DAS 4 FIVE PONT
34 ORIGINES LITURGIQUES gents et à l'esprit éveillé qui, en lisant leur paroissien! cherchent à se rendre compte de leurs impressions. De même que la couleur liturgique change, que nous voyont apparaître le prêtre et ses ministres tantôt revêtus d£ vêtements blancs, ou violets, ou rouges, ou noirs, où verts, ou même roses, de même pourrions-nous dire chaque fête liturgique a sa couleur; et même ces cow leurs sont beaucoup plus variées que les six couleurs dé l’arc-en-ciel liturgique.
Le fond de la messe ne varie pas, mais l'expressiot des prières varie presque à l'infini.
En Orient, je parle surtout ici de la liturgie grecqué, le système est tout différent. Il n’y a en réalité que deux formes de messe qui servent à tous les jours de l’année Que ce soit Pâques, Noël, la Pentecôte, ou le jour dek Sainte-Croix, la formule de prière est toujours la même, elle est figée en quelque sorte, invariable. L'Orient: qu'on est convenu d'appeler l'immobile Orient, à tort où à raison, a bien été sur ce point immobile dans sa prière cristallisé dans ses rites. Si nous étions soumis à ce sys! tème, au lieu de nos paroissiens, qui ne sont jamaïl complets, malgré le titre et que nous trouvons toujour! trop encombrants, un simple petit fascicule de quelque pages nous suffirait.
Or, cela constitue certainement en liturgie un caractèr! essentiel, et dont il faudra tenir compte dans la classi fication; il est curieux qu’on ait attendu si tard pou s’en douter (1). Et cette différence, nous aurons à reve nir là-dessus, implique au point de vue de la hittératur liturgique deux conceptions presque diamétralemen opposées. Tandis qu’en Occident du 1v° au vin: siècle,
(x) D. Cagin, dans la Paléographie musicale, t. v. p. 38 sq.
existe une littérature liturgique riche et féconde, qui a produit toute une effloraison de sacramentaires, de missels, de livres d'offices, l'Orient, au moins en ce qui concerne les prières de la messe, est resté stérile.
Or si nous acceptons ce principe de classification, Inous arrivons à des conclusions fort différentes de celles que j'ai énoncées jusqu'ici, et qui sont intéressantes à divers points de vue, même au point de vue apologétique. Nous aurons deux types liturgiques ; l’un oriental sous lequel se grouperont les liturgies grecque, syriaque, et toutes celles qui en découlent, l’autre latin ; et alors la liturgie romaine rentrera dans cette famille des liturgies gallicane, ambrosienne, mozarabe, d’où elle semblait exclue; non seulement elle y rentrera, mais elle prendra la tête et ce n’est pas en Orient, c’est à Rome que nous devrions aller chercher nos origines liturgiques occidentales.
| Nous parlions de philologie dans notre dernière conférence; c’est encore à cette science que je ferai appel pour mieux expliquer ma pensée.
| Je dirai qu'il faudrait distinguer comme deux langues liturgiques principales : l’orientale avec ses divisions grecque, syriaque, copte, etc. ; l’occidentale ou latine, dans
laquelle on distinguerait des dialectes, la liturgie romaine,
Pl'ambrosienne, la mozarabe, etc. C’est bien cela en effet,
ne langue-mère commune donnant naissance à des lanues sœurs, à peu près comme le latin a formé le groupe des langues néo-latines, italien, espagnol, français.
Je ne dis pas, remarquez-le bien, que cette démonstra- La soit faite ; je ne me suis proposé dans tout ce chapitre
| Lt de dresser le bilan de la science liturgique, constater
e qui a été fait, surtout ce qui reste à faire. Ainsi cette théorie que je viens d'exposer, je la crois vraie pour le
fond, c’est-à-dire dans ses grandes lignes, mais j'estime qu'il faudra l'étudier de très près et apporter pour l’étayer de nouvelleset solides preuves. Il sera nécessaire d'étudier par le menu les termes liturgiques, les formules, les titres” les finales, les procédés de composition, dresser un glos® saire liturgique.
Quand on aura fait ce travail, je crois que les concluz sions données plus haut se dégageront plus clairement” on aura les bases d’une classification solidement établie” et l’on sait qu'une bonne classification des types ou des faits, c’est la moitié de la science.
LOIS | | Mais ce n’en est que la moitié. Il faudra aussi fixer les lois de cette science. Cette œuvre pourrait paraître bien pré maturée aujourd'hui pour une science qui n’en est qu'à ses débuts, et l’on risquerait fort, en l’essayant, de rester dans la conjecture, aussi n'ai-je la prétention que d’énoncer ici quelques idées dont le temps et les progrès de nos études feront vérifier la valeur.
a) Une première loi que l'observation ne pourra que confirmer, je le crois, c’est celle de l'influence des milieux sur la liturgie. L'Église chrétienne est née au sein du judaïsme; presque au lendemain de sa naissance elle s’est developpée dans le monde gréco-latin. Il faudra done fixer soigneusement la part d'influence du judaïsme et de la civilisation grecque ou latine sur les rites chrétiens: Mais nous réservons cette question pour notre conférence sur les origines liturgiques. 1
Bit vxe. Ts
. b) On s'attend sans doute à ce que je parle tout d’abord * de la loi d'évolution qui a dù s'exercer dans l’histoire de . la liturgie, comme elle s'exerce dans celle de toutes les | institutions humaines. Mais sur cette pente du change- | ment où nous sommes entraînés comme malgré nous, la . liturgie est retenue, tout au moins retardée par un frein, | que l’on appellerait aujourd'hui un esprit conservateur. C'est un amour de la tradition, un attachement aux vieilles formules qui constitue une loi de son histoire, et qui fait que certains types liturgiques, rites ou formules, persistent à travers les âges, même quand leur existence n'est plus justifiée et qu'ils ne semblent demeurer que
comme vestiges du passé.
. Nous en rencontrerons plusieurs exemples dans nos . conférences; je n'en veux citer que quelques-uns. Dans » certaines liturgies se sont conservées les prières pour les , captifs ou pour ceux qui travaillent dans les mines; ces Lprières étaient récitées dans l'Église des catacombes pour les chrétiens qui étaient enfermés dans les cachots, attendant leur jugement, ou pour ceux qui étaient condamnés | aux travaux forcés dans les mines d’or ou d'argent. Inu- ! ile de dire que la prière n’a plus d'application; on con- | tinue pourtant à prier dans ces liturgies pour ceux qui sont dans les mines ou dans les prisons.
La liturgie ambrosienne conserve cette autre formule, | ne quis catechumenus, ou si quis catechumenus procedat, | si quis judæus procedat, si quis paganus procedat, si quis | hæreticus procedat, qui remonte évidemment à une haute antiquité, quelle que soit du reste l'interprétation qu'on | lui donne. (1) L'ordre du psautier chez les bénédictins, c’est-à-dire
| (x) Paléogr. musicale, t. vr, p. 262, cf. aussi 174 et Journal of theologi- | cal studies, july 1905, p. 481.
D À did:
une certaine distribution des psaumes dans l'office divin, a été imaginé par saint Benoît au vr° siècle; nous l’ von gardé avec une telle fidélité qu'un bénédictin du xx° siècle, récite ses psaumes exactement selon la méthode d'un moine du vr. Le psautier romain dans l'Eglise latine est peut-être antérieur à cette époque. Les leçons que nous lisons aujourd'hui encore à l'office des morts ou dans la semaine sainte, datent en partie du :v° siècle, et cette) permanence des lectures pendant une quinzaine de siècles. | n'est pas un fait rare en liturgie.
Que d’autres exemples d’antiquité nous pourrions citer parmi les rites ou les formules! ll Cette loi peut être d’un grand usage dans nos études: | Elle permettra de restituer un grand nombre de rites antiques ou de retrouver leur origine dans les rites con—