‹ Les origines liturgiques;Chapitre 19 sur 70 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nous ne pousserons pas plus loin cette analyse ou, si je puis ainsi dire, cette autopsie des parties de la messe. Dès maintenant il nous sera permis de tirer quelques conclusions.

Vous n’ignorez pas que le culte catholique, la liturgie, sont très attaqués aujourd'hui dans certains cercles intellectuels. À les entendre, ce culte serait tout artificiel, automatique, sensualiste ; j'ai parlé ailleurs de ceux qui prétendent y retrouver tout le paganisme. Mais même parmi ceux qui ne .vont pas jusque-là, il en est qui trouvent notre messe trop matérielle, trop mécanique, imprégnée de superstition, ce n’est qu'une création d’un catholicisme de basse époque. Ce n’est pas, selon eux, le culte en esprit et en vérité, Dieu n'est pas là. Thiers, montrant un soir le ciel étoilé aurait dit : « Voilà ma messe ! » Croyait-il donc que le Dieu devant lequel nous nous prosternons à la messe n’est pas celui qui a créé les étoiles ?

J'irai plus loin. Même parmi nous, il est peut-être des

(1) Bickell, et d'autres, je le sais, ont cherché les premiers linéaments de la messe dans les formes rituelles juives. Il se peut, et nous avons nousmême souligné ces emprunts, que ces analogies soient fondées, mais il n’en

est pas moins vrai que ces éléments anciens sont revêtus d’un sens si nouveau dans la messe, qu’on peutles considérer vraiment comme une création.

réformateurs qui plaideraient volontiers pour une forme plus moderne de culte et remplaceraient la messe (surtout la grand'messe, avec quelle désinvolture ils en feraient | le sacrifice!) par une autre réunion d’un caractère plus“ vivant, plus moderne, plus spontané, d’une forme moins" | hiératique, où tout ne serait pas prévu et fixé jusqu'à une inclination, comme dans la messe.

J'envisagerai ces objections en toute sincérité. Sanss aucun doute, au premier aspect, surtout pour les gens du dehors, la messe nous présente une réunion de rites un

peu archaïques dans leurs formules.

Pour ceux qui assistent, témoins muets, distraits ou indifférents, j'admets que cette réunion chrétienne n’a 1 rien de bien émouvant.

Je confesse qu’il faut vivifier ces formes antiques. |

Mais je prétends qu'on le peut, qu'on le doit; je pré tends que personne n’a le droit de songer, je ne dis pas | à supprimer la messe, ce serait n'être plus chrétien, mais même à sortir brusquement de la tradition par un saut dans l'inconnu des réformes.

Pour tout chrétien, il est bien entendu que la messe occupe une position centrale; c’est la clef de voûte de tout le système. Elle suppose, elle résume tout : Dieu le Père à qui s'adresse toute prière; le Fils par qui tout a été fait, seul, vrai, légitime et officiel intermédiaire entre Dieu et l’homme, prêtre et victime à la fois, donnant son sang pour racheter les hommes, vrai pain de vie, agneau de Dieu, nourriture des fidèles, leur donnant Dieu sous cette forme. C’est le résumé du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption, le gage de la vie chrétienne dans le Christ et par le Christ. La messe est la synthèse du christianisme. |

Et cela est si vrai que de toutes les sectes dissidentes, «

de toutes les hérésies, je n’en connais aucune qui, sous une forme ou sous une autre, n'ait cherché à conserver ce rite.

Il est aussi un centre liturgique, le noyau autour duquel toute la liturgie s'est formée, ou pour mieux dire le point d'attraction qui a attiré à lui tous les autres rites. Cela peut se démontrer historiquement, je le crois.

A l’origine il n’y a que l'avant-messe et la messe des fidèles; c’est tout le culte chrétien. Prière publique, chant des psaumes, sacrements, baptême, confirmation, ordination, mariage même et pénitence, tout se rattache à la messe.

Je crois avoir prouvé ailleurs, autant qu'il est possible de prouver en ces matières, que les vigiles, les matines, les laudes et en un mot tout l'office canomial est sorti de l’avant-messe, et n’en est en quelque sorte qu'un prolongement.

C'est donc dans l'organisme catholique une pièce essentielle ; à vrai dire, elle en est le cœur, l'organe central et vital qui envoie le sang jusqu'aux dernières extrémités, et où il reflue pour y prendre un nouvel élan et reprendre sa course à travers le corps humain, et une dévotion nouvelle n'aura de vie et de succès vrai, qu'autant qu'elle se tiendra étroitement unie à la messe et à l’eucharistie.

Autant donc songer à supprimer le cœur.

Fort bien, me dira-t-on, nous vous laissons le cœur, mais il y a encore de nos jours bien des gens qui voudraient changer tout cela et mettre le cœur à droite, je veux dire que volontiers ils introduiraient des changements, retrancheraient, ajouteraient.

Je ne crois pas pour mon compte que ce soit bien sage. Sans doute la messe est une institution qui, comme les

À ï ; A autres, s’est développée et a grandi depuis le 1° siècle,» jusqu’au 1x° et même au delà, si l'on veut. Mais ce déve” loppement a été un progrès, une conséquence nécessaires des conditions nouvelles où se trouvait la société chré« tienne. La cérémonie instituée d'abord pour de petits. groupes de personnes, qui, à l’origine, tenaient dans un appartement privé — ou pour des réunions un peu plus nombreuses dans les cubicula des Catacombes — a forcément changé d'aspect le jour où il a fallu célébrer la messe

devant des foules de plusieurs centaines de personnes —

dans de grandes églises. La messe y a perdu sans doute, en intimité ce qu'elle gagnait en solennité. Mais ce déve loppement était fatal: on ne parle pas à une foule comme à un groupe de vingt personnes. De cette époque datent la plupart des grands développements : le chant de psaumes à l’entrée processionnelle du pontife avec ses ministres — un autre chant des psaumes pendant que les fidèles sem rendaient en files serrées à l’autel pour offrir le pain et le vin de l'oblation ; enfin un troisième pendant qu'ils vont recevoir la communion.

Quelques autres additions se justifient également, ainsi celle des prières de préparation et la confession qui autrefois restaient en dehors de la messe. Plusieurs de ces additons datent du 1x° siècle, et de celles-là nous ne devons pas nous plaindre, car elles sont d’origine gallicane; elles sont en quelque sorte le cachet français mis à la messe romaine et qui demeurera pour les siècles et que toutes les nations, y compris Rome, devront adopter (x).

D'autres développements sont moins importants, et l’on se résoudrait à en faire le sacrifice plus aisément, telles les prières ajoutées après l’Jte Missa est, l’évangile

L. (1) Cf. plus haut notre conférence sur la composition liturgique, p. 9.

de saint Jean, et les dernières prières ajoutées par

Léon XIII. Mais ces quelques changements n'ont pas

grande importance, pas plus que les proses qui ont été

abandonnées, sauf de rares exceptions.

La messe une fois arrivée à son plein développement s'est arrêtée, elle devait s'arrêter, à un point que l'on

peut appeler celui de sa perfection, au moins de sa ma-

tunité. Il ne faut pas regretter qu'elle ait pris alors sa forme immuable, hiératique. Le x° siècle, le xr°, le xn°

. et les siècles suivants y auraient ajouté leurs fantaisies,

et en lisant les séquences, les ÆXyrie farcis, les apologies et autres pièces composées en ces siècles qui, au

| point de vue liturgique, sont des siècles décadents, on se

féhicite que le canon et le corps de la messe n’aient pu recevoir à cette époque de sérieux changements; qu'ils aient été d'ores et déjà sousle contrôle de Rome qui veillait à conserver partout la liturgie, sans permettre les variations.

De cela encore il faut se féliciter. Savez-vous ce qui est arrivé à l'Orient qui avait secoué ce joug prétendu trop lourd? Il suffit pour s'en rendre compte d'étudier la collection des anaphores, composées dans ces pays, loin du regard de Rome. L'anaphore est le canon oriental, la partie sacrée de la messe entre toutes. Eh bien, ces anaphores sont écrites avec si peu de soin, et si peu de souci de l’orthodoxie, que dans plusieurs la forme des paroles de la consécration est d’une validité douteuse, dans d’autres, elle est absolument invalide, les paroles sacrées étant à peu près complètement supprimées (1).

La messe est donc restée la réunion par excellence; elle mérite à tous les titres de garder sa place: elle réu-

(x) Voyez mon art. Anaphore dans le Dict. d'archéologie chrétienne, t. x,

col. 1914.

nit en eflet ce qui nous paraît le plus digne d’une assen blée chrétienne : l'instruction, l’enseignement par | lecture de l'Ancien et du Nouveau Testament, le commen: taire de cette parole sacrée par la parole humaine des| docteurs, la louange divine par le chant des psaumes où | des cantiques chrétiens ; puis la cène PRET la | consécration du pain et du vin, l’action de grâces à Dieu, | le Père au nom du Fils, la commumion.

Telle qu’elle est aujourd’hui dans la liturgie romaine; je prétends encore que la messe est admirable par la sim” plicité, la majesté, la concision des formules et des rites | aussi bien que par l’heureux agencement des parties. Les lectures de l’avant-messe sont combinées pour faire pas ser sous nos yeux les plus admirables pages des livres saints ; la collection des oraisons romaines surtout pour certains temps de l’année comme le Carême ou la Pente côte, est un des monuments les plus achevés de la Litté« rature liturgique.

Sous les additions que les siècles ont apportées à la messe, on retrouve facilement le tuf du christianisme primitif le plus pur, le véritable enseignement de Jésus à la dernière cène.

Laissez-moi ajouter que les essais tentés depuis le xvr° siècle pour établir une cène plus eucharistique et ramener l'institution à ses origines, ont piteusement échoué. D'un côté, comme nous le voyons chez les anglicans d'aujourd'hui, on revient subrepticement à la“ messe telle que la célèbrent les catholiques; de l’autre au contraire, pour ne pas paraître garder encore quelque chose d’un rite proclamé idolâtrique, on n’a plus qu'une réunion banale où les assistants s'en vont froidement“ prendre sur une table un morceau de pain et boire un demi-verre de vin, sans qu'on sache exactement. ce qui i

se cache pour eux sous ce symbole. Je le sais pour avoir | entendu sur ce point l'opinion d'un bon nombre d’entre . eux. Ce rite n'est plus, dans bien des cas, qu'un accessoire. C'est qu'on ne fait pas remonter à volonté une institution vers sa source; on ne supprime pas vingt siècles . de tradition chrétienne.

La difficulté est de savoir où l'on s'arrêtera dans cette voie de régression, sera-ce au vi° siècle, comme je l'entends dire par les anglicans d'aujourd'hui? Mais je . oudrais qu'on me dise ce qui se trouve dans notre messe | actuelle qu'on ne retrouverait pas équivalemment dans . celle du vr°!

M Jrons-nous jusqu'à saint Augustin ou même saint | Cyprien? Mais d'abord nous ne savons pas, au moins | pour le détail, ce qu'était cette messe, et ce que nous en savons est déjà bien contraire au principe protestant, je Lveux dire la prière pour les morts, pour l'Église catholique, le culte des martyrs, et bien d’autres points. C'est Lune porte ouverte par laquelle je me chargerais de faire . passer tout notre rituel.

ln Vous voyez qu'il n'est pas facile de savoir au juste ce que l’on veut; cela change selon qu'on s'adresse aux Lnthériens, aux calvinistes, aux ritualistes, aux méthodistes. J'en passe, oh! combien! et non des meilleurs.

Mais je vous entends. Protestants plus radicaux et plus logiques, vous voulez refaire purement et simplement la Cène du Sauveur telle que nous l'avons dans les Évangiles. Croyez-vous sincèrement la reproduire telle quelle? Qu en | savez-vous, qu'en sais-je moi-même, et qui en sait sur ce point plus que nous? Nous n'avons dans les synoptiques et dans saint Paul qu'un résumé de ce banquet.

Il nous est aussi difficile de savoir ce qu'en furent en réalité les rites que de savoir quels étaient la couleur et

146 ORIGINES LITURGIQUES l

| la forme des vêtements du Christ et de ses apôtres à LÉ dernière cène. Et le rite qui s’accomplit dans les église: protestantes en est probablement aussi loin que la messt romaine; Je parle bien entendu au point de vue de sa reconstitution archéologique. |

Le mieux n'est-il pas encore d'accepter le progrès, ou si vous préférez ce développement naturel d'un rite, et de s’efforcer d'en sonder les mystérieuses profondeurs? E puisque nous parlons tant d'évolution, pourquoi ne pa accepter celle-là ?

On peut se placer à un autre point de vue. Comprise au sens primitif, la messe est le plus puissant lien social entre les chrétiens. C’est Jésus au milieu de ses disciples, les unissant à lui dans le mystère de son corps et de son sang, en même temps qu'il les unit entre eux en les faë sant participer au même pain et à la même coupe. « Ne formons-nous pas un même corps, s’écrie saint Paul aux fidèles, nous qui participons au même pain? »

Les anciens auteurs évoquent aussi pour exprimer cette union entre chrétiens une image poétique. Voyez-vou$ ces épis répandus dans les campagnes et sur les collines? Ils sont recueillis par le moissonneur en gerbes, puis broyés sous la meule, enfin réunis en un même pain. Et ces grappes suspendues aux vignes? elles sont ramassées durant la vendange, et jetées sous le pressoir, elles deviennent un même vin. Aïnsi les disciples du Christ, réunis comme les grains de froment ou comme le raisin, devien® nent dans le Christ un même pain et un même vin. Ainsi, en même temps que la messe les réunit pour le même enseignement, dans la même action de grâces, et le même banquet, elle fait d’eux un seul corps dans le Christ.

Il est des époques dans l’histoire où l’on sent le besoin de changer, d'innover. Des institutions politiques, cet

D: de réforme passe d'ordinaire aux choses de la religion. Il semble bien que nous touchions à l’une de ces périodes. Une certaine lassitude des choses connues, la fatigue de la routine, portent l'esprit public vers des régions nouvelles. Le malheur est que cet instinct souvent légitime s'attaque parfois à des institutions souverainement respectables, qui ne peuvent ni ne doivent changer. C’est nous-mêmes qu'il faudrait changer.

| Apprenons à mieux connaître nos grands mystères chrétiens; sous l'écorce des rites et des formules pénétrons jusqu'au cœur, nous trouverons dans la messe, avec tant de milliers de saints qui nous y ont précédés, l’ali-

ment le plus substantiel pour la piété chrétienne.

BAPTEME

Quand on étudie le sacrement du baptème dans les traités de théologie, je ne dis pas dans les ouvrages des grands théologiens, mais dans les manuels, 1l nous y apparaît comprimé, rétréci, aplati si l'on peut dire, divisé en quelques chapitres dont on ne voit pas bien le lien. Nous avons à peu près la même impression si, recourant au rituel, nous lisons les pages consacrées au baptême. Encore que nous y trouvions d’admirables rites et que nous y lisions des formules liturgiques éloquentes, notre conception reste confuse.

A cela rien d’extraordinaire. On éprouve un peu le même sentiment que devant un herbier dans lequel on peutétudier les fleurs cataloguées sous des titres spéciaux, rangées par séries. L'herbier a son utilité; vous y voyez réumies des fleurs et des feuilles de tout pays, de tout chmat. Mais vous n'avez sous les yeux que des choses mortes. Si vous voulez étudier la fleur dans sa vie, dans sa beauté merveilleuse, vous fermerez votre herbier, vous prendrez le bâton du touriste et vous irez chercher les plantes et les fleurs sur place, et sous leur ciel.

Pour avoir du baptême la notion grandiose que nous

en donne la liturgie, il faut le restituer à son milieu,

souffler sur ces feuilles desséchées et leur rendre la vie.

Il faut remonter jusqu'au v° ou au 1v° siècle, à l’époque

où il atteint ce qu'on peut appeler son apogée. A cette

sentent au baptême. La plupart sont des convertis du paganisme ; il faut les préparer à l'initiation chrétiennes

date ce sont encore en majorité des adultes qui se pré”

il faut broyer l’âme païenne, la macérer, la pétrir à nou” veau pour la métamorphoser en un être nouveau; 1l faut

donner aux rites le développement et la solennité qui, à ces païens venus hier de la gentilité, en feront mieux com» prendrela portée. Cette éducation surnaturelle commence avec le Carême et ne se terminera qu'avec l'octave de Pâques. La liturgie du Carême est ainsi toute pénétrée du baptême. Cela fait quarante jours de préparation immé>= diate, sans compter la préparation éloignée, qui était d’une durée indéfinie.

De plus, le baptême attire à lui d’autres rites, comme la confirmation et l’eucharistie, la bénédiction des fonts et de l’huile. Les exorcismes, les lectures du samedi saint,

la bénédiction du cierge pascal, en sont encore des épi

sodes.

En vertu de cette première opération, la conception du baptême s’est singulièrement élevée. La petite cérémonie de cinq minutes à la porte de nos églises a pris de l'ampleur. On voit ce grand sacrement qui prend l’homme au sein du paganisme, dans les ténèbres du péché, qui l’arrache au démon dont il est l’esclave pour le porter jusqu’au seuil du paradis. L'Église enseigne à son catéchumène la doctrine de la création du premier homme, du péché originel qui rend un Rédempteur nécessaire, l'incarnation du Verbe dans la chair; elle lui ap-

| prend ce qu'est l'Église dans laquelle il est reçu, elle lui

| confie le secret des Ecritures, elle lui donne avec le sym-

bole sa formule de foi, elle l'invite à réciter avec les vrais enfants de Dieu la prière du Pater, elle l'initie au sacre-

. ment de l’eucharistie; elle lui développe la théorie des

autres sacrements. Ainsi le baptème contient en germe

| toute sa foi, toute sa vie spirituelle.

Quand on étudie en détail les rites qui entourent ce grand sacrement, on est éclairé d’une vive lumière, et

Von voit la différence entre ce lit de Procuste dans lequel

certains théologiens l’ont couché et les magnificences de

. la liturgie.

Je cherchais, à propos de la messe, une image dans quelqu'une de nos cathédrales antiques ; il faudrait comparer le baptême à une de ces vieilles cités que le temps a respectées, avec sa citadelle ou son château fort qui domine la ville, ses vieilles ruelles étroites, son beffroi, ses murs d'enceinte, ses avenues.

Quelle différence avec ces villes du nouveau monde, faites de planches et de fer, qui en quelques mois se dressent auprès d’un lac ou d’un fleuve ou d’une station

de railway. La vieille cité de nos ancêtres a grandi peu

à peu avec les siècles, autour du castel et du monastère, les maisons s’ajoutant aux maisons, une par une, les quartiers aux quartiers, englobant cette place, puis ce jardin, puis cette villa.

C'est tout à fait l'histoire du baptême. Cette vaste création liturgique n’est pas l’œuvre d'un jour.

Il y a eu évolution. Le grand mot est lâché, ne nous en effrayons pas. Nous allons pouvoir étudier sur place le développement d’un dogme ou d’un rite, car le baptême est l’un et l’autre.

A sa première origine il est fort simple, si l’on veut,

154 ORIGINES LITURGIQUES rudimentaire. Nous en avons quelques exemples classi | ques. Ë 1

Philippe, l’apôtre, rencontre un Éthiopien, eunuque de la reine Candace, prosélyte qui était allé pieusement, adorer au temple de Jérusalem, et s’en retournait dans son pays, lisant sur son char le prophète Isaïe. Philippe l’arrête, lui explique le passage qu'il hsait, lui révèle la prophétie sur Jésus. L'Éthiopien lui demande le baptême. Ils arrivaient justement auprès d’un endroit où se trou vait de l’eau. Philippe lui dit : « Si tu crois du fond du cœur, je puis te baptiser(1). » L'autre répond : « Je crois. que Jésus est le Christ, fils de Dieu. » L'Éthiopien fait arrêter le char, descend dans l’eau et Philippe le baptise…

Quant à la formule, nous la connaissons par l'Évangile. de saint Mathieu ; Jésus dit aux apôtres : « Toute puis-. sance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à garder tout ce que je vous ai enseigné (2). »

Voilà le baptême dans toute sa simplicité : une courte préparation, d'autant plus courte que l’eunuque étant pro sélyte, connaissait déjà les Écritures et attendait le Messie : un acte de foi en Jésus, Messie et Fils de Dieu, puis de l’eau répandue sur le croyant avec une formule.

Voilà le grain d'où va sortir cette grande institution avec tous ses développements futurs. Il y a un rite extérieur ; l'eunuque est plongé dans l’eau; pourquoi l’eau? parce qu’elle lave, elle purifie, elle régénère. Ge n’est pas

(1) Ce ÿ. 37 est considéré par quelques-uns comme une interpolation parce qu'il est absent dans les plus anciens manuscrits; cependant saint Cyprien et saint Irénée le connaissent déjà. Au surplus, ceci importerait peu à notre thèse.

(2) Sur le baptème in nomine Domini et l'authenticité de ce passage, voir plus loin, p. 167.

en

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