‹ Les origines liturgiques;Chapitre 6 sur 70 · LA · texte numérisé non relu

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temporains.

c) Mais il y a toutefois, avons-nous dit, en liturgie) un esprit de rénovation, une évolution des rites et des\ formules qui agit avec plus ou moins de force selon les époques. Rien n’est plus facile que d’en constater l’exis« tence. |

À l’origine rien de plus simple que la liturgie chrétienne: Les fidèles se réunissent pour lire l’Ancien Testament, les évangiles et les épitres des apôtres à mesure que ces* livres paraissent, pour chanter des psaumes ou des cantiquess spirituels, enfin on célèbre l’eucharistie. Il y a le baptême pour la réception des nouveaux convertis dans l'Eglise,“ l'imposition des mains pour la confirmation ou pour la consécration des ministres, et c’est tout, du moins tout” ce que l’on connaît — je parle de la liturgie publique, officielle, sans m'occuper des pratiques privées.

Et les différentes parties de ce culte sont extrêmement simples; l’eucharistie consistait, autant qu'on peut le.

savoir, en une bénédiction, une prière, la consécration du pain et du vin, la fraction, la distribution aux fidèles . de la communion et l’action de grâces.

LE Le baptême, nous le verrons plus en détail, s’'adminis- . trait avec un peu d’eau répandue et une simple formule. | Si l’on veut aujourd'hui considérer la messe ou le | baptême avec leurs rites si compliqués, quel chemin parcouru!

C'est qu'il y a eu changement, évolution, développe- } ment d’un rite. Nous n'en pouvons pas indiquer toutes

les étapes, mais nous en connaissons au moins quel- ! ques-unes, en tout cas nous savons le point de départ et . celui d'arrivée. Le point de départ, c’est un rite très | simple, qui en route se surcharge de formules, se com- ! plique d'épisodes, s'enrichit de significations ou de sym- | boles nouveaux, et parfois après être arrivé à ce point d'extrême richesse, il s’abrège, se résume, perd quelques- | unes de ses cérémonies ou de ses formules.

|| Cette évolution des rites sera à étudier de plus près, | et réclamera un traitement particulier pour chacun des | rites. Malheureusement ce travail ne pourra se faire un peu solidement que lorsque nous posséderons un plus : grand nombre de documents. Cette étude en tout cas sera pleine d'enseignements; elle nous fera mieux saisir ce qui est essentiel dans un rite ou un sacrement, et ce qui est accidentel, ce qui par suite pourrait disparaître. , Elle nous apprendra ce que l'Eglise a voulu mettre en lumière en ajoutant telle ou telle cérémonie; elle nous permettra de constater sur le développement des rites ! l'influence de tel ou tel courant dogmatique, et, par suite, | elle éclairera l’histoire des dogmes.

d) Dans cette étude scientifique des rites anciens, nous | étions autrefois arrêtés à chaque pas devant ce qu'on appe-

ho ORIGINES LITURGIQUES

lait la loi de l’arcane ou la discipline du secret. On sait qu'à l'origine, vivant au sein d'une population païenne, les chrétiens, pour ne pas exposer les dogmes ou les rites de leur foi à la risée des païens, et parfois pour ne pas s’exposer eux-mêmes à de graves dangers, dissimulaient | sous des symboles quelques-unes de leurs doctrines, ou» n’en révélaient un certain nombre qu'aux initiés, c'est-à=« dire aux baptisés. Ainsi par exemple les païens ne devaient” pas assister à la messe des fidèles ; aussi quand il s’en trou-« vait dans l’assemblée chrétienne, les faisait-on sortir après l’homélie, avant l’offertoire. Cette loi de l’arcane a existé, c’est incontestable, et l’histoire de la liturgie suffirait à elle seule à nous en donner des preuves.

La difficulté est d’en fixer exactement les limites ; or, il faut avouer qu'un certain nombre d’érudits et de théologiens des siècles passés avaient, de leur autorité privée, étendu cette loi bien au delà des frontières dans lesquelles elle devait se renfermer. Cette loi commode abritait tout, elle expliquait tous les silences, aïdait à combler. toutes les lacunes dans l’histoire des rites ou des dogmes. Les usages, dont on ne voyait pas trace dans l'antiquité, avaient existé cependant à la faveur de cette loi; .ils n'avaient été cachés que pour être mieux dérobés à la connaissance des païens. Cachés, ils l'avaient été s1 bien» qu'on ne les retrouvait plus du tout. Il ÿ avait ic1 excès, sans aucun doute. Mais la réaction n'est-elle pas allée un, peu loin, et n’a-t-elle pas un peu trop réduit la discipline. de l’arcane ? C'est un point d'interrogation que je pose, après tant d'autres, dans cette conférence ; il serait dus plus haut intérêt de reviser peut-être ce procès, et de donner la véritable solution, surtout en ce qui concerne nos études.

À cette question s’en rattache une autre : y eut-il

LA LITURGIE ENVISAGÉE COMME SCIENCE &x

avant le 1v° ou même le v:° siècle des livres liturgiques écrits, quelque chose qui ressemble à nos missels, à nos pontificaux, à nos rituels, ou à nos paroissiens ?

Plusieurs érudits des siècles passés ont répondu non, résolument. Plus ici que partout ailleurs s’exerça la loi de l’arcane. On ne voulait pas que les formules les plus saintes de notre religion courussent le péril d’être profanées. Il était donc défendu de les écrire, on devait les apprendre par cœur. Voilà pourquoi on ne trouve, avant le rv° ou même le v° siècle, aucun livre liturgique.

On en tirait beaucoup d’autres conséquences, qu'il est inutile de faire connaître ici. Cette thèse, qui déjà au xvn° et au xvin° siècle trouvait de sérieux adversaires, est aujourd'hui abandonnée. La découverte en effet de certains documents liturgiques antérieurs au v° et même au 1° siècle suffirait, en dehors de toute autre considération, à la ruiner. Jene m'y arrêterais donc pas autrement, si quelques-uns des faits et des arguments invoqués par les partisans de ce système ne nous aïdaient à découvrir une nouvelle loi liturgique, que nous appellerons la loi d'improvisation, et que nous étudierons dans une conférence spéciale.

e) On ne peut étudier les rites catholiques sans trouver que le symbolisme y occupe une large place ; l’eau dans le baptème signifie la purification ; l'huile dans la confirmation signifie l’onction et la force, dans l’extrême-onction, le remède du corps et de l’âme. Mais s’il faut reconnaître l'influence du symbolisme, il n’en faut pas mettre partout; ce fut l'abus du moyen âge. Amalaire, un hturgiste de cette école, nous dit sans sourciller que si tel répons du mercredi saint a cinq versets, pas un de plus, pas un de moins, c'est parce que dans notre corps il y a cinq sens, et que ces cinq sens, morts dans Adam, revivront dans le

Christ (1). Soyez sûrs que s’il n’y avait eu que quatre versets ou s’il y en eût eu six, le symbolisme ne serait pas à court. En effet, un autre répons du vendredi saint n’a que quatre versets. Mais quoi? l’homme n'est-il pas composé de quatre éléments? Et comment ces quatre ver-« sets signifieraient-ils autre chose que ces quatre éléments (2) ?

Amalaire fit école, et il en est peu parmi les liturgistes de ce temps qui, plus ou moins, ne tombent dans cet excès.

Toute la liturgie en quelque sorte se volatilisait en symboles, en allégories.

Comme toujours l’excès amena la réaction. Ce fut un bénédictin, Claude de Vert, trésorier de l’illustre abbaye de Cluny, plus tard visiteur de l’ordre, qui se fit le chef d'une autre école, celle de l'interprétation littérale, historique et naturelle des cérémonies.

Tout jeune encore, ayant ouï dire à un homme de fort bon esprit, d’ailleurs très versé dans l'antiquité, que les cierges n'étaient originairement dans l'Église que pour éclairer, et non pas dans une autre intention mystique, | ce lui fut une lumière, soit dit sans jeu de mots.

Il comprit dans le moment, comme il le raconte, qu'il fallait que toutes les autres pratiques de l’Église eussent de même leur cause primitive et physique et leur raison d'institution (3).

Il se mit donc en quête avec cette idée préconçue, qu'il fallait à tout prix trouver à toutes nos cérémonies une explication naturelle et logique, et comme il était homme

(x) P. L., t. cv, col. ror1.

(2) Ibid., col. 1075, 1076.

(3) Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l'Église, t. 1, p. 214, 3° édit., 1720.

d'esprit subtil, de beaucoup de mémoire, et du reste de peu de jugement et d'une érudition très limitée, il fit sous le nom d'Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l’Église (1), un ouvrage des plus intéressants, où 1l y a beaucoup à puiser, mais dont les conclusions dans l’ensemble ne peuvent être acceptées. On avait abusé de l’allégorie, du sens mystique; lui abuse de l'interprétation naturelle ; il explique tout par les raisons de logique, de commodité, de bienséance. Si l’on allume des cierges à la messe, c'est qu'autrefois la messe se célébrait aux catacombes, dans des lieux souterrains où il fallait bien s’éclairer sous peine de n’y pas voir : et si le néophyte reçoit un cierge après le baptême, c’est pour guider sa marche des fonts baptismaux à l'autel ; si l’on brûle de l’encens dans les cérémonies, c’est aussi que dans ces lieux sombres et malsains où l’on célébrait primitivement, il fallait bien purifier l'atmosphère. Tout le reste à l'avenant.

C'est un autre excès, dans lequel de Vert n’est tombé

| que parce qu'il était doué d’un esprit étroit et systémati-

que, qu'il a procédé par à priori au lieu de suivre la vraie méthode historique qui lui aurait appris que, si dans nos institutions un certain nombre s'expliquent par ces raisons « de nécessité, de bienséance et de commodité », il en est beaucoup d’autres qui ont été précisément instituées en vue du sens mystique (2).

Cet exemple nous enseigne donc qu'il y aura, dans l'étude de la liturgie, à formuler une loi sur les limites du sens mystique.

Il y aurait sans doute bien d’autres lois à établir. Il y aurait surtout à insister davantage sur la méthode qu'il

(1) Paris, 1720; la première édition 1701-1708. (2) Cf. la réfutation de Le Brun, Explication de la messe, t. 1, préface.

4h | ORIGINES LITURGIQUES

faut suivre dans l’étude de cette science. Mais tout cela ne saurait trouver place ici Q).

Je m'arrête, non pas que je considère ma tâche comme accomplie, mais j'en ai dit assez, je crois, pour prouver « que la hturgie est une science et pour montrer les aspects … sous lesquels on peut l’étudier.

J'ai conscience de n'avoir fait que tracerun programme. Quand cette &« somme liturgique » dont j'ai indiqué les grandes lignes aura été composée complètement, on sera … étonné de la fécondité, de l'intérêt, que présente cettel : étude. |

(1) Voir Appendice B, Note sur la méthode en liturgie.

Dès l’abord nous nous trouvons en face d’une objection : le culte catholique ne vient pas de Jésus ; Jésus n'avait pas de hturgie, 1l était ennemi des formules vides, des pratiques extérieures ; il voulait un culte intime, celui du cœur, c'était le culte libre du Père, qui consiste dans la soumission filiale à Dieu, dans l’amour, la confiance ; il rejette les rites extérieurs ; il veut une religion sans prêtres et sans autels, et 1l n'admet d'autre temple que l’âme.

La liturgie catholique ne vient donc pas de Jésus; ilen faut chercher les origines dans le gnosticisme, et même en dernière analyse dans le paganisme, auquel le gnosticisme servit de pont ; et qui ne fut un moment vaincu par le christianisme que pour prendre une éclatante revanche au 1v° siècle. Si le paganisme fut baptisé dans la personne des empereurs, ne nous hâtons pas d’applaudir. En recevant les eaux du baptême, il les contamina, il y laissa son virus, et le culte des idoles fleurit de plus belle sous couleur de culte des saints, de culte des martyrs.

Toute cette splendeur dont le culte fut entouré au iv° siècle, c’est un paganisme liturgique.

Telle est l'objection renouvelée du protestantisme du xvi° siècle, qui partit en guerre contre la Babylone du papisme, ses superstitions, son idolâtrie; objection qui a pris en quelque sorte sa forme scientifique dans les ouvrages de Renan, de Harnack, de Sabatier, et de tous ceux qui s’en inspirent.

Voyons ce qu'il faut penser de cette thèse. Est-ce que vraiment nous serions païens sans nous en douter ? Est-ce que, en invoquant la sainte Vierge, ou les saints, en prenant de l’eau bénite, en recevant l’onction, en allumant nos cierges sur l'autel du vrai Dieu, nous ne serions que de grossiers adorateurs de Pallas Athéné, de la Magna Mater, de Jupiter Optimus Maximus? Avouez que la situation serait piquante. Nous croyons avoir, pour les martyrs morts au service du Christ, un culte sincère et délicat, et au fond ces martyrs, s'ils sortaient de leurs châsses dorées, maudiraient en nous des idolätres, tout juste aussi intéressants que ceux qui les ont condamnés au chevalet.

Nos prêtres en brülant l’encens devant l'autel pensent aux paroles de l'Ecriture, ascendat ad te, Domine, oratio mea, sicut incensum in conspeclu luo. Erreur, cet encens n'est pas de meilleure qualité que celui que les martyrs refusaient de brüler devant les idoles des païens.

La question vaut la peine d’être examinée de près, ne pensez-vous pas ?

Un fait que nous ne pouvons nier, c’est que le christianisme est d'origine juive, ou, pour être plus exact, est né en terre juive, de souche juive. Cette assertion, quiest

incontestable, chagrine à priori, je le sais, quelques-uns d’entre nous. D'aucuns auraient préféré une origine romaine ou grecque. D'abord cela paraîtrait plus distingué. Puis, à tort ou à raison, on s'imagine que les caractères du christianisme eussent été peut-être plus larges, ses conceptions plus conformes au goût occidental, à notre raison fille de la pensée latine et petite-fille de la pensée grecque. En soi, il n'y a rien là qui répugne, et absolument parlant, le Christ aurait pu naître à Rome ou dans telle ville de la Grèce d'une mère romaine ou grecque. Mais, sans parler des autres «inconvenances », comment ne voit-on pas que s'il en eût été ainsi, le christianisme

n'aurait pas d'antécédents; ses assises dans le passé lui seraient enlevées? L'unité du monde serait rompue. La religion nouvelle ne serait plus un chêne plongeant dans une terre nourricière, et remontant par ses racines jusqu'aux prophètes, jusqu'à Moïse, jusqu'à Abraham, | jusqu'à Adam, qui fuit Dei.

| Ceux qui rêvent de ces combinaisons possibles, ne Lvoient pas qu'ils sont des marcionites sans le savoir. . Ceux-ci rejetaient l'Ancien Testament et tout ce qui était | juif. Ils établissaient une antinomie entre christianisme | et judaïsme, et même, du Dieu des juifs faisaient l'ennemi , du Dieu des chrétiens.

* Tout cela n'est pas bien sérieux. Le Christ est juif, né . de parents juifs, fils de David.

: Mais la religion qu'il a fondée est une religion univer- | selle, une religion, si l’on peut dire, des portes ouvertes, en un mot aussi peu juive que possible. Et c’est parce F qu'il n'était pas Romain, ni Grec, mais juif d'origine qu'il . a pu conquérir à la fois les Grecs, les Romains, les barba- ! res, et les fondre en un grand tout, et c’est encore pour | la même raison qu'il verra accourir à lui les Américains,

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