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Fig. 5i — Village de Manchots antarctiques (Pygoscelis antarctica)
espèces se creusent un trou pour y déposer leurs œufs. Elles choisissent à cet
effet un endroit plan, y tracent un espace qui prend la forme d'un carré, chaque
carré sert à la pose d'un nid. L'oiseau le creuse et pratique un nid, qui consiste
en un trou en forme de four de deux à trois pieds de profondeur. L'entrée en est
large, mais très basse; l'excavation est reliée aux souterrains voisins, de sorte
que l'on peut pénétrer dans la profondeur par les côtés. Des chemins particuliers
circulent autour de la place de couvaison, et ces chemins sont aussi aplanis et
unis que ceux de nos villes. Chaque couple qui possède un trou constitue une propriété fami-
famille et, en général, tous les oiseaux qui habitent la même place appartiennent p^",""1
à la même république ».
Organisation
sociale des
Manchots
antarctiques.
Propriété familiale au sein de la peuplade.
Séparation des jeunes au sein d la tribu.
Les Manchots antarctiques se séparent en deux espèces, dont les mœurs offrent des particularités du plus haut intérêt. Le Pygoscelis antarctica établit de véritables villages sur des plages inclinées, parsemées de rochers tombés du haut des falaises. Le sol est divisé en lots, sur chacun desquels est installée une famille composée du père, de la mère et de deux petits. Le nid est rond; c'est une aire, ayant comme fond le sol même; elle est limitée par un mur très bas, formé de petits cailloux mêlés parfois d'ossements d'oiseaux. Ce remblais est destiné à empêcher les œufs de rouler hors du nid. Les parents veillent sur les jeunes et s'en écartent à tour de rôle pour chercher leur nourriture. Autour de chaque nid, d'après Racovitza, qui les a bien observés, se trouve une zone constituant la propriété de chaque famille, séparée de la zone voisine par une limite idéale. Cependant, les Manchots ont la conscience très nette de l'étendue de leur domaine familial. La moindre infraction amène des querelles violentes. On a là un exemple de la propriété familiale fortement constituée autour du nid, intégrée dans la propriété collective du territoire sur lequel s'élève le village, et de cet autre territoire, plus indéterminé quant à ses limites, que l'oiseau exploite; tous deux réalisent la forme collective de la propriété comme une expression concrète et immédiate du groupement social.
Les mœurs sont différentes chez les Manchots papous (Pygoscelis papua), espèce voisine de la première, mais plus grande de taille. Racovitza évalue à une dizaine de mille le nombre des individus composant les villages qu'il a observés.
Les nids de cette espèce sont pareils à ceux des Manchots antarctiques. Mais, lorsque les œufs ont été couvés, les jeunes ne restent pas répartis entre les nids paternels; ils sont groupés à la partie centrale du village, au sein d'un espace déterminé dans lequel ils sont surveillés par des adultes qui se relaient de temps en temps. Cependant, ce sont le mâle et la femelle de chaque famille qui viennent y nourrir leurs jeunes; les adultes chargés de la garde ne prennent aucune part à l'élevage. Ici la propriété familiale ne se constitue pas avec ses limites précises, autour du nid dans lequel les parents restent cantonnés ainsi que leurs jeunes. Ceux-ci sont réunis en un groupe isolé au sein de la peuplade, placés sous la surveillance des adultes, dételle sorte que leur éducation devient, en partie, collective. Cette même prédominance de l'organisation collective se marque dans la forme de la propriété portant ici non point sur un territoire délimité autour des nids, différencié au sein du territoire total, mais sur ce territoire total lui-même qui s'adapte ainsi à l'organisation collective de la tribu.
Ce cantonnement des jeunes au sein de la tribu rappelle ce qui a été exposé plus haut relativement aux Manchots arctiques, où la structure du
groupe apparaissait sous des termes plus complexes et plus précis. Si donc,
nous cherchons à résoudre l'ensemble de ces observations, nous devons y
constater la forme collective de la propriété, contenant des séries de formes u forme »um-
particuliéres et apparaissant comme un aboutissement de la nidification en ^tetitdSe's
colonie. Non seulement on y trouve un territoire collectif approprié par des J°ref°rmes particu"
chemins et travaillé de telle sorte qu'il constitue une propriété de fait dans
laquelle le groupe entier intervient, mais encore il est divisé en une série de
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Fig. 52 — Village de Manchots papous (Pygoscelis papua)
propriétés territoriales collectives, où se cantonnent des sous-groupes formés d'adultes, de femelles libres, de femelles couveuses, de jeunes. La propriété de chacun de ces sous-groupes est si bien déterminée, que chacun la défend sans hésitation contre tout individu qui tenterait d'enfreindre la coutume. On trouve ici la confirmation de cette conclusion à laquelle nous amenait l'étude du territoire de chasse chez les oiseaux : à savoir que le droit eoutumier
Droit eoutumier chez l'animal,
surgit, réalisé par l'animal, bien avant la constitution des sociétés humaines primitives. La seule différence que l'on y pourrait établir, consiste dans la présence du langage qui, chez ces dernières, fixe le droit coutumier par la tradition parlée.
composition et non D'autre part, au sein de ces formes de propriété collective, il est extrê-
fomes'fcmiEaL et mement intéressant de voir persister des formes familiales de propriété, lorsque collective. je C0Upie possède autour du nid un domaine qui lui est réservé. Nous voyons
se consolider une constitution sociale qui n'efface point les dernières de ces formes au profit des premières. Elles ne se réalisent plus dans un balancement alternatif qui va de la peuplade à la famille, suivant la saison et la prédominance des sentiments qu'elle éveille. Ceux-ci provoquent des formes diverses, mais elles restent intégrées au groupe social; elles se surajoutent comme des stratifications qui rappellent chacune un état de la vie et de la structure des sociétés animales, se réfléchissant en faits de propriété. C'est ainsi que nous voyons la propriété familiale, la propriété de groupes plus étendus, puis la propriété collective de la société entière, s'échelonner pour former une organisation sociale essentiellement comparable aux sociétés humaines primitives.
phénomènes § <*. — Si nous passons maintenant à un autre ordre de phénomènes,
de propriété nous verrons comment cette gradation insensible se réalise et nous serons
réalisés par la
demeure. ramenés à des faits aussi éloquents que ceux que nous venons d'étudier. Nous retrouverons la société organisée avec une hiérarchie complexe, pour la première fois apparue; nous verrons les diverses formes de propriétés, depuis la propriété individuelle qui réfléchit l'isolement farouche du chasseur jusqu'à la propriété collective que réalise la tendance associative, s'intégrer dans une organisation précise d'où surgit une société. Les voies diverses dans lesquelles nous aurons étudié les faits de propriété chez l'oiseau, nous conduiront à une conclusion identique et particulièrement remarquable.
Un caractère important au point de vue de la propriété de la demeure, c'est sa permanence. On a pu voir plus haut des exemples nombreux montrant les oiseaux revenant périodiquement à leur nid, le réparant, l'occupant à la saison des amours durant une longue suite d'années. Mais cette demeure est transitoire; elle est directement employée dans le but de la ponte et de la couvée. Elle se constitue sous l'impérieuse prédominance des sentiments familiaux. Il serait intéressant de savoir si nous rencontrerons chez les oiseaux une demeure permanente, dépendant des conditions générales de la vie et non plus d'une période et d'un groupe de sentiments bien déterminés.
Je pourrais déjà renvoyer à certains exemples cités plus haut pour d'autres caractères; on trouverait aussi cet établissement permanent sur un territoire
déterminé chez les manchots dont je viens de parler, mais il sera bon de fixer le phénomène pour lui-même et dans une argumentation plus précise.
La demeure pourra être plus ou moins nettement réalisée. Sous sa forme Définition de u la plus simple, ce sera un lieu précis, limité, auquel soit l'individu, soit la bande, feront retour chaque jour, afin d'y passer les heures de la nuit et quelquefois, dans la journée, celles du repos. Lorsque cette demeure n'est plus constituée par un lieu naturel, mais par une construction due à l'industrie de l'animal. -ou bien par l'adaptation d'un abri naturel, elle sera d'un caractère plus ferme et plus consolidé. Quand, enfin, recevant cette empreinte de l'industrie de l'animal, elle est utilisée par un groupe dont les conditions d'association sont plus ou moins complexes, elle conduit à des formes intéressantes dont ce que l'on vient de voir à propos des manchots peut donner une idée.
Nous avons vu que les moineaux domestiques se construisaient de véritables Demi ures d'hiver. demeures d'hiver. Les Lagopèdes des Alpes font de même, ils se creusent des trous dans la neige et y accumulent même des provisions. Kruper observa l'une de ces demeures : c'était une cavité remplie de feuilles et d'herbes.
Parmi les Ibidés qui nichent et voyagent en commun et dont les bandes Lieux de repos et ne se séparent même pas dans leurs quartiers d'hiver, les Falcinelles choisissent ™™% Per" une place de repos pour la nuit et, une fois choisie, y demeurent fidèles. Bullok raconte que certains Colibris prennent possession d'un arbre, attaquent avec furie tous les autres oiseaux, fussent-ils beaucoup plus gros qu'eux, et les mettent en fuite. Sur le continent, les Cormorans choisissent un arbre pour passer la nuit. C'est sur ce même arbre qu'ils établissent plus tard leurs nids. En mer, -ils choisissent des îles rocheuses. Dans les deux cas, l'occupation permanente de la demeure est particulièrement accentuée. Un Passereau, le Bec-croisé, forme des bandes qui ne se rompent jamais, même pendant la saison des amours. Elles se rassemblent tous les soirs à des endroits qu'elles ont définitivement choisis et qui restent les mêmes. Les Cotyles de rivage creusent des trous profonds au niveau des plus hautes eaux, dans des parois «à pic. Elles y vivent en colonie, ne se séparent même pas pour chasser et ne s'éloignent guère de leurs demeures. Les Gaves habitent les crevasses" de rochers, se défendent en commun contre les oiseaux de proie, vivent dans l'union la plus parfaite, même durant la saison des amours. Les Chocards nichent en commun dans les crevasses des rochers; ils habitent la même grotte pendant plusieurs générations.
xv Les Grimpeurs, dit Brehm, vivent dans une demeure, tout comme les mammifères dans leurs terriers ou leurs tanières: et pour que cette demeure leur convienne, il faut qu'elle ait été aménagée soit par eux-mêmes, soit par un de leurs semblables. Plus un Grimpeur est voisin du type de l'ordre, plus
il est fidèle à sa demeure. » D'après Hochstctter, les Aptéryx sont nocturnes. Le jour, ils restent cachés dans des trous creusés en terre, de préférence sous les racines des grands arbres; ils n'en sortent que la nuit, pour chercher leur nourriture.
Propriété coiiec- Ces quelques exemples montrent suffisamment la permanence de la demeure
diviiuei^dt'u de- cncz certains oiseaux et, par conséquent, la permanence des faits de propriété meur6, qui en résultent. Lorsque la demeure est constituée par un arbre ou une place
de repos auxquels la peuplade revient chaque nuit et auxquels elle reste fidèle, la demeure constitue une propriété collective, une propriété de l'association, dans laquelle les éléments individuels n'interviennent pas à titre particulier. Ils interviennent dès que chaque oiseau ou chaque couple occupe un trou creusé par son industrie ou bien une crevasse dont il s'empare et qu'il habite. Alors la propriété, quelquefois individuelle, la plupart du temps familiale, car les oiseaux l'occupent par paires ou par familles, s'intègre à l'association plus vaste, à la peuplade qui lui reste surajoutée. On a les deux phénomènes, suivant la saison, chez les Cormorans. Tant qu'ils occupent un arbre ou un rocher sur lequel ils se retirent chaque soir, cet arbre ou ce rocher constituent la propriété collective du groupe, mais dès que vient la saison des amours et que chaque paire construit son nid. la propriété familiale se constitue au sein de la propriété collective qui n'est pas détruite, puisque le groupe se maintient et habite le même lieu.
Enfin, chez les Aptéryx, mais surtout chez les Grimpeurs, la demeure, quoique supérieure en industrie, reste inférieure au point de vue social. Les Grimpeurs vivent quelquefois seuls, souvent par paires, sur des arbres bien déterminés, auxquels ils restent fidèles, et qui sont, en somme, un territoire de chasse. Le trou qu'ils s'y pratiquent et qu'ils habitent d'une façon permanente est une propriété individuelle dans le premier cas, familiale dans le second. Jamais cette propriété ne prend la forme collective, puisque les Grimpeurs vivent tout au plus par couple et chassent leurs semblables qui voudraient s'établir sur les arbres qu'ils habitent. Dans le premier groupe de faits, nous étions amenés à une organisation sociale déjà complexe; dans le second, l'organisation ne s'élève point au-dessus du plan familial. La forme de la propriété est le reflet direct des mœurs des espèces qui rentrent dans l'une ou l'autre catégorie.
intégration Certains faits nous conduisent à des formes plus complexes où nous
dividueiie "t trouverons les propriétés individuelle, familiale et collective surajoutées et familiale à la intégrées toutes trois dans une même organisation sociale. Ici encore les carac-
forme collée- °
tivedeiaPro- tères se déterminent peu à peu : quelques exemples vont le démontrer aussitôt.
Souvent le Troglodyte mignon construit plus de nids qu'il ne lui en faut
pour ses pontes. Ce sont non seulement les individus accouplés qui agissent
ainsi, mais encore les mâles célibataires qui se font des sortes de nids de plaisance. Tandis que les premiers réalisent un fait de propriété familiale, les seconds réalisent un fait de propriété individuelle. Ces nids ne sont pas abandonnés lorsque cesse la saison des amours. Les oiseaux, en effet, viennent y passer la nuit et non seulement les parents, mais aussi toute la famille.
En dehors de la période des amours, les Perroquets vivent en société très nombreuses. Souvent, du reste, les paires nichent les unes à côté des autres Propriétè coUeotive et la bande ne se dissout pas. En tout cas, ils se choisissent une demeure dans un endroit de la forêt et en partent chaque jour pour entreprendre leurs excursions. La constitution de la peuplade est déjà complexe. Ils partagent en commun la bonne comme la mauvaise fortune, placent des sentinelles pour veiller au salut de la bande lorsqu'ils s'abattent sur un arbre ou sur un champ pour le piller. Ils se soutiennent l'un l'autre en cas de danger, reviennent tous fidèlement chaque soir à la place qui leur sert d'abri : c'est tantôt la cîme d'un arbre, tantôt un arbre creux, tantôt une paroi rocheuse et crevassée. « La Perruche de l'Amérique du Nord, conurus carolinensis, dit Audubon, se loge dans le creux d'un arbre ou dans le nid d'un grand pic abandonné par son propriétaire. Au crépuscule, on peut voir des bandes de ces perroquets se rassembler autour des vieux sycomores ou d'autres arbres creux. Ils se massent à l'entrée de la cavité et, l'un après l'autre, y pénètrent. La place est-elle insuffisante, ceux qui n'ont pu entrer se suspendent autour ue l'ouverture avec leurs pattes et leur bec ».
Dans les forêts, les Perroquets recherchent de grands arbres dont le tronc ou les branches sont creusés en plusieurs endroits. En Afrique, ils nichent de préférence sur les Adansonias, dans les trous plutôt que sur les branches, quand l'arbre est hors de la forêt. S'ils ne trouvent pas un abri préparé soit par un pic, soit par le hasard, ils rongent eux-mêmes l'arbre à l'aide de leur bec et font un trou qu'ils garnissent de copeaux.
Tous ces faits montrent l'occupation permanente d'une demeure, qui reste une propriété collective, même dans ses détails, puisque les perroquets entrent en troupes dans les trous qu'ils habitent. Certaines espèces présentent cette Propriété familiale prédominance alternée de la forme familiale et de la peuplade dont nous avons ™J°m " a peu eu précédemment de nombreux exemples. Mais les espèces qui forment de grandes bandes nichent en commun, les paires s'établissant les unes près des autres. Poeppig décrit ainsi une colonie de Perroquets du Chili surprise dans son lieu de nidification : « de toutes les crevasses du' rocher sortent des têtes de Perroquets. Chaque ouverture est celle d'un nid que son propriétaire a creusé dans des couches de marne qui séparent les assises rocheuses, et souvent, on en compte plusieurs centaines. Mais toujours, ces colonies sont à l'abri des incursions des carnassiers ».
INSTITUTS SOLVàY (SOCIOLOGIE) 17
Fig. 53 — Nids de Baltimore vulgaire
On peut voir que les Perroquets réalisent une propriété collective de la demeure dans laquelle vient s'intégrer la propriété familiale lorsque, comme chez certaines espèces, la peuplade ne se rompt point à la saison des amours. On peut observer aussi chez eux une consolidation évidente de l'association. Des formes intermédiaires mèneront jusqu'aux réalisations complexes et supérieures de certains Plocéidés.
Chez les Coracirostres, la propriété familiale se constitue aussi au moment des amours, au sein de la propriété collective. Ils vivent en troupes, mais l'individu garde une certaine indépendance dans la communauté. La nidification ne rompt pas la bande. Plusieurs espèces forment même des colonies pendant leur reproduction. Le choix des matériaux et des emplacements donne lieu à des vols, à des disputes; mais une fois le nid construit, la paix renaît au sein du groupe.
Les Baltimores sont très communs dans certaines localités des Etats méridionaux de l'Amérique du Nord. Leur nid varie dans sa construction et dans le choix des matériaux suivant que les régions qu'ils habitent sont plus ou moins chaudes. Les jeunes restent autour des parents durant une certaine période après qu'ils ont pris leur essort. Ainsi se constituent des groupes familiaux autour des demeures construites dans les lieux de nidification.
Une espèce de Penthéries que Heuglin a observée dans le pays des Bogos, Propriété indinniche en août et en septembre. Elle se construit de grands nids profonds, iafamiiie. formés de chaume, dont l'ouverture en forme de couloir est dirigée en bas et, parfois, recouverte d'un petit toit. Près du nid de la femelle, est le nid du mâle. 11 a toujours deux couloirs au lieu d'un, s'ouvrant par en bas. Ici donc, la propriété individuelle n'est pas absorbée par la constitution de la famille, mais elle persiste et s'affirme dans la réalisation de deux demeures dont l'une est destinée à la mère et à ses petits, l'autre à l'individu mâle. C'est encore une fois un phénomène de transition. Que plusieurs familles se groupent sur un plan semblable, qu'une association se constitue et l'on aura une superposition de la propriété individuelle, familiale et collective, telle que les Plocéidés vont la réaliser.
Les Tisserins, vivant en bandes, habitent sur un arbre qui constitue leur organisation de lieu de repos et prend la forme d'une propriété collective. Le groupe ne se 'a peupla<k dissout pas lorsque vient la saison des amours, mais la propriété familiale se realise. En effet, ils construisent des nids qu'ils suspendent à l'extrémité d'un rameau long et flexible. « L'activité, dit Brehm, est considérable dans la colonie pendant que les femelles couvent et plus encore pendant que les jeunes se développent. Les parents arrivent l'un après l'autre et, de minute en minute, se suspendent au nid, y pénètrent pour donner à manger aux petits affamés. Les nids, serres les uns contre les autres, donnent à l'arbre
l'aspect d'une ruche d'abeilles. Des oiseaux y arrivent, d'autres en partent sans cesse; c'est, en un mot, un va-et-vient continuel. » On voit combien la propriété familiale est intégrée ici à la propriété collective du groupe. Les nids serrés, les uns contre les autres, forment une masse unique; que l'industrie de l'animal y ajoute une protection commune, comme le Républicain,
Fig. 54 — Nid de Tisserin à tête d'or
et l'organisation collective prend une forme plus apparente encore, consolidée et complexe, dans laquelle nous allons voir se stratifier les diverses formes de propriété.
colonies de pio- Tous les Plocéidés sont du reste remarquables par leur instinct social.
céidés.
« Partout, dit Brehm, ils forment des colonies. Après lepoque des amours, ils se réunissent par grandes bandes, souvent de plusieurs milliers d'individus. Ils errent longtemps dans la contrée, muent, puis reviennent à l'arbre qui a été le berceau de leurs petits, ou, du moins, dans son voisinage. Là règne alors pendant plusieurs mois, une grande activité ; la construction des nids demande beaucoup de temps et ces oiseaux sont si capricieux que, souvent, ils détruisent un nid à peine terminé pour en commencer un autre. » Ces
Fig. 55 — Nids de Tisserins loriot (La gravure montre les oiseaux se défendant contre l'attaque d'un Cercopithèque)
colonies de Plocéidés pourraient être regardées comme caractéristiques pour l'intérieur de l'Afrique. Elles donnent aux arbres une physionomie toute particulière. Les oiseaux nichent toujours en grande société : un seul nid sur un arbre est une chose excessivement rare; on en trouve d'ordinaire vingt, trente: il y a des arbres qui en sont entièrement couverts. Ces constructions sont assez solides pour résister pendant des années au vent et à la pluie; il en résulte que, sur un même arbre, à côté de la colonie actuelle, on
Propriété individuelle au sein de la famille et du groupe social.
Abri commun et propriété collective.
Propriété familiale au sein de la propriété collective.
rencontre encore les demeures de trois ou quatre générations précédentes. Ces nids sont des constructions très artistiques. Leur forme, leur position varie beaucoup. Parfois, le mâle se fait un nid où il demeure pendant que la femelle est en train de couver. Certaines espèces construisent les leurs tellement près les uns des autres, que le tout ensemble ne paraît constituer qu'un seul édifice. D'autres font de grands nids comprenant trois, quatre chambres. La plupart de ces nids servent de berceau aux jeunes ou de chambres de repos et de chant au mâle.
Un Plocéidé, le Républicain social (Philetœrus Socius), présente des mœurs particulièrement remarquables. Ces animaux habitent à huit cent ou mille
sous un toit commun, qui recouvre, comme un toit de chaume, une branche et ses rameaux. Il déborde les nids qui pendent au-dessous, de telle façon qu'aucun serpent ou carnassier n'y pourrait parvenir. « Ces oiseaux, dit W. Paterson, rivalisent d'industrie avec les abeilles. Ils sont tout le jour occupés à la recherche de l'herbe qui forme la partie essentielle de leur construction, à agrandir et à parfaire celle-ci. Chaque année, ils bâtissent de nouveaux nids, de telle sorte que l'arbre ploie sous le faix de cette cité aérienne. Au-dessous du toit, se trouve une masse d'ouvertures conduisant chacune à un couloir sur les côtés duquel sont disposés les nids à 6 centimètres environ l'un de l'autre. »
D'après A. Smith, « chaque paire construit son nid particulier, mais si près de celui de ses voisines que, lorsque le tout est achevé, on croirait voir un seul nid recouvert d'un immense toit, et offrant à sa face intérieure une infinité de trous ronds. Ces nids ne servent pas à deux couvées ; les oiseaux en construisent de nouveaux au-dessous des premiers, de telle sorte qu'ils soient recouverts par le toit et par les anciens nids. Ainsi la construction augmente d'étendue jusqu'à ce que son poids amène la chute de la branche. » Il semble qu'il y ait plusieurs femelles pour un mâle. Tous ces faits montrent la consolidation du groupement et en même temps la diversité et le libre jeu des éléments sur lesquels il s'appuie. Nous trouvons, au sein du groupe, d'abord la propriété individuelle constituée
Fig. 56 - Nid de Plocéidé