SAINT AUGUSTIN
P. L., t. xxxv, col. 1713.
In Johannis Evang.
Tractatus XLIV.
Et preteriens etc. De homine quem Dominus illuminavit qui cæcus natus fuit prolixa lectio recitata est : quam si, etc.
Breviter ergo cæci hujus illuminati commendo mysterium.
Ea quippe quæ fecit Dominus noster Jesus Christus stupenda atque miranda et opera et verba sunt : opera quia facta sunt, verba quia signa sunt.
Si ergo quid significet hoc quod
actum est cogilemus, genus humanum est isle cæcus : hæc enim cœæci-
MissEL MOZARABE SAINT AUGUSTIN (Suite) (Suite)
Hanc enim piaculi cæcilatem tra- {as conligit in primo homine per. | ductam ducimus ex homine pri- peccatum de quo omnes originem mo de quo non solum originem duximus, non solum mortis, sed trahimus nationis; sed et pondus eliam iniquitatis. iniquitatis. Ideoque si ex illo lumen amisimus : quod nostro ex merito in nobis reparare nos possumus. Ecce adest Jesus ultroneus ad sanandum : qui cor contritum spectat et humiliatum etc. DA
Notre tableau démontre avec évidence que cette première form mule de la messe mozarabe ou de la messe gallicane n'est pas autre chose qu’une courte homélie du temps ou des saints, de« tempore vel de sanctis. En effet elle ne diffère en rien, si ce n’est par sa brièveté, de l’homélie proprement dite qui avait sa place marquée dans la liturgie, tout particulièrement dans la liturgie gallicane (x).
De plus, à défaut d'autre preuve, l'emprunt fait à saint lAugustin par l’auteur de cette pièce mozarabe, a bien ce nous semble quelque valeur. Qu'est-ce en effet que ce traité de saint Augustin in Joannis Evangelium, sinon une sorte de recueil homüléti= que sur cet Evangile? On sait du reste que ces homélies ont été prononcées par saint Augustin vers 416. Il est donc tout naturel qu'en cas de besoin un auteur postérieur soit allé y puiser et c’est ce qui éxplique aussi que dans les œuvres patristiques de ce genre (homélies ou sermons), nous en retrouvions des centonisations assez nombreuses. Le passage même mis à contribution pour cette messe mozarabe, se trouve précisément dans ce cas (2).
(1) Cf. Duchesne. Origines du culte chrétien, p. 46, 163, 188.
(2) Cf. P. L., t. zxxvi, col. 1082. Sancti Gregorii Magni, homilia in Luc., xvin, 31-44; P. L., t. xev, col. 1294 c. Pauli Diaconi homilia in Joann., 1x: P. L., t. c, col. 877. Alcuin, Comment. in Joann., xxiv; P.L.,t. cxvm, col. 306. Haymonis Halberstat Homilia, 411, De tempore, etc.
APPENDICE H. — CENTONISATIONS PATRISTIQUES 285
Le missel mozarabe pourrait encore nous fournir bien d’autres exemples comme celui-ci, dans lesquels l'homélie De tempore est devenue la prière liturgique. Nous avons nommé aussi l’homélie De sanctis. À ce propos il est bon de se rappeler la place que tenait dans les premières assemblées chrétiennes, la lecture des Actes des martyrs. On peut même, croyons-nous, aller jusqu'à dire qu'elle est devenue une sorte d'acte liturgique au même titre que la lecture des Saintes Ecritures. De même que les livres inspirés, les Actes des martyrs ont eu aussi leurs commentaires, et l’homélie sur les saints est assurément un vestige de cet ancien usage qui consistait sans doute, au début, en une simple glose, suivant pas à pas le récit des actes qu'on venait de lire, ou bien encore en un sermon à l'éloge du saint que l’on fêtait.
Nous avons cru devoir rappeler ce fait, parce que, précisément, il n'est pas rare de voir dans les messes du propre des saints du missel mozarabe, notre première formule, se présentant avec tous ces caractères souvent assez bien marqués. On se croirait en présence d'un commentaire fort abrégé sur les actes, dont on vient ce semble de faire la lecture; ou bien, dans d'autres cas, c'est un court sermon ou panégyrique du saint dont on fait la fête, qui se trouve reproduit.
Il nous suffira de donner en note (1) les références d'un certain nombre d'exemples, tirés du missel mozarabe, en faisant tout de suite remarquer que les limites de la première formule ont paru un champ trop restreint à l’auteur ou aux auteurs de nos messes, et l’homélie ou le sermon se poursuit souvent dans les autres pièces, notamment dans les préfaces. La même remarque, disons-le aussi, a son application pour lhomélie De tempore, qui, dans les messes du temps, semble
Nous lisons aussi chaque année ce passage au bréviaire bénédictin. Fer. 1v, infra heb. IV Quadragesimz.
(x) Cf. P. L., t. rxxxv, col. 658, 659, 675, 685, 729, etc., etc. Le cas se répète un peu partout pour ces messes du propre des Saints. De temps en temps on trouve aussi quelques phrases qui concordent exactement avec le texte même des actes. Cf. Missale gothicum. Muratori, col. 634, dans la préface, un bon exemple de ce genre. On pourra voir aussi ce que disait à ce sujet
dom Ruinart. Fer.1v Infra heb. IV Quadragesimæ. Çf. P. L., t. 1, col. 823 sq.
plus d’une fois déborder des limites de la première formule et se répandre sur les autres.
N'est-ce pas là un problème intéressant et qu'il convient d'examiner attentivement? En effet, nous croyons l'avoir suffisamment prouvé, la première formule de la messe mozarabe ou gallicane tient fortement de l’homélie ou du sermon, et encore L une fois c'est ce qui explique son affinité avec les écrits pa= | tristiques du même genre. On s’en souvient du reste, d’après la définition même que nous en donne saint Isidore, elle doit { précisément avoir comme qualité essentielle, ce ton oratoire À caractéristique de l’homélie ou du sermon : admonitionis est L erga populum. — Mais pour les autres pièces du formulairem liturgique de ces messes, rien ne nous indique qu'il en soit À de même. Tout au contraire, on voit dans saint Isidore en | lisant la définition qu'il donne de chacune d'elles, qu'elles ont toutes un caractère bien défini qui les éloigne de la première et devrait, ce semble, se refléter davantage dans leur composition. Pourtant si l’on examine de près quelques-unes de ces pièces, les préfaces par exemple, on n’est pas longtemps avant de s'aper-« cevoir que plus d’une de ces formules rappellent tout à fait le style patristique des homélies avec tous ses caractères essentiels:
Nous ne voulons pas trop généraliser et dire que tout le formulaire liturgique trouve ici son origine, ce serait aller à une exagération, et il est évident qu'un bon nombre de morceaux resteront toujours en dehors de notre cadre, ne nous offrant aucun point de comparaison qui puisse nous permettre de lui assigner la même source.
Mais les exemples parleront d'eux-mêmes: du reste nous avons lu et relu attentivement les diverses pièces de nos livres liturgiques, les comparant, les rapprochant des œuvres patristiques qui nous semblaient avoir avec elles quelques traits de ressemblance, et plus d’une fois nos patientes recherches n'ont pas été tout à fait infructueuses. Ce ne sont pas seulement de simples rapprochements, rappelant plus ou moins le style de tel ou tel Père, mais, ce qui est mieux la plupart du temps, nous retrouvons la phrase patristique elle-même, comme en-
APPENDICE H. — CENTONISATIONS PATRISTIQUES 28-
castrée au milieu des constructions diverses de nos formules liturgiques.
. Sans doute dans plus d'un cas c’est à l’état sporadique que mous rencontrons ces textes, mais quoi qu'il en soit c’est toujours sans contestation possible d'identité. En somme et c'est là où nous voulons en venir, il faudra tenir compte désormais du rôle joué par la centonisation patristique, dans la composition des formules liturgiques.
Nous allons donner quelques autres exemples :
Le premier que nous mettrons sous les yeux du lecteur est encore tiré du fameux traité de saint Augustin sur saint Jean. Nous avons ici l'avantage de retrouver l'emprunt non seulement dans le missel mozarabe, mais encore dans le Missale Gothicum un des monuments de la liturgie gallicane.
MissaLE GOTHICUM
(Muratori, p.577sq.).
XXXVIIT Missa in Cœna Dni.
Anonyme.
Sacrosanctam, fratres dilectissimi, hodierna die inchoandæ Paschæ etc.
Collectio sequitur Deus sanctificationum et Dns cælestium, etc.
Post Nomina Diversis oblationibus sacris altaribus etc.
Collectio ad Pacem
Deus qui assumptum hominem evecturas, elc.
MussALE MOZARABICUM
LIBER oRpNüM.
PE: É raxxy, col. 415-416.
Fer. V in Cena Dni.
Missa Diligamus et se-
quamur fratres charissimi etc.
Ala Oratio
Occarrentes Domine cum celu, etc.
Post Nomina Pietatis tuæ Christe Dne rogamus, etc.
Ad Pacem
Paz nostra omnipotens Christe.
SaNCTI AUGUSTINI