CHAPITRE IV
Les Faits de Propriété chez les Mollusques et les Vers
Les faits de propriété que nous avons vu liés aux activités du végétal, vont s'accentuer et se définir davantage si l'on passe au règne animal. A ce point de vue, ainsi que je l'ai déjà indiqué plus haut, on peut les retrouve! dans les premières formes de la vie, et si je ne développe point davantage les indications succinctement résumées à la fin du second chapitre, c'est que je tiens à éviter des énumérations fastidieuses auxquelles l'abondance même des matériaux est de nature à m 'entraîner. Il s'agit surtout ici de dégager les éléments essentiels et de fixer les faits typiques de nature à étayer avec solidité les conceptions auxquelles une étude comparative a pu conduire. C'est pourquoi, en quittant le domaine très affirmé de l'activité végétale, je passerai aux formes déjà supérieures des vers et des mollusques.
§ 1. — On peut trouver chez ces derniers des exemples très affirmés Faits de prode matériaux empruntés au monde extérieur et modifiés par l'industrie de mollusques." l'animal de manière à constituer un fait naturel ou instinctif de Propriété. Ils se rattachent tous au besoin de l'abri, c'est-à-dire, d'une façon générale, à la protection et à la défense de l'individu.
Les Mytilidés forment souvent des bancs considérables et s'attachent Demeure creusée
/• ^ . , . . , . , dans la roche.
fortement les unes aux autres, ou bien encore a des corps étrangers au moyen des ligaments de byssus qu'elles sécrètent. Plusieurs espèces recherchent un abri
à l'intérieur duquel elles se cachent ; elles creusent les substances molles, souvent aussi les rochers, les coquilles d'autres genres, ou bien se logent dans des galeries pratiquées par d'autres animaux. Elles retirent une protection de la demeure qu'elles se constituent, qu'elles occupent et qu'elles défendent; elles jouissent des avantages qui lui sont inhérents et elles réalisent par là un fait de propriété. On peut en trouver un exemple très affirmé chez le Lithodome Lithophage, qui perfore les roches les plus dures, d'où le mollusque
Fig 10. — Lithodome Lithophnge
La pierre est sectionnée de façon à montrer l'animal en place dans la demeure qu'il a pratiquée en creusant la roche A droite de la figure, on voit des trous abandonnés
émerge pour exploiter le milieu marin dans lequel il est plongé; de même, les Pholades dactyles pratiquent des forages dans les pierres tendres et les bois mous, suivant deux procédés dont l'un est particulier aux jeunes mollusques qui cherchent à creuser dans le sens vertical, de manière à s'enfouir dans le plus bref délai possible, et dont l'autre est propre aux adultes, dont le travail est horizontal et a pour but l'agrandissement des loges dans lesquelles ils vivent. On trouve ici des exemples de mollusques se pratiquant une demeure par un procédé qui rappelle le creusement des grottes artificielles chez les hommes. Un Pectinidé : la Lime Baillante, va nous fournir un exemple de matériaux empruntés au monde extérieur et choisis en détail par l'individu, afin de se constituer un abri qu'il édifie de toutes pièces.