LA MESSE DES FIDÈLES
Quant à cette dernière, nous allons en étudier les origines.
Saint Paul (I Cor. x1, 20) nous décrit une réunion où il n’est plus question de lecture de la Bible ou de psalmodie. Chaque fidèle y apporte son repas; cette coutume introduisait de choquantes inégalités, car les riches portaient un repas abondant, les pauvres au contraire en sortaient avec la faim. Saint Paul gourmande vivement les Corinthiens à ce sujet. Si l’on veut manger, on a sa
| maison ; il ne faut pas profaner la réunion des chrétiens} déjà l’ecclesia, rñ: ExxAnoiac rod Oeod xa=appoveïre. |
Cette réunion a pour but de rappeler le repas du Seigneur, que saint Paul a appris aux Corinthiens à célé” brer. « Car le Seigneur Jésus dans la nuit même où il fut trahi, prit le pain, rendit grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pou vous : faites ceci en mémoire de moi. |
&« De même pour le calice, après avoir soupé, il dit M Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang, faites. ceci toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi.
& Car chaque fois, ajoute saint Paul, que vous mange“ rez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne.
« Quiconque mange ce pain, et boit ce calice du Seï= gneur sans être pur, celui-là est coupable du corps et dum sang du Christ. »
Dans cette réunion pas de lectures, pas de chant, mais seulement la bénédiction qui consacre le corps et le sang du Seigneur (1).
Dans les Actes des apôtres saint Luc nous parle à plusieurs reprises aussi de ces réunions. Il nous dit que les nouveaux convertis persévéraient dans la doctrine des apôtres, dans la fraction du pain et la prière (x, 42); qu'ils allaient au temple pour la prière, et que dans les maisons privées ils faisaient la fraction du pain, et prenaient ce mets avec allégresse et simplicité de cœur; qu'ils louaient Dieu et rendaient grâces pour tout le peuple (2) (x, 46, 57). C’est le premier jour après le
(1) Il est question de cette bénédiction dans saint Paul, I Cor. x, 4, Calix benedictionis cui benedicimus, nonne communicatio sanguinis Christi est et panis quem frängimus nonne participatio corporis Dei est ; ‘sur tout cela, cf. Batiflol,
Études d’hist. et de théol. positives, u° série, p. 13 sq. (2) Pour la critique de ces textes voir Batiflol, loc. cit., p. 35 sq.
sabbat qu’on se réunit pour la fraction du pain; on allume des lampes, car la réunion a lieu pendant la nuit; elle se tient dans la salle supérieure de la maison; le pain ‘est distribué aux fidèles avec des prières (xxnr, 7-14). C'est une description assez complète de l’eucharistie, Le terme de fractio panis employé dans ces textes est le ‘plus ancien dont on se soit servi pour l’eucharistie; il est significatif, car la cène eucharistique se réduisait à deux éléments essentiels : la bénédiction du pain et du vin, et Ja communion. Or la fraction avait pour objet la distribution aux disciples ou communion.
| Rien dans tous ces textes ne fait allusion à une lecture de la loi ou au chant des psaumes (1). Il y aurait à faire la même observation sur le texte de Pline, ceux de la Didaché et de saint Justin, où l’on aperçoit, bien nettement selon moi, que la synaxe purement eucharistique existe par elle-même indépendamment des lectures et de la psalmodie publiques (2). Qui ne voit qu'une chose devait arriver ? c’est que de bonne heure ces deux rites, si bien faits l’un pour l’autre, devaient se rencontrer et s'unir. Il était tout naturel qu'après la réunion où l’on avait chanté des psaumes, lu la loi, les prophètes et les apôtres, et JÉvangile, prêché le peuple, on eût l’idée de célébrer Veucharistie. Il n’était pas de préparation plus convenable. Dès le n° siècle au moins cette adaptation s’est faite, elle est devenue rapidement universelle à une époque où n’existaient pas encore les différences entre les diverses familles liturgiques.
(x) Au contraire dans Actes, x, 46; I Cor., x1v; Col., x, 16 ; Eph.,v, 19; LTim., x, 1 sq. 1v, 13, il est question d’une réunion sans eucharistie. Cf. Revue du clergé français, t. xxur, p. 578 sq. et l’Appendice I, Origines du | Canon romain.
| (2) Cf. mon article déjà cité, Revue du clergé français, t. xxmx, p. 578, et l’Appendice I.
Cependant la liturgie nous conserve encore quelqu vestiges, si je ne me trompe, de l'usage antique qui prot vent que les deux rites sont É |
Ainsi Socrate nous dit qu’à Alexandrie, le mercredi et le vendredi qui sont les jours de réunion, on lit les Écri tures, et les docteurs les interprètent ; tout se fait comme dans les synaxes ordinaires, sauf qu'il n’y a pas d'oblas tion (1). À Rome, il signale pour certains samedis une, coutume semblable de célébrer une réunion, sans le sa crifice de la messe (2). t
À Jérusalem, au 1v° siècle, l’avant-messe se célèbre dans uneéglise, commeun rite séparé. Puis cette cérémonie ter” minée, on va dans une autre église, où les fidèles baptisés, sont seuls admis, et l’on célèbre la messe des fidèles (3)
Je ne terminerai pas cette partie de ma conférence sans faire ressortir, une fois encore, le caractère de ces deux cérémonies, l'une qui emprunte ses principaux élémen au culte juif; l’autre qui est une création toute chré” tienne. sl
Ces caractères persisteront jusqu'à nos jours, L'avant* messe avec ses chants, ses lectures de l'Ancien et du Nou= veau Testament, son homélie, n’avait pas le caractère sa= cro-saint de la seconde; elle s’est montrée hospitalière : c'est là que prirent place toutes les additions des âges postérieurs, la lecture des actes des martyrs, les canti= ques de l'Ancien et du Nouveau Testament, les apologies ou préparations du prêtre, etc. 4
(1) Hist. Tripart. c. IX, c. xxxvu.
(2) Ibidem et la note de Thomasi, Opera, t. v, p. 436, 437.
(3) C£. notre étude sur la Peregrinatio ad loca sancta, p. 54 et 55, et le texte de la Peregrinatio, ed. Gamurrini, p. 81. Je ne voudrais pas donner trop d'importance à une remarque de dom de Vert qui rappelle que, dans la messe pontificale, le pontife ne va à l'autel qu’à l’offertoire, souvenir des temps où l’avant-messe se célébrait à part. De Vert, t. 1v, p. 338.
La seconde partie ou messe des fidèles est restée au contraire fermée à toute innovation, à tout élément étranger. C’est le rite essentiellement chrétien, avec l'institution eucharistique, l'invocation au Père par le
! Fils, appel du Saint-Esprit, la communion au corps et
au sang du Christ. Tout cela est exclusivement chrétien (1).