‹ Les origines naturelles de la propriétéChapitre 16 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Caractère originel du Phénomène de Propriété Les premières formes de la vie

§ 1. — Afin de fixer les idées, il faut tout d'abord déterminer les limites Définition de

auxquelles s'arrête la conception de la Propriété, et ce que le terme signifie. Il n'y a pas seulement propriété quand il y a occupation; dans ces conditions, la notion serait trop vague, et l'on pourrait, par exemple, dire de tout corps, qu'il est propriétaire de l'espace qu'il occupe. 11 faut encore qu'il y ait possession, c'est-à-dire que l'être ou le groupe organique ou inorganique doit mettre en action des forces destinées à lui réserver la disposition exclusive de ce qu'il occupe et dont il exploite à son profit la productivité transitoire ou permanente. Dans ces conditions, le phénomène de propriété ne peut apparaître qu'avec l'individu. Lui seul peut mettre en œuvre des forces destinées à lui assurer la possession d'une partie quelconque du monde extérieur, lui seul peut mettre en œuvre les forces de groupement qui permettent à une association de réserver à ses membres la libre disposition d'une possession collective. La question de savoir si les origines naturelles de la propriété peuvent s'étendre jusqu'au monde inorganique se résout en celle-ci : à savoir si le monde inorganique comporte une organisation sur le type individuel (i).

la Propriété.

(i) Il ne s'agit pas ici de la Propriété telle que la définit le terme juridique. La sanction juridique exigée par les définitions courantes de la Propriété sont contenues en substance dans les sanctions biologiques que comportent les activités de l'individu. J'étudie des phénomènes constitutifs et originels; je me crois donc en droit de m'en tenir aux limites que je viens d'établir et qui définissent la Propriété comme un terme

Qu'il n'y a § 2. — La passivité des corps physiques et chimiques tendant à la conscr-

pas de faits de ,. ,. .. , .,, . . , . ,.

Propriété vation perpétuelle de I énergie et ne la restituant que sous 1 effet d une action dans le règne déterminée, échappe évidemment à notre définition, qui comporte la mise en

minéral. .

action de forces destinées à réserver à l'individu ou à un groupe d'individus la disposition exclusive de ce qu'il possède. Des lors, dans le monde minéral, seul le cristal pourrait manifester les premières activités nécessaires à la constitution du phénomène de propriété, à la condition que sa vitalité obscure et sa constitution en individu deviennent non pas des faits à reconnaître, mais des faits reconnus. Les preuves que Von Schrôn, et à sa suite divers savants, ont apporté à l'appui de ces théories, sont déjà considérables et méritent la plus grande attention. 11 est remarquable en tout cas que, comme conclusion aux théories de Von Schrôn, on soit entraîne à admettre que tous les minéraux sont formés de colonies d'êtres qui vivent ou ont vécu, car tous les minéraux, sauf certaines substances vitrifiées chez lesquelles la chaleur a détruit* la Peut-être le cris- constitution primitive, sont de conformai on cristalline. « Chaque individu de activités suffisantes cette colonie se comporte de manière à défendre la masse; ainsi l'adaptation pour constituer un d» méta] .xu m---eu ou j[ SG trouve, et l'activité intérieure qui sert de base

lait de Propriété. •

aux expériences de Bose, ne seraient pas produites par la masse elle-même en tant que masse, mais par les individus qui la constituent et qui ont à se défendre et à résister au coefficient de destruction (i). » Cette défense de la masse par l'individu colonial, cette appropriation du milieu à travers les stades de formations du cristal représenteraient justement la mise en action de forces destinées à réserver à l'individu ou, dans le cas présent, à la colonie, la disposition exclusive et l'exploitation du milieu qu'il occupe et des matériaux qu'il a conquis. Il est évident ici que cette tendance à la possession exclusive et collective du milieu entraine la lutte contre les éléments étrangers, les êtres organisés les forces dont l'action peut être dirigée dans un sens de destruction. C'est donc par la possession et l'exploitation d'un milieu donne que le cristal ou la colonie cristalline maintient son existence. Le phénomène de propriété apparaîtrait donc ici dans ses rudiments essentiels comme un attribut de l'activité vitale la plus inférieure, exprimant tout d'abord les adaptations qui lui permettent de se traduire, avec une certaine permanence, dans les conflits violents produits par les activités opposées des individus ou des groupes vivants dans l'organisation de l'Univers.

abstrait de Sociologie pure. Du reste, la notion romaine justifie ce point de vue. Elle reconnaît à la Propriété une existence pré-juridique; elle considère la matérialité de la Propriété, « le pouvoir de fait sur la chose sur laquelle la Propriété est le pouvoir de droit ».

(i) ni Brazza et Pirenne. La vie dans les cristaux. Revue Scientifique, 23 avril 1904, p. 523.

CIIAP. I - CARATÈRES GENERAUX DU PHÉNOMÈNE

§3. — La forme la plus primitive de la propriété est certainement celle de Les premiers manifestais de la vie.

la proie conquise par l'animal et qui est déterminée par le besoin de nutrition tr,esi

le plus étendu, le plus nécessaire aux manifestations de la vie. On la rencontre dès l'organisation monocellulaire, mais on rencontre aussi à ce stade de l'activité biologique cette autre forme de propriété consécutive à l'abri que l'animal se fabrique lui-même, à une enveloppe qui devient une annexe non-vivante de l'individu vivant et qui est produite par la transformation de matériaux empruntés au milieu extérieur. Les foraminifères, par exemple, peuvent servir de type à cette première manifestation d'une propriété individuelle de l'abri, tandis que les formes kystiques, la plupart du temps momentanées, liées aux phénomènes de reproduction et qui revêtent souvent le caractère d'abri protecteur pour un grand nombre d'individus, fournissent déjà la forme primitive de la propriété du type familial ou collectif existant en fait et calquée sur l'organisation coloniale permanente ou transitoire des animaux monocellulaires.

On voit donc qu'au degré le plus élémentaire des manifestations de la vie. la propriété, considérée comme un fait instinctif, se façonne déjà sur ces deux types, individuel et collectif, qui se trouvent mêlés à l'évolution générale du monde organique et que la loi de protection de l'individu, comme de l'espèce, s'y expriment. On peut donc entrevoir que l'on va assister à une sorte de balancement perpétuel des deux types à travers les diverses formes réalisées par l'évolution des êtres vivants, et, suivant que la vie individuelle, la vie familiale ou les phénomènes d'association collective prédomineront, on verra se réaliser le fait instinctif de la propriété sous sa forme individuelle ou collective.

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