SCÈNE XIV
FRANTZIA, FRÉDÉRIQUE.
FRÉDÉRIQUE, sWyanl.
Vous avez l'agrément de ma mère, Frantzia, c'est beaucoup.
KJlANTZiA.
Il me reste à obtenir le votre, mademoiselle.
Frédérique.
Et celui d’une autre personne dont je dépends un peu.
FRANTZIA,
Une parente, sans doute ?
FRÉDÉRIQUE
Non, un mari.
FRANTZIA, Jflstl nn cri M l'aiirrui à U UtiW.
Un mari ? Vous êtes mariée. Ah ! je respire.
FRÉDÉRIQUE
Que signifie? que redoutiez-vous donc pour moi?
FRANTZIA.
Oh I ne me le demandez pas, madame, c'était une folle teneur. Mais inc voilà rassurée : vous êtes mariée! Si depuis trois semaines il a lait sa demeure de votre maison, ce n'esl pas, ce ne peut pas être dans le désir de vous plaire : vous êtes mariée!
FRÉDÉRIQUE, te levai.
Trois semaines ! il s'agit de monsieur le comte d'Àlbaret !
FRANTZIA.
De lui ou de tout autre, qu'importe?
FRÉDÉRIQUE
D'où connaissez-vous monsieur d'Albaret?
FRANTZIA, avec cmtarra*.
Moi... je... (se reniciutii.) Je ne le connais que par une personne...
FRÉDÉRIQUE
Parlez donc.
FRANTZIA.
Une femme qui habitait comme moi l'hôtellerie où monsieur d'Albaret est descendu en arrivant k la Haye.
FRÉDÉRIQUE
Assez ! assez 1 je comprends, je sais de quelle femme vous voulez parler.
FRANTZIA.
Vous savez...
FRÉDÉRIQUE
Oui.
FRANTZIA.
Mais comment? par qui?
FRÉDÉRIQUE
Par monsieur d'Albaret lui-même.
FRANTZIA, hv-i'im*.
Ali ! il vous a pailé de cette femme ?
FRÉDÉRIQUE
Pour me dire que ma jalousie s'alarmerait à tort, pour s'accuser d’une erreur de Son esprit, d'une défaillance de son emur, et ]K>ur inc jurer à genoux que jamais ce coeur n’avait cessé de m’appartenir.
A vous? Mais il vous aime donc?
FRÉDÉRIQUE
Depuis deux ans.
- FRANTZIA.
Deux aus!
FRÉDÉRIQUE
Et si je l’appelle déjà mon mari, c'est que notre contrat sera signé aujourd’hui même.
Frantzia, •»« force.
Aujourd’hui !
FRÉDÉRIQUE
Mais ne tremblez donc pas ainsi, mademoiselle.
FRANTZIA, écrasée.
Votre mari, lui, lui !
FRÉDÉRIQUE
Cette femme, je le vois, vous a peint monsieur d’Albaret sous d’odieuses couleurs.
FRANTZIA, avec cwrilr.
Oui ! oui 1
FRÉDÉRIQUE
Oh ! ne tremblez pas pour mon bonheur, cette femme n'a rien de redoutable pour moi ; elle a calomnié Horace a vos yeux, je le vois bien à votre effroi. Sachez donc...
FRANTZIA, riDUnowfunt.
Mademoiselle, songez à qui vous allez (varier.
FRÉDÉRIQUE
Que m'importe votre condition ! il sera mon mari, et depuis les plus nobles, qui sont ses égaux, jusqu'aux plus humbles, appelés comme vous à le servir, je veux que tout le monde l'estime et le respecte.
-FRANTZIA, à part.
J’entendrai jusqu'au bout.
FRÉDÉRIQUE
Ce que cette femme n’a pas osé vous dire, à vous, c'est la ruse coupable qu'elle a employée pour attirer les regards d’un homme qui ne la connaissait pas, qui ne l’avait jamais vue, cl dont le coeur était plein de l'image d’une autre.
FRANTZIA.
Quoi ! celle malheureuse, il ne l’a pas aimée, même un jour?
FRÉDÉRIQUE
Pas un jour, car depuis deux ans, monsieur d'Albaret m’est resté fidèle, à moi qu'il n'avait fait qu’entrevoir, à moi dont il ne connaissait pas n terne le nom, à moi qu'il croyait à jamais perdue pour lui.
FRANTZIA, à part.
Oh! je ne croyais pas qu'un pût tant souffrir I
FRÉDÉRIQUE
Qu'ose-t-ellc donc lui reprocher? lui a-t-il fait une promesse, lui, Je loyal gentilhomme dont la franchise, loin d’épouvanter celte aventurière, n’a fait qu'exciter son orgueil blessé, que stimuler sa cupidité? Fm.uk*.) Oui ! et
le comte en a bien jugé ainsi, puisqu’on lui écrivant qu'ils ne devaient plus se revoir, il lui a envoyé...
FRANTZIA, ri-ortnr.
De l'argent I c'est vrai ! il lui a envoyé de l'argent!
FRÉDÉRIQUE
Ah! vousvoyez bien qu’il ne m’a pas menti, vous voyez bien qu’il la méprisait et que j'ai pu lui pardonner sans faiblesse.
FRANTZIA, i part.
Je ne pardonnerai pas, moi.