‹ Les orphelines de la Charité drame en cinq actesChapitre 73 sur 87 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

FRANTZIA, pni« PAVILLON.

FRANTZIA.

Quel regard de mépris il a jeté sur moi ! « Elle tentera, me disait-on, de le décider à vous rendre l'honneur, de renoncer à son amour pour elle, » cl je la trouve dans ses bras !. Oh ! je me vengerai d'eux tous... (ravin** rentre par te fond) d'elle, surtout, qu'il aime alitant qu'il me hait...

(Ella marche v*r» la chambre de Frédérique.)

l’A VILLON , *• pliyant devant elle.

C'est donc bien bon, manuelle, de faire du mal aux gens?

FUANTZIA.

Que me voulez-vous encore?

PAVILLON

Je veux vous donner un conseil, dont vous vous moquerez d'abord, et qui vous fera rire, mais «pie vous écouterez ensuite, et qui vous fera pleurer.

FRANTZIA.

Moi ! un conseil !

PAVILLON

C’est d’êlre bonne, madoinni selle.

FRANTZIA, r'uaU

Bonne!... Ah! ah!

PAVILLON

Voilà que vous riez, je l’avais dit; mais, ce n'est pas tout, je vous conseille aussi de renoncer à monsieur Horace cl de nous aider à le sauver.

FRANTZIA.

Vous êtes fou!

Vous vous moquez de moi, je l’avais dit encore; nous allons voir la suite : Vous savez, depuis tantôt, que Yolande Brüuner a écrit à votre mère que vous étiez morte, n'est-ce pas?

FRANTZIA.

Oui.

PAVILLON

Mais ce que vous ne savez pas, c'est le nom de votre mère.

FRANTZIA.

Vous le savez, vous?

PAVILLON

Depuis dix jours la lettre de Yolande est entre mes mains, la voilà.

FRANTZIA.

Ah t

PAVILLON

Tenez, lisez.

FRANTZIA, t»»l cm lisse».

Mortel... oui... oui... elle lui disait que j'étais morte.

PAVILLON

A présent, regardez l'adresse.

FRANTZIA.

Claire Van Hoël. (a p*»iii©n.) Claire Van Hoél?

Aujourd’hui, madame Van Delberg.

FRANTZIA, bots d’eUe-mtoc.

Elle?... elle?... ma mère?...

pavillon.

Oui, votre merci... et mademoiselle Frédérique est votre sœur.

* FRANTZIA, ptccreit.

Ma mère... ma sœur... Comment, moi, Frantzia, j'ai une mère... mol, que je croyais maudite de Dieu, déshéritée de toute allëclion dans ce monde... j'ai une mère!... moi, que je croyais condamnée à vivre seule, dédaignée, méprisée, sans appui dans ma faiblesse, sans consolation dans la douleur, j’ai une mère... j'ai une mère!...

(Elle tombe, épuisée, sur le siège à gaockc >le la table, et la tète dans se» mains, ellr sanglote.)

PAVILLON

Lftt... vous pleurez l... qu'est-ce que j’avais dit encore? Mais ce secret doit mourir avec voua... car Claire Van Hoël est mariée, à présent.

FRANTZIA, *• Isvsel et latsut ta lettre tue la table.

Oui, oui... je me tairai, mais je pourrai l'adorer en secret. Ah ! mon Dieu! comme je vais l’aimer, ma mère!

(Elle paaie à droite.)

PAVILLON

Allons donc!...

FRANTZIA.

Et vous, monsieur, que de reconnaissance je vous dois... D’un mot, vous avez changé tout mon être ! je ne me reconnais plus : j’intemige mes souvenirs; il me semble que je n’ai jamais eu d'ennemis, que je n’ai jamais subi ni mépris , ni outrage; j’interroge mon cœur, et je n'y retrouve ni Colère, ni haine : j’ai une mère... j'ai une mère!...

(Elle passe à gauche.)

PAVILLON

N’est-ce pas que c'est bon d'ôtre bonne? mais à présent, cachez bien cette lettre, mademoiselle ; vous ne pourriez la montrer à votre mère, sans dire de qui vous la lonez... faut pas faire rougir votre mère devant moi.

FRANTZJA, n-pceoant la letUe Mr U la Me.

Oh! non! non!... mais elle ne saura donc jamais que je suis sa fille !...

pavillon.

Mais si fait! puisque cette déclaration de Yolande Brüuner a suffi pour m'éclairer, moi, madame Van Delberg a bien dû reconnaître en vous son enfant...

FRANTZIA.

Oui, oui, vous avez raison. Elle sait tout, mais elle ne peut pas me dire: Je suis ta mère, ù moi qui les ai maudites.

(Elle pleure sur l'épaule de Pavillon, qui l'attire doucement vers le siège oh s’est assis Horace, et l’assied en «agenouillent.)

PAVILLON

Allons, allons, calmez-vous... Si madame Van Delberg ne peut pas vous aimer tout de suite. , eh bien! vous l'aimerez, vous, de loin et en dedans ! Quand elles sortiront, vous vous

placerez sur leur passa pi*. u tau.) Vous vou- direz; .

c'est ma rom*, c'est nia sœur! et peut-être que plus tard, h force de vous voir, ça attendrira le cœur que vous avez blessé, et que votre mère sentira le besoin de vous jeter en passant un f ctit regard moins sévère... *■** Ur»<**.) Et unis, plus

tard encore, un petit sourire... Et peut-être bien qu’un jour elle arrivera dans votre thambrcUe... en vous ouvrant ses tiras et en vous disant : Je te pardonne, ma fille, je te pardonne!

FRANTZIA.

Ah! merci, merci à vous, qui me rendez une famille, à vous qui avez de si bonnes paroles pour moi.

VA VILLON, Mugiouol.

Faut pas pleurer, faut pas pleurer... Vli votre mère et votre saur qui viennent, vous ne les avez pas habituées à voir de l’eau dans vos yeux, ça les surprendrait trop.

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