‹ Les origines liturgiques;Chapitre 17 sur 70 · ON · texte numérisé non relu

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car presque toutes, sauf une courte prière d'action de

| 0 et la bénédiction du prêtre, sont de date assez récente, et ne touchent pas à l'essence du sacrifice.

Une pensée frappera au premier instant l'observateur Lun peu attentif. C'est qu'il ÿ a ici en réalité deux parties tout à fait distinctes, et bien séparées l’une de l’autre, ‘avec chacune son caractère particulier. La première, jus- | 9 |

Quelques prières suivent que nous pouvons négliger,

qu’à l’offertoire exclusivement ; la seconde de l'offertoire à la fin.

Dans la première parties si nous laissons de côté cer taines additions tout à fait postérieures, nous avons . chants, psalmodies, antiennes ou répons : l'introït, le graduel, l’alleluia, l'offertoire, le Kyrie, et le Gloria, une oraison, des lectures : l’épître et l’évangile.

Or ce caractère de dualité s'affirme de plus en plus, si nous remontons à travers les âges — et il s'affirme dans toutes les régions, je veux dire que partout et tous jours, autant que les documents liturgiques peuvent en témoigner, cette première partie, que nous appellerons l’avant-messe, pour nous conformer à l'usage, se come pose exclusivement de lectures et de chants, plus une ou plusieurs prières faites au nom du peuple. |

En somme rien qui se rattache directement et naturel lement à l'acte du sacrifice et qui ne puisse se retrouver dans toute réunion de fidèles. Sans aucun doute, il doit pouvoir être facile, le fait devait se produire et s’est en effet produit, de mettre ces lectures et ces chants en rel& tion avec la messe du jour et le sacrifice. Mais en général et par eux-mêmes, ces éléments ne s’y rapportent pas. Uné lecture, füt-ce une lecture de l'Évangile ou des épîtres de saint Paul ou de l’Apocalypse, n’est pas une prière, c'est un thème destiné à l'instruction des fidèles, ou à leur édé fication; un chant, que ce soit le chant d'un cantique où d'un psaume, ne se trouve pas nécessairement en relation avec la messe. On peut retrouver ces deux éléments em toute réunion ecclésiastique. |

Cette avant-messe a donc son aspect bien particulier: On l’appelait anciennement la messe des catéchumènesf tout le monde y pouvait assister, même les païens —€t ils y assistaient quelquefois en effet — justement à

cause de ce caractère indéfini, et si je l’ose dire, un peu cosmopolite.

A partir de là, c’est-à-dire de l’offertoire, le caractère de la cérémonie liturgique devient tout différent. Tout, rites et paroles, est en rapport direct avec l’action du sacrifice, ou pour mieux dire, ne fait qu'un tout; si l’on veut, c’est le bloc liturgique, dont aucune partie ne peut être détachée. Ce caractère d'unité parfaite donné à leette seconde partie de la messe par le sacrifice, est entcore plus frappant si l’on recule de quelques siècles pour Maïisser de côté certaines cérémonies ajoutées postérieurement et dont la présence ne se jusüfierait peut-être pas laussi aisément.

On apporte le pain et le vin qui doivent être consacrés; pendant le défilé le chœur chante l’offertoire. On récite une prière sur ce pain et sur ce vin. Puis comlmence la prière eucharistique qui, à proprement parler, |comprend la préface et le canon.

1. Tout dans cette longue prière a pour but de nous faire mieux pénétrer dans l’action du sacrifice de la messe — de mettre le prêtre et les fidèles en union continue avec le Christ, victime que le prêtre offre à son Père, afin qu’Il la Ireçoive et que par Lui il nous purifie et nous sanctifie — jus- |qu'au moment où nous-mêmes serons appelés par la comlmunion à recevoir en nous cette hostie pure et sainte.

| Ici tout est logique, tout suit un ordre naturel. La lmesse, si l’on peut ressusciter ce mot, est un théorème qui marche. Plus de chants, plus de lectures, plus de ces | pièces qui seraient aussi bien placées dans toute réunion | Hturgique.

| C'est le prêtre qui parle tout le temps et seul ici, |mais au nom des fidèles qui le suivent, et parfois S'unissent à lui par une courte invocation ou par l’Amen

| comme dans le dialogue de la préface — ou au Pater 4 ou à la fin de la doxologie.

Cette seconde partie est donc à proprement parler, e même détachée de la première, la vraie messe; on l’ appe lait dans l'antiquité la Messe des fidèles, parce que seuls les fidèles baptisés y pouvaient assister — les pémitents eux-mêmes en étaient exclus. |

Y at-il entre ces deux parties un lien ? Non, pas même. L'évangile est lu, c’est fini, il semble qu’on com: mence un rite nouveau; par le fait dans la Peregrinatio Etheriæ, on s’en va dans une autre église et nous ver rons que les deux rites sont quelquefois encore séparés!

Nous allons étudier de plus près ces deux parties et en chercher l'origine, si c’est possible.

Il n’est pas facile de trouver un nom pour la première partie. Celui d’avant-messe n’est pas très bien choisi, si comme nous le croyons, cette cérémonie a pu à l’origine exister toute seule et séparée de la messe; le terme dé messe des cathéchumènes pourrait aussi bien se trans former en celui de messe des pénitents, ou des gentils; car ceux-ci y étaient aussi bien admis que les catéchus mènes. Du reste, ici comme ailleurs le nom ne fait rien à la chose; il suffit de retenir ce que nous disions tout à l'heure, que cette première partie forme un tout distinct indépendant, autonome. |

Dans l'exposé que je viens de faire, je n’ai raisonné que sur la liturgie romaine, liturgie qui est aujourd’hui celle de toute l'Église catholique ou peu s’en faut, mais qui, il y a quelques dix ou douze siècles ne s'étendait

(guère en dehors de l'Italie. Chaque grande nation avait la sienne, comme nous l’avons vu.

|| Or, dans toutes ces liturgies, on remarque ces deux parties de la messe, dont la composition est à peu près la même qu'aujourd'hui. Et partout, comme dans la messe romaine et sauf les additions postérieures qui naturellement ont cherché à faire cadrer ensemble les deux par- |ties, dans toutes ces liturgies, on remarque que l’avantmesse peut former un tout liturgique, qui n'est uni \qu'arbitrairement à la messe proprement dite. | Vous me dispenserez d'en faire ici la preuve, car le détail de toutes ces liturgies pourrait fatiguer votre atltention. Je me contenterai de renvoyer à la liturgie galli- |cane comme exemple (1).

Un phénomène liturgique qui se reproduit avec cette constance prouve évidemment qu'il faut chercher très Moin et très haut la raison de ce fait. En voici selon nous l'explication.

Tout à l’origine de l’église il y a deux sortes de réumions. Une réunion des fidèles qui s’assemblent pour chanter des psaumes, dre des prières, lire les livres de la loi et des prophètes, auxquels on ajoutera bientôt les | i À ÿ ï épîtres de saint Paul, les Actes, les Évangiles qui prendront rang à côté des livres de l'Ancien Testament, et ‘enfin pour donner une homélie ou une exhortation. C'est exactement l’avant-messe primitive.

| Or quelle est l’origine de cet office? C'est l'assemblée | des synagogues. Il ne faut jamais oublier, dans cette histoire de l'Église primitive, que les apôtres, les disciples, les premiers convertis sont des juifs. On ne peut pas s'imaginer qu’en un jour ils auront perdu toutes leurs ha-

(x) Cf. la description donnée au vi siècle par saint Germain, dans Mgr Duchesne, Les origines du culte, p. 119 sqe.

bitudes, et que surtout en matière de rites, ils auront tout créé. Rien de plus contraire à l'expérience, comme aussi à l’histoire. Les juifs, dans les provinces éloignées de Jé rusalem, avaient leurs synagogues; là on se réunissait chaque jour du sabbat. On y lisait la loi et les prophètes, on y disait des psaumes et des prières, et une homélie (1). C’est bien le dessin de l’avant-messe. Elle n’est donc que la réunion synagogale des juifs, avec, en plus, la lecture du Nouveau Testament qui lui donne son cara tère nettement chrétien, et quelques autres touches qu on y mit de bonne heure.

Nous voyons par l'exemple de saint Paul, que les apôs tres allèrent d’abord dans ces assemblées des synagognes pour y prêcher la bonne nouvelle à leurs anciens corel® gionnaires. Dans certains cas ils firent des conversions nombreuses, et un noyau chrétien fut formé par ces premiers convertis du judaïsme. Quoi de plus naturel pour ces personnes que de rester fidèles à la coutume de leur réunion hebdomadaire? Pourquoi pas? On n# faisait rien qui ne pût convenir aux nouveaux néos phytes. La prédication chrétienne ne rejeta de l’ancien culte de Moïse que ce qui était incompatible avec le

nouveau.

La circoncision elle-même et l'habitude d'aller au tem ple ne furent pas condamnées du premier coup. Le chant des psaumes, la lecture de la loi et des prophètes con venaient fort bien aux nouveaux chrétiens. On se contenta de choisir les passages des prophètes qui annonçaïent plus clairement le Messie et son œuvre rédemptrices C'était un travail d'adaptation ou d'harmonisation entre. l'ancienne loi et la nouvelle qui devait se continuer pen-

(x) Bickell a précisé et donné le détail de cette ruénion. Voyez Appendice I, Les origines du canon romain.

dant des siècles et amener graduellement à la composi- : tion du lectionnaire chrétien.

Le fait le plus intéressant pour nous à constater, c’est

! précisément cette rencontre dans la constitution de ce . rite de l’ancienne et de la nouvelle alliance, du judaïsme et

du christianisme. Tandis qu'un parti séparatiste qui deviendra bientôt puissant, et qui dut avoir ses représentants dès les premières années de l'Église, prêchait la scission complète avec l’ancienne loi, creusait un fossé entre elle et l'Église, la liturgie dans l’avant-messe consacrait solennellement l’union des deux rites, et scellait en quelque sorte le premier anneau de la tradition chrétienne au dernier anneau de la chaîne qui remontait par les prophètes à Moïse, à Abraham, à Adam, à Dieu.

Voilà donc que nous avons notre avant-messe. Ne nous étonnons plus maintenant qu'elle ait conservé, jusqu à nos jours, son caractère bien tranché et qu’on ne voie pas au premier aspect comment elle est en relation avec la la messe des fidèles. Ce sont deux rites différents d’oririgine et de caractère.

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