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| un pur symbole, on y tent, il est essentiel: l'eunuque + n’est baptisé que parce qu'ils ont trouvé de l'eau; ce n’est
donc pas une simple formalité. Cette eau, outre ‘qu’elle
signifie quelque chose, donne donc une grâce. Il est bap-
| tisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ou si l’on
veut, in nomine Domini. C'est-à-dire que le baptisé devient un disciple ; il a désormais un maître qui est Jésus; il a fait acte de foi en lui, il lui appartient, 1l devient par le fait chrétien, c’est-à-dire, selon la force primitive du terme, un disciple de Jésus, Christ ou Messie.
Tous les développements qui suivront sortiront, logiquement et naturellement, de là. On peut appeler cela évolution, si l’on veut, mais 1l faut l'entendre dans ce sens qu'il n'y a pas solution de continuité, que tout ce qui est venu plus tard sous forme d'explication, de rite, de solennité, de symbole, était contenu dans le germe. Remarquez qu'il n'est question ni d'exorcisme, n1 d'onction d'huile, ni de toutes ces formules qui suivront bientôt. Cela c'est le développement liturgique.
Et c'est ce progrès que nous allons étudier maintenant. Chaque siècle, chaque époque y marquera en quelque sorte sa préoccupation, ici pour affirmer l'unité de Dieu créateur du ciel et de la terre contre les gnostiques, les dualistes ou les manichéens, là pour confesser la trimité contre les négations des ariens, ailleurs pour condamner les pratiques des païens.
a) Le catéchuménat ou préparation au baptême dut suivre de près ; à vrai dire, 1l existe déjà ; l'eunuque est tout préparé ; c’est un prosélyte au courant des Écritures, qui demande le baptème. Les juifs que baptise saint Pierre ont fait pénitence, ils ont entendu les enseignements de sa bouche sur Jésus, sur la résurrection, sur le Saint- Esprit, etc.
En qualité de juifs, ils connaissent aussi les Écritures. Il sera nécessaire à mesure que l’Église s'éloignera den ses origines, quand le nombre des convertis augmentera, quand ils viendront en majorité de milieux païens, complètement étrangers par conséquent au christianisme, de rendre cette préparation plus longue, plus complète. Il y aura de bonne heure, elle existe sûrement au 1v° siècle, une classe d’audientes, ce sont ceux qui de loin se préparent au baptême, qui sont admis à quelques parties du culte, qui sont rattachés à l’Église. Cette préparation: dure parfois des années (1).
Les competentes sont admis à la préparation que j'appellerai immédiate, celle qui commence au début du Carême et se terminera par le baptême solennellement conféré dans la nuit pascale. On procède d’abord à un examen de leur vie antérieure; il leur faut des répon-« dants; on ne les admet que si leur passé est honorable, et s'ils donnent des garanties suffisantes d’une bonne vie chrétienne. Ils sont alors immatriculés sur les registres de l'Église. Pendant le Carême, presque chaque jour, ils seront soumis à différentes cérémonies, dont l’une des principales est l’exorcisme. Nous y reviendrons tout à l'heure. Chaque jour aussi ils entendront une instruction, une catéchèse, de son vrai nom, faite le plus souvent par l'évêque lui-même. Le sujet de ces instructions, nous le connaissons parce que quelques-unes nous ont été conservées, au premier rang celles de saint Augustin et celles de saint Cyrille. Elles roulent sur les passages les plus importants de l’Ancien ou du Nouveau Testament que (1) Cf. notre étude sur la Peregrinatio, p. 144. Il est prouvé aujourd’hui qu'il n’a jamais existé parmi les catéchumènes que ces deux seules classes: cf. Funk, dans Theol. Quartalsch., 1883, p. 41, avec les observations de
Probst, Gesch. der kathol. Katechese, Breslau, 1886, p. 6, et + foseies u. Predigt, 1884, p. 99.
l'on explique aux catéchumènes, et sur les éléments de la doctrine chrétienne, un peu comme nos catéchismes actuels.
On pourrait au besoin dans les Catacombes, sur les vieilles fresques que les murs nous ont conservées, relire quelques-uns des épisodes qui servaient de thème à cet enseignement, Jonas, la résurrection de Lazare, la multiplication des pains, Moïse faisant jaillir la source, Noé dans l'arche, etc.
L'un des dimanches du Carême, le 5° dans certaines églises, a lieu ce qu’on appelle la tradition du Symbole, avec une cérémonie particulière. On donne aux catéchumènes la formule du Symbole des Apôtres qu'ils auront à apprendre par cœur, article par article, c'est le résumé de leur foi. On leur en expliquera chacun des articles. La plus ancienne formule de ce Symbole remonte très haut, au n° siècle au moins. Avec cela les plus ignorants connaissent les principales données de la foi qu'ils doivent professer désormais.
Un autre dimanche on leur donne la formule du Pater ou oraison dominicale, car le Pater est la vraie prière du chrétien, l’abrégé de toute prière.
Plus tard et dans certaines églises, il y eut une troisième cérémonie de tradition, la tradition des Évangiles, à laquelle se trouve rattaché le rite de l’apertio aurium ; elle avait lieu l’un des dimanches dits du scrutin. On oignait d'huile ou de salive les oreilles du catéchumène avant de lui donner les quatres évangiles qui seront désormais le code de sa vie spirituelle. C'était l'application au catéchumène du miracle du sourd-muet représenté sur les murs des Catacombes.
Le Christ qui en touchant de son doigt les oreilles du malheureux, les avait ouvertes, allait ouvrir aussi celles
du baptisé pour entendre une voix nouvelle, et lire less évangiles avec les yeux de la foi (1).
Par ces divers examens ou scrutins, par ces réunions ces rites et ces enseignements multipliés sous toutes les formes, la liturgie parlait à l’âme et aux yeux des catéchumènes et les préparait graduellement à la scène. dernière qui avait lieu dans la nuit du samedi saint. |
Là, l'Église déployait toutes ses pompes dans la plus, solennelle, la plus magnifique et la plus significative des. cérémonies que les hommes aient instituées, la plus belle page liturgique de ce livre merveilleux qu'est la liturgie. catholique. C’est comme un résumé de tous les ensei= gnements qui ont été donnés jusqu'ici aux catéchumènes mêlé à tous les souvenirs de la mort du Christ et de sam résurrection. G
On procède d’abord à la bénédiction du cierge pascal qui figure le Christ. Le diacre dans la préface de l’Exultet passe en revue, comme dans les plus anciennes pré-« faces, les bienfaits de Dieu pour son peuple choisi, mais avec une allusion spéciale aux miracles qui marquèrent pour les juifs la nuit pascale, le passage de l’ange exterminateur, la fuite d'Égypte, la traversée à pied sec de la mer Rouge, la catastrophe qui ensevelit dans les eaux les Égyptiens. Le catéchumène initié au symbolisme de l’ancienne loi, voyait dans ces événements une figure du baptême qui arrache le néophyte au démon comme les israélites avaient été arrachés au joug des Égyptiens. Puis le diacre rappelle la résurrection du Christ dans cette immortelle nuit de Pâques.
(1) Pour le rite de l’apertio aurium et l'opinion que ce rite était rattaché à un scrutin spécial, voir ce mot dans le Dict. d'archéologie chrétienne et aussi Bishop, The earliest Roman Mass Book, dans Dublin Review, 1894, t. cxvr, p- 273-276.
Delongues lectures tirées de l'Ancien Testament développent ce poème de l’Exultet, en faisant passer sous nos | yeux les pages les plus sublimes de l'histoire du peuple de Dieu, la création, le déluge, le sacrifice d'Abraham, ‘ou les avertissements des prophètes. C'est une sorte de grande catéchèse où sont résumés pour la dernière fois aux aspirants les enseignements qui les préparent au baptème.
On se rend processionnellement au baptistère où les eaux sont bénites par le pontife, et l’on administre le baptême et la confirmation solennellement; on revient
“avec le chant des litanies à l’église, et la messe a lieu,
pendant laquelle les catéchumènes sont admis à faire leur première communion.
b) Les exorcismes qui aujourd’hui occupent une place
considérable dans le rituel du baptême, paraissent n'y être entrés qu assez tard.
Jésus avait chassé les démons, guéri les énergumènes. Il lègue ce pouvoir à ses apôtres et à ses disciples, dæmonia ejicite. Dès le n° siècle on voit signaler parmi les ministres inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique des exorcistes, c'est-à-dire des clercs qui ont pour fonction spéciale de chasser les démons; mais auparavant ce privilège était dévolu à tous les fidèles qui devaient l’exercer souvent, si l’on s’en rapporte aux nombreux textes des Pères des trois premiers siècles, et l’eflet de ces exorcismes produisait une grande impression sur les païens, qui parfois conduisaient leurs énergumènes aux chrétiens pour les guérir (1).
Mais, dans tous les textes auxquels je viens de faire allusion, ces exorcismes ne sont pas rattachés au baptême.
(1) Voir sur ce point la dissertation de Hurter, Sanctorum Patrum opuscula selecta, t. 1, Œniponti, 1888, p. 103-125.
ù À Pau : | Tertullien, qui nous parle de toutes les cérémonies d& baptême, ne fait même pas allusion à celle-ci (1). |
Mais un peu plus tard, sous saint Cyprien, et at moins en Afrique, l’exorcisme est rattaché au baptême (2)» Saint Augustin et Optat de Milève déclarent très ancien l'usage de faire précéder le baptême par les exorcismes, mais ils insistent vivement sur la nécessité de ce rite et. y virent sans doute un moyen d'affirmer leurs doctrines.
sur le péché originel.
En effet, d’après cette doctrine l’homme naît esclave. de Satan; le démon a prise sur lui. Il faut donc tout, d’abord le chasser par des conjurations du corps des catéchumènes, de là des exorcismes répétés presque chaque jour. Et la preuve que c’est bien là le sens du rite, c'est qu'il est administré même aux enfants en bas. âge qui recevaient le baptême et pour qui l’exorcisme ne pouvait s'appliquer à aucun péché, si ce n'est au péché originel.
C'est pourquoi aussi le rite prend toute son importance au 1v° siècle.
Cependant il ne faudrait pas croire comme l'ont dits les protestants quelquefois, que c’est à saint Augustin que» l'exorcisme doit son droit de cité dans les cérémonies du baptême, et qu'il soit la conséquence de la seule doctrine du péché originel (3); il avait une autre signification. Aux yeux des chrétiens des trois premiers siècles, le culte des idoles est le culte des démons; ces dieux de bois, de pierre, d’argent ou d’or, ces fétiches devant lesquels les païens brülent de l’encens, et qu'ils adorent
(1) Wiedenfeld, De exorcismi origine et unitate, dans Volbeding, t. n,M
p- 150. | (2) Wiedenfeld, loc. cit., p. 148. ; (3) Cf. la dissertation de Wiedenfeld déjà citée. !
| comme dieux, Minerve, Diane, Jupiter, Neptune, autant
de démons qui recueillent les hommages des hommes, Aussi les païens sont-ils les esclaves des démons, leurs
serviteurs. Il suffit de lire les apologistes du n° siècle
pour y reconnaître ces doctrines.
On comprend donc que quand un païen se convertissait au christianisme, 1l devenait nécessaire de chasser
* de lui ces démons dont il était la proie. De là ces adju-
rations au démon, de céder la place au Christ qui va
| prendre possession de cette âme, ces adjurations au nom du Dieu vrai et unique, au nom de Jésus-Christ et
Sauveur, au nom du Saint-Esprit.
Plus tard ce rite se développera encore, on prononcera les exorcismes sur les eaux qui doivent servir au bap-
| tême, sur le sel, sur l'huile dont on ointle catéchumène.
Ces formules d’exorcismes étaient très anciennes.
. Gelse au n° siècle dit qu'il a vu aux mains de certains prêtres des livres barbares contenant des noms de dé-
mons en un jargon incompréhensible (1). Leur parler en grec et en latin serait inutile, ajoute-t-il. Origène qui lui
| répond ne nie pas que l'on se servit de noms étrangers,
mais il ajoute qu'on usait aussi de noms en latin et en grec. Il n’aime pas que l’on se serve de formulaires juifs.
Le IV° concile de Carthage fait aussi allusion à ces livres d’exorcismes et dit que l’évêque en donnait un aux exorcistes à son ordination; même allusion dans le
rituel romain.
Au 1v° siècle, ces exorcismes font partie de la dernière préparation des catéchumènes et sont prononcés tous les jours de jeüne, ce sont les clercs qui sont chargés de cet office, tandis que le prêtre se contentait de toucher les
(1) Origène C. Celsum, v1, p. 302,et vin, p. 4o2. Cf. In Math. serm. ex, p. 232. ed. Wirceb.
oreilles et les narines du catéchumèneavec des prières ( Toutes ces cérémonies, plus ou moins abrégées, soi restées dans les plus anciens rituels, et parfois y on reçu de nouveaux développements. Notre rituel romai actuel contient des formules très anciennes de ce exorcismes (2).
Enfin dans la cérémonie du baptême le catéchumèn devait par trois fois renoncer à Satan, à peu près dan les mêmes termes qu'aujourd'hui : «Je renonce à Satan à ses pompes, à ses œuvres. » |
c) L'eau. — L'élément qui concourt au baptême, c'es l’eau. Jean-Baptiste baptisait dans le Jourdain ; l’eau de rivières ou des fontaines pouvait servir également, € d’une façon générale toute eau peut servir. La Didach nous dit : & Baptisez dans l'eau vive; si vous n’avez pa d’eau vive, baptisez dans une autre eau, froide ou uède si vous n'avez ni l'une ni l’autre, répandez l’eau troi fois sur la tête. » c. vir (éd. Funk, Opera Patr. Apost: 125 pan).
Cependant afin de donner à cette eau toute sa signi fication, il parut convenable de la bénir solennellement en même temps que l’on construisait un bassin pour recevoir. Ce dermier deviendra bientôt un édicule qu sous le nom de baptistère est destiné à un grand aveni architectural. Les artistes rivaliseront pour l’orner d fresques, de mosaïques et en faire un monument à part L'étude de ces édifices constitue une des pages les plu intéressantes de l'archéologie chrétienne. Nous laisson de côté cette question qui ne se rapporte que de loin À notre sujet. :
(x) Cf. notre étude sur la Peregrinatio Silviæ, p. 149. 2) Celui-ci par exemple : Nec te latet Satanas, dont la doctrine est for ancienne el conforme à celle de Tertullien, Apol., c. xx. À } |
de ces édifices et des cuves dans lesquelles le catéchumène recevait le baptême a fourni la solution d’une question très discutée entre l'Église latine et l’Église grecque schismatique. Celle-ci donne depuis des siècles le baptême par immersion, c’est-à-dire en plongeant | complètement dans l'eau. L'Église latine se contente du baptême par infusion, en versant un peu d’eau sur la tête. Naturellement les Grecs nous accusent d’avoir altéré la tradition; peu s’en faut qu'ils ne récusent la validité de notre baptême.
C'est excessif. L’eau répandue sur le corps est Le rite essentiel ; que le corps tout entier soit immergé ou qu'une | partie seulement soit lavée, cela ne constitue qu’une différence accidentelle. On est allé plus loin. On a démontré | aux Grecs que d’après les mosaïques anciennes, jamais ou à peu près, on ne voit pratiquer le baptême par immer sion; enfin le bassin destiné au baptême est d’ordinaire | si étroit, si peu profond, qu'un homme de taille ordinaire ny aurait pu être immergé (1). De telle sorte qu'ici Marchéologie vient prêter main-forte à la théologie latine.
| La bénédiction de l’eau qui doit servir au baptême Lést devenue très solennelle. Elle a lieu, nous l’avons dit, | le samedi saint. Cette eau destinée à régénérer l’homme | en effaçant ses péchés, est l'élément par excellence, pré- | destiné par Dieu à jouer ce grand rôle et à porter au Moin, la sanctification, comme par les fleuves, les rivières
let les mille canaux qui la répandent sur la terre, elle va
{ {l | | … Je me bornerai à faire remarquer que la forme même | | Î
(x) La thèse ébauchée par Mgr Duchesne, Eglises séparées, p. 89-98, a | été reprise dans une dissertation spéciale par G.F. Rogers, Baptism a. Ghris- Es Archeology, dans Studia biblica et ecclesiastica, Oxford, 1903, t. v,
p: 239 sq.
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féconder les plantes. On la chante dans des préfaces o des oraisons qui par leur ton d'enthousiasme et le rythme de l'expression rivalisent avec la poésie lyrique. Elle est l’eau de la mer Rouge qui engloutit les Égyptiens, et figure le baptême, le est l’eau qui sortit du rocher ef désaltéra les Israélites dans le désert; sur ses flots mar” cha le Christ; source d’eau vive, onde régénératricen fontaine purifiante et vivifiante, elle va laver les crimes, du monde, enfanter à l'Eglise des fils sur toute la surfacë de la terre. 1 d) L'huile. — À cette eau, l'huile sera jointe, élénoill destiné aussi à un grand avenir dans la symbolique chré tienne et que les poètes liturgiques chanteront dans leurs, préfaces et leurs oraisons. La bénédiction de cet éléme qui doit servir pour l’onction des malades, des catéchumè nes, des néophytes, pour la confirmation, enfin pour 1 ordinations, est bénite au jeudi saint dans l’une des. plus. solennelles fonctions du culte chrétien. L'évêéques entouré d’un nombreux clergé, procède à ce rite, pendant que le chœur chante cette belle hymne : © Redemptors sume carmen, temetl concinentium, à rédempteur écoute ce cantique, juge des morts, espoir unique des mortels, écoute les voix de ceux qui portent des dons de paix (1): e) Le ministre. — C'est l’apôtre Pierre qui conférait le baptême à la foule; c’est l’apôtre Philippe qui l’admë nistre au serviteur de la reine d’EÉthiopie ; c’est Paul, c’est Barnabé, ce sont tous les apôtres, et même leurs collabo rateurs qui répandent sur les convertis l’eau salutaire. Cette fonction est régulièrement réservée à l’évêque dans la grande cérémonie de la nuit pascale; mais dans des petites églises, ce sont les prêtres, même les diacres
es ne
(1) Le Livre de la Prière antique, p. 347.