce sujet de la messe,

la difficulté n’est pas tant d’en trouver les matériaux,

| mais au contraire d'éliminer une partie des questions si

diverses et si touflues qui se présentent pour choisir un

point de vue auquel on se placera. Il faut, de plus, que ce sujetsoit accessible à l'auditoire et qu'il ne soit pas hérissé de détails d’érudition qui facilement le rendraient fatigant.

Aujourd'hui nous chercherons à nous rendre compte de la composition de la messe, des éléments qui la constituent. Elle forme dans son état actuel un ensemble si composite et tant de matériaux y sont entrés dans le cours des siècles, que les initiés seuls savent trouver au milieu de tant de rites divers le fil conducteur.

L'impression est un peu celle que l’on aurait devant une cathédrale commencée vers le x° siècle, à l’époque où se dégage la conception romane, continuée à travers les diverses périodes de l'architecture gothique,et enfin achevée au xvr° siècle, au temps où la Renaissance rompant brusquement avec les traditions du passé architectural de la France, transporte sur notre sol les colonnes ou les

frontons grecs et romains, avec les autres éléments architecturaux. Cette cathédrale, qui n’est peut-être un mythe, présenterait à l'œil un bizarre mélange lignes et d’ornements disparates. Il faudrait l’œil exe de l’archéologue pour y reconnaîtreles diverses influences” Et si un romancier de talent voulait faire de ce monument le sujet de son roman, au lieu de cette unité puissante qui relieles chapitres de la Cathédrale et vous distille goutte à goutte la conception géniale du merveilleux monument,

nous aurions l'impression confuse que laisse dans l’esprit le mélange et parfois le conflit des styles. |

Je crois que la comparaison est assez juste, seulement, il faut faire une transposition chronologique. C’est dw r® siècle de notre ère au 1x° environ, que s’est bâti, pierre à pierre, ce vaste édifice liturgique.

Nous étudierons :

1° Les deux parties de la messe (antiquité de Aa division) ;

2° L’avant-messe (signification, l’avant-messe dans s différents rites) ;

3° La messe des fidèles ;

4° Conclusions.

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