FER. II, ITEM MISSA SANCTI AUGUSTINI
Nous nous attarderons moins longtemps sur ces six dernières messes, car tout ce que nous avons dit précédement s'apple quera également bien ici, croyons-nous. Malheureusement nous n'avons plus pour le moment un courant de traditions aussi précieux que pour notre première messe, nous n'aurons plus en présence que le Liber sacramentorum et les monuments. mozarabes. Il serait intéressant de retrouver les autres traditions afin de voir comment de part et d'autre nos messes nous onf été conservées. En attendant, la seconde Missa sancti Augustint dans le Liber sacramentorum n'a que trois formules, la pré» face fait défaut. Seules les deux premières oraisons sont em rapport avec le mozarabe, nous n'avons pu retrouver la tro sième.
C'est encore le Liber ordinum qui nous fournit ce curieux rapprochement, et toujours dans une messe de même genre que précédemment, Missa pro sacerdote. L'Oratio sequitur, c'est-à-dire la seconde formule de la messe mozarabe, et son post pridie, nous ramènent nos deux textes. Voici du reste paral= lèlement ces quatre oraisons.
APPENDICE G
L1BER ORDINUM.
Ex alia missa pro sacerdote.
Autre formule, p. 263.
élgnosce, Domine, quod maculate conscientia trepidus, et criminum meorum confusione captvus, qui pro me veniam oblinere non o pro alüs rogaturus adsisto.
À ante te, Domine, captivogemitus, tribulationes plebium, pericula populoram, necessitates D ur, inopia debilium, desberationes languentium, defectus senum, suspiria vota virginum, lamenta viduarum. Sed,
luvenum,
quoniam me eundemque populum
cali catena constringit, ideo communes lugeo passiones. Non lobsit, Domine, populo tuo oratio subiugata pecccalis : : per me bi offertur voitum, per te meum com-
pleatur officium. — Amen.
Ex eadem missa, p. 265.
Post Pridie
“ Memores sumus, eterne Deus, Pater omnipotens, gloriosissime passionis Domini nostri Jhesu (Chriti Fili ti, Resurrectionis eliam et eius Ascensionis in celum. Petimus ergo Maiestatem tuam, Domine… preces hunulitatis nostre in conspeclu tue clemenlie, et descendat super hunc panem et
SACRAMENTORUM LIBER (authore Alcuino).
Ex missa S. Augustini, fer. u, P- 522.
1° formule
Ignosce,mihi,quæsumus Domine, quem maculatæ vitæ conscientia trepidum, et criminum meorum confusio facit captivum. Et qui pro me veniam oblinere non valeo pro alus rogaturus assisto. Profero ad te, si audire digneris, Domine, captivorum gemilus, tribulationes plebium, pericula populorum, necessitales peregrinorum, inopiam debilium, desperationes languentium, defectus senum, suspiria iuvenum, vota virginum, lamenta viduarum, sed quoniam me eadem quæ populum peccati catena constringit, ideo communes lugeo passiones. Non obsit Domine populo tuo oratio subiugata peccatis. Per me bi offertur votum, per te meum compleatur officium. Per.
Ex eadem missa, p. 523.
Super oblata
Memores sumus, æterne Deus, Pater omripotens, gloriosissimæ passionis Filü tui, resurrectionis eliam Ascensionisque in celum.
Petimus ergo Maiestatem tuam Deus UT ADSCENDANT preces humilitatis nostræ in conspectum tuæ clementiæ, et descendat super hunc
Ex eadem missa, p. 265.
(Suite)
super hunc calicem plenitudo tue divinitatis. Descendat etiam, Domine, illa Sanci Spirilus lui inconprehensibilis maiïeslas, sicut quondam in Patrum hostus mirabiliter descendebat. Ac presta Domine, ut huius panis uinique
Ex eadem missa, p. 523.
(Suite)
panem et super hunc calicem p
nitudo tue divinitatis. Descendat
etiam Domine illa Sancti spiritus
lui inconprehensibilisque maiestas,
sicut quondam in patrum hos-
lias descendebat. Per eumdem
Dominum.
substantia sanis custodiam adhibeat, languentibus medicinam infundat ; discordantibus insinuet reconciliationem et superminentem pacis augeat karitatem. Stultis infundat sapientiam, et sapientibus ne extollantur tribuat disciplinam; omnibusque ad te confugium facientibus plenissimam conferat
sospitatem, et regni cælestis plebem tuam faciat cohæredem, Amen.
Les premiers mots de cette formule nous prouvent à n’en pas douter que nous sommes ici en présence de ce qu'on est con venu d'appeler aujourd'hui en liturgie l’anamnèse (x), elle est suivie immédiatement de son épiclèse. Chose assez curieuse. c'est une de celles qui ne s'expriment pas avec une rigueur théologique bien précise. En effet, dans toute la première partie de notre formule on ne semble pas supposer que les paroles de l'institution aient eu encore leur effet. On sait avec quel soin la liturgie romaine a voulu dans son anamnèse banni® toute amphibologie et marquer nettement sa croyance que la consécration a lieu par les paroles de l'institution. Aussi toute formule qui semblerait mettre en péril ce point de sa foi doit être rejetée ou reportée en deçà de la consécration. |
(x) Cf. Dict. d’arch. chrét., art. Anamnèse et Epiclèse. Voyez aussi à pro pos de nos deux formules, l’article Apologie, t. x, col. 2599. ,
… C’est bien ici le cas; notre compilateur savait à n’en pas | douter que les Gallicans, aussi bien que les Orientaux, pour “ avoir été moins sévères, ont laissé mettre en doute leur ortho- .| doxie. Aussi est-ce avec cette première partie qu'il forme son “| super oblata. En effet la 2° partie de notre formule après l'épiclèse, si elle n'est pas encore tout à fait théologique dans les termes, l’est cependant bien ce nous semble pour le fond. La substance du pain et du vin en tant que telle ne peut avoir }| une si grande vertu. Bref nous avons découvert là un des pro- }| cédés de composition de nos messes, on verra qu'il est à peu près invariable (1); remarquons en passant que le compilateur était doué d’une certaine intelligence liturgique. En effet, il ne change pas ces formules au petit bonheur, sans grand souci des contresens, comme cela est arrivé à plus d’un (2), nous le verrons en terminant cette étude.
Avant de quitter la messe du Liber ordinum qui nous a | conservé ces deux formules si intéressantes, il nous faut jeter | un coup d'œil sur son /nlatio. Chose assez bizarre, nous rentrons par là-même dans le texte de notre première Missa sancti | Augustin; c'est tout simplement le début de sa préface que nous retrouvons ici, suivant la tradition conservée dans le Liber | sacramentorum de Pamélius, différente nous l'avons vu de la | tradition de Gellone et du mozarabe.
Voici encore ces deux textes :
LIBER ORDINUM LiBER SACRAMENTORUM (Authore Alcuino)
Ex missa pro sacerdote, p. 263. Ex missa sanctjy Augustini, p.521.
Inlatio Præfatio.
Dignum quidem et iustum est, Dignum et iustum est; æterne Domine, nos tibi semper hic et Deus.
(1) Cf. Paléographie musicale, t. v, p. 94, la thèse de D.Cagin au sujet de la secrète qui pourrait bien être une anamnèse transportée avant la pré-
face.
(2) Cf. à ce propos l'étude déjà citée de Mgr Duchesne dans la Revue
d’hist. et de littérat., t. v, p. 94.
LiBER ORDINUM
(Suite)
ubique gratias agere. Sed quid tibi dignum offerat minister indignus, nisi hoc ipsum, quod tantum indignus habetur officio fideli penitentia fateatur. Sed tu, multe misericordie Deus, ne nos quesumus oris proprü testimonio damnes ; sed paterne indulgentie consolatione conrobores, alque a mecctoruma precipilio tuis semper manibus revoces et reformes = leges tuas dando in cordibus nostris easque scribendo inmentibus cecis, et ad exsequenda que iusseris vires cumulando pusillis, prevalendo misericordia debita, reposcendo legitima : ut tibi pro omnibus gratie tue largitate conlatis gratiarum a nobis sacrificia deferantur, etc.
LiBER SACRAMENTORUM
Sed quid tibi dignum offerat minister indignus ? nisi hoc ipsum, quod tanto indignus habetur | fidei pænitentiam fateatur. Sed muliæ misecordie Deus, ne nos quæ= sumus, oris proprü testimonio dam nes, sed paternæ indulgentie con= solatione corrobores alque a pecca
lorum præcipitio tuis semper mani= bus renoves el reformes : Invocat, | te anima mea, qui fecisti me ut.
non oblivis caris etc. \
(Pour le reste cf. 12 Missa* sancti Auguslini, tradition de Gellone. Inlatio.)
Tout ceci semble bien apporter un con/firmatur à ce que nous avons dit plus haut, en tout cas si l’on trouve mieux, ce qui est toujours possible, nous tenons à dire ici que nous ne présentons pas notre hypothèse comme une solution définitive.