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CHAPITRE IX

Faits de Propriété chez les Batraciens et les Reptiles

Les Batraciens et les Reptiles sont loin d'offrir des phénomènes aussi accusés que les Poissons. On retombe ici dans une industrie grossière, un acte de possession flottant et peu déterminé, présentés par les formes les plus basses. On est loin des faits que réalisent les sociétés d'Insectes. Les animaux que nous allons étudier présentent une réduction de la complexité des mœurs et de l'industrie qui se réfléchit d'une façon directe sur les faits de propriété auxquels ils peuvent donner lieu.

On peut cependant réunir des manifestations intéressantes; elles suffiront à montrer que les faits de propriété se réalisent dans toutes les classes du monde animal; qu'ils ont bien, par conséquent, ce caractère de généralité que nous avons pu dégager dès l'origine.

§ 1. — On rencontre tout d'abord une adaptation provisoire, l'utilisation Adaptation transitoire d'un abri. Parmi les Apodes, par exemple, les Cecilies se creusent Pulsation* dans les lieux sombres, humides, et parmi les marécages, des trous qui ont tr»n*m>ire de jusqu'à trois pieds de profondeur. Chez les Urodèles, une Salamandridée de l'Amérique du Nord, vit sous la terre comme une taupe et se creuse des galeries superficielles avec une très grande rapidité.

Chez les Anoures, on trouve des caractères plus accentués et des ten- Demeuro permadances sédentaires qui font, de l'abri qu'ils se construisent ou se choisissent, prièté' Mvidueue.

un véritable fait de propriété. Le Calamité creuse le sol à l'aide de ses pattes de devant. Il habite des trous qu'il pratique souvent à plus d'un mètre de hauteur, sur des parois à pic. Le Pélobate brun habite de même des cavités, qu'il se creuse dans les berges. Latastc, qui a particulièrement étudié la faune herpétologique de la France, dit que le crapaud vulgaire se creuse quelquefois un trou prolongé horizontalement sous le sol, à une petite profondeur. Mais il est lent, paresseux, et préfère le plus souvent s'emparer de la galerie d'un mulot ou d'un rat. Il se retire même au besoin sous une pierre, une souche, un tas de décombres. II ne s'éloigne jamais beaucoup de son terrier. Le mâle hiverne plus volontiers dans la vase, au fond des eaux; la femelle à terre, dans les trous des vieilles murailles ou sous les décombres. Le plus Demeure coiiec- souvent, l'animal hiverne en société ; il s'abrite contre le froid au moyen d'un nage.P°m "" Pcut mu1' en tcrrc Qu •' élève au devant de la cavité qu'il a choisie. Il réalise ainsi, pour une période transitoire, une forme de propriété collective, dépendant du groupe constitué pour l'hivernage, et qui prend cette forme dès qu'apparaît une tendance à l'association.

Suivant Hensel, le Cystignathe ocellé creuse, sur les rives des mares qu'il habite, des cavités delà grandeur d'une tasse ordinaire; ces cavités sont pratiquées sous des pierres, des troncs d'arbres renversés et pourris, et situées de telle sorte qu'elles puissent être inondées à l'époque des grandes pluies. L'animal y dépose son frai. Lorsque les marais se dessèchent, leur corps se couvre d'une sécrétion muqueuse abondante; ils se retirent dans leurs abris, au milieu des feuilles sèches, sous les troncs d'arbres, et s'y réunissent en grand nombre.

L'Alyte vit en colonies dans les vieilles carrières, les talus, le long des murailles, dans les vieilles constructions. « Il creuse, paraît-il, profondément le sol, dit Latastc, à l'aide de ses membres antérieurs; pour moi, je l'ai vu surtout habiter les trous qui se trouvent à la base des vieilles constructions. » Il y passe l'hiver et y reste caché tout le jour durant la belle saison. Forme indmdueiie Comme on le voit, aucun fait nouveau ni même saillant ne surgit de l'étude

et forme collective . T , , . , , . , ... . . .

de rabri chez les des Batraciens. L abri de 1 animal, lorsqu il est construit par lui, est grossier, comparable aux formes les plus simples qui ont été exposées plus haut. L'hivernage amène quelque tendance à l'association, et la prédominance de celle-ci provoque aussitôt, comme conséquence directe, un fait instinctif de propriété collective. Encore est-il transitoire, élémentaire; sa nature est très apparente et ne comporte aucune observation d'ordre spécial.

Propriété § 2. — Chez les Reptiles, les conditions de la propriété s'accusent davantage.

individuelle [ e Q-ota]e Durisse habite des terriers abandonnés ou dont il s'empare de vive

chez les Rep- '

«les. force. C'est ainsi qu'on le voit établi dans les cavités creusées par les chiens de

prairie, les écureuils terrestres, les rats, les souris, parfois les hirondelles de

rivage et certains oiseaux nocturnes. Du reste, le Durisse sait parfaitement se

creuser une repaire dans le sable ou dans la terre molle, à l'aide de sa tête

revêtue d'écaillés dures. Souvent, il se contente d'élargir un trou déjà fait. Nous

rencontrons de nouveau le choix d'une retraite protectrice et son accommodation

aux besoins de l'animal. L'occupation en détermine la possession et réalise un

de ces faits instinctifs de propriété que, dès les premières pages de cette étude,

j'ai eu l'occasion d'exposer.

Dans les pays où la période hivernale présente une assez grande différence Abris d'hivernage et demeures

de température relativement à la saison chaude, les serpents qui subissent ces collectives. conditions cherchent à s'abriter contre le froid. Toutes les espèces qui habitent la partie septentrionale de la zone tempérée hivernent. Au début de la mauvaise saison, elles se retirent dans de profondes retraites et y restent dans un état de complet engourdissement. Certains individus se réunissent pour passer l'hiver : on l'a observé pour les serpents à sonnettes, qu'on rencontre souvent enroulés par paquets. On l'observe encore pour les vipères de nos pays. « La Péliade, dit A. de Homeyer, hiverne en société. On trouve parfois jusqu'à quinze et même vingt-cinq individus rassemblés entre les racines de genévriers ou de bouleaux à demi vermoulus: ces animaux hivernent jusqu'au commencement du printemps. Le plus habituellement les bûcherons tombent sur ces repaires lorsqu'ils abattent les vieux arbres et ils ne manquent pas heureusement alors le détruire toute la nichée. »

Les faits de Propriété ainsi constitués prennent ailleurs un caractère de Demeure permapermanence qui leur donne une valeur plus précise. « On peut remarquer, dit Sauvage, que chaque saurien se choisit une résidence déterminée et une cachette dans laquelle il se retire toujours en cas de danger. Les espèces qui vivent dans l'eau ou sur les arbres ne font pas exception à cette règle d'ordre général. Quiconque a observé avec soin les varans aquatiques a pu remarquer qu'ils se rendent toujours à peu près à la même place pour se chauffer au soleil; tous ceux qui ont étudié les grandes espèces arboricoles ont pu s'assurer qu'elles ne quittent pas volontiers l'arbre sur lequel elles ont établi leur résidence habituelle. »

Quoique dépourvu de pattes, l'Orvet se creuse des galeries souterraines assez profondes. A l'approche des froids, il se retire dans son trou; il en ferme l'ouverture avec de la terre et de la mousse. « Les Lézards, dit encore Sauvage, choisissent pour résidence les tertres ensoleillés, les murs bien exposés au soleil, les tas de pierres, les racines des grands arbres, les haies, les buissons, les broussailles, les chemins herbeux situés à la lisière des bois. Ils se creusent un petit terrier ou utilisent quelque excavation; ils ne s'éloignent du reste jamais beaucoup de l'endroit où ils ont établi leur résidence; il est certain

nente.

Fie 42 — Famille de Caméléon groupée sur le buisson qui lui sert de demeure

qu'ils restent à peu près là où ils sont nés et qu'ils n'émigrent qu'en cas de nécessité absolue. » Cette tendance sédentaire donne au fait de propriété réalisé par la fabrication et l'occupation de l'abri un caractère de permanence qui ajoute encore à la netteté du phénomène: et même, il fait de la demeure le centre d'un territoire restreint, régulièrement exploité par l'animal, consti- De u demeure au

, . . , ... , , i ,.. i i ,< j , territoire de chasse.

tuant un véritable territoire de chasse, auquel s étend le caractère de la propriété.

Les Sceloporcs de l'Amérique centrale ne paraissent guère s'éloigner de leur retraite habituelle, consistant en de petites galeries souterraines situées parmi les rochers, ou bien à fleur de terre, parmi les herbes. L'Amblyrhinque terrestre se creuse aussi des terriers; le fouette-queue d'Egypte (Uromastix spinipes), lorsqu'il ne trouve pas à occuper quelque fente de rocher, se creuse dans le sable des excavations qu'il n'abandonne que durant peu d'heures, et dans lesquelles il se tient à l'abri du soleil. Certaines espèces africaines bouchent soigneusement avec du sable l'entrée de leur retraite lorsque le temps se met au froid. Ces tendances sédentaires conduisent les Caméléons à se grouper au nombre de trois à six sur le même buisson. Même tourmentés par la faim, ils n'abandonnent pas la plante qu'ils habitent. Celle-ci réalise, sinon une demeure, du moins une sorte de territoire de chasse dont l'animal ne franchit pas les limites, et l'on est amené à y voir une forme bien incertaine encore de propriété collective.

Lorsque les lézards ne pondent pas au fond de leurs terriers, ils fabriquent un abri pour leurs œufs, qu'ils abandonnent, du reste, comme l'iguane et le caméléon. On sait comment les crocodiliens se réunissent en bandes sur des idem de repos. bancs de sable, des berges où ils se reposent; ce sont des sortes de lieux de rendez-vous dont leur présence écarte les autres animaux, sauf certains oiseaux qui vivent en paix à côté d'eux.

Mais un fait de propriété, plus consolidé quoique momentané, surgit Nidification chez lorsque l'animal garde le nid. Cela se produit chez le Jacare, qui cache ses œufs sous des feuilles et les surveille du bord du lac ou du fleuve dans lequel il vit. Chez l'Alligator Mississipeusis, la femelle pond dans un épais fourré de broussailles ou de roseaux. Elle recouvre ses œufs de feuilles sèches et reste étendue au voisinage du nid qu'elle surveille. Elle le défend avec audace et se jette sur tous ceux qui en approchent. Le fait instinctif de propriété est ici placé, non pas dans la dépendance des mœurs et de l'industrie permanente de l'animal, mais dans la dépendance d'un phénomène transitoire, qui ne se répète qu'à des périodes déterminées. L'instinct familial, la tendance à la protection de l'espèce éveillent son industrie, réalisent un fait de propriété nettement accusée, âprement défendue. On retrouve ici certaines conditions que l'on a pu déjà observer chez les poissons.

les crocodiliens,

L'instinct maternel peut, du reste, ne pas se développer jusqu'au point de donner un fait de propriété qui soit dans sa dépendance. Chez les Crocodiles Américains, par exemple, la femelle dépose ses œufs dans des trous séparés. Elle revient vers la fin de la période d'incubation, appelle ses petits qui lui répondent et qu'elle aide à sortir de terre. Elle abandonne donc l'abri qu'elle a réservé aux œufs sans que, cependant, la mémoire ou la représentation des jeunes s'efface de son activité mentale. Le phénomène, psychologiquement complexe, n'a point réalisé cependant un fait de propriété.

Les conditions sont plus simples encore chez les tortues, qui sont pourtant les plus élevés des reptiles. Elles nidifient, abritent leurs œufs, soit en les enterrant dans le sable, qu'elles nivellent ensuite, soit en les recouvrant de feuilles sèches, dont la chaleur de fermentation hâtera l'éclosion. Mais elles les abandonnent toujours à leur destinée et ne font aucun effort pour veiller sur leur développement. De même, au point de vue d'un fait de propriété réalisé par la possession d'un abri, il n'y a guère à citer que la Tortue Polyphème, Demeure chez u de mœurs nocturnes, qui reste enfermée pendant le jour dans des trous très profonds, qu'elle creuse elle-même. Ce caractère de permanence fait défaut aux autres espèces; la recherche d'un abri, sa construction parfois, sont subordonnées aux besoins annuels de l'hivernage, et réalisent une forme encore inférieure et flottante de propriété individuelle.

On voit que l'ensemble des Reptiles n'offre pas des faits accentués et complexes. C'est seulement chez les Oiseaux que l'on arrive, pour les Vertébrés, à des associations et à des formes suffisamment évoluées pour qu'elles soient comparables à ce que le monde des Insectes avait déjà réalisé.

Tortue.

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