Cornil et Ranvier : Manuel d'histologie pathol. I
dues
Cette distinction nous paraît très judicieuse, car malgré l'avis de Berlin (1) et de Wecker (2) qui disent que les ostéomes spongieux ou médullaires seuls sont pourvus de vaisseaux et des espaces médullaires, on trouve dans des ostéomes durs les uns et les autres.
Par conséquent, nous tiendrons compte des constatations si importantes de MM. Cornil et Ranvier et nous diviserons les ostéomes au point de vue de leur structure en trois variétés.
Première vartété. — Elle est constituée par les ostéomes éburnés ou, comme les affectent certains auteurs, éburnéomes. Au point de vue macroscopique ils se présentent sous la forme d’une masse osseuse ayant la consistance et l’aspect de livoire. Au microscope on n’y trouve qu’une stratification concentrique de larges bandes osseuses sans aucune ébauche de canalicules de Havers, sans vaisseaux et renfermant seulement des ostéoblastes inclus dans l’osséine. Ces stratifications sont souvent ondulées.
Quelquefois au lieu d’être concentriques elles s’irradient du centre à la périphérie. Ces deux types peuvent se combiner.
Les autres traits caractéristiques des éburnéomes sont : leur coloration blanc jaunâtre et leur dureté qui a défié à plusieurs reprises toute tentative cpératoire.
Deuxième vartété. — Les ostéomes de cette variété appartiennent aux ostéomes compactes. On y retrouve déjà le système de Havers ; le diamètre de ces canalicules est moindre que dans l'os ordinaire. Les cercles concentriques existent et sont même très développés. Le canal central est
considérablement rétréci.
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de Taranto 3
Ces deux variétés n’ont pas été suffisamment différenciées par les auteurs, Au contraire elles ont été bien souvent confondues. Parfois la structure d’un ostéome est nettement celle de la deuxième variété, malgré cela il est décrit sous le nom « d’éburné » (Duvic….. etc). Il n’y a là d’ailleurs rien d'étonnant, la consistance étant la même et leurs structures présentant beaucoup de caractères communs.
A cause de cette confusion ilest difficile de donner une statistique précise des ostéomes éburnés et compactes. Mais d'autre part on peut facilement opposer ces deux variétés à la troisième (dont nous allons nous occuper) et dire que la plupart, c’est-à-dire les quatre cinquièmes, appartiennent aux deux premières variétés et un cinquième à la dernière.
Troisième variété. — Cest celle des ostéomes spongieux. Leur structure se rapproche de celle des os du même genre. Îls présentent le plus souvent une coque éburnée dont lépaisseur est très variable. Dans les cas de Birkett et de Banga elle est réduite à des lamelles éburnées éparses de tous côtés à la surface de lostéome. De la face interne de cette coque osseuse s'irradient, en convergeant vers le centre, une série d’aiguilles osseuses que circonscrivent des espaces réguliers occupés par un véritable tissu médullaire.
Certains auteurs parlent d’ostéomes kystiques et en font une variété spéciale. Les kystes n'étant qu’un épiphénomène de lostéome et d'autre part les ostéomes kystiques appartenant toujours à une des variétés sus-nommées (Luc, Knapp, Mitvalsky, ostéomes éburnés) nous ne voyons pas la raison de compliqur la classification.
Nous dirons la même chose à propos des ostéomes dépourvus de la coque éburnée et appelés par certains savants
« exosloses » ou « hypérostoses », Comme ils présentent tous
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les caractères communs aux ostéomes spongièeux, comme ils provoquent les mêmes symptomes et qu'ils se développent en dehors de toute action inflammatoire ou spécifique, nous les faisons rentrer dans le cadre de la troisième variété.
Cest à dessein que nous insistons sur ce fait, parce qu’on a voulu attribuer à la troisième variété des ostéomes une origine spéciale. Les ostéomes spongieux, prétendent quelques chirurgiens et ophtalmoloques, sont des exostoses dues au traumatisme. Nous avons démontré dans un autre chapitre combien cette théorie soutenue surtout par M. de Wecker est dénuée de fondement. Dans la grande majorité des cas où le traumatisme a pu exercer quelque influence, les ostéomes étaient éburnés. Au contraire, là où il n’y avait aucun (raumatisme, par exemple dans le cas de Sgrosso, on rencontrait des ostéomes spongieux et même dépourvus de la coque.
Bornhaupt prétend que les ostéomes qui se sont développés dans une cavité avoisinant l’orbite sont éburnés, tous les autres seraient spongieux, théorie qui, comme les autres assertions de cet auteur, est trop catégorique et n’est basée sur aucune donnée. Nous en donnons la preuve en citant les cas de Birkett et Lucas. Le premier se rapporte à un ostéome du sinus frontal, or cet ostéome consistait « en tissu osseux, fragile ; par places seulement se montraient des plaques plus compactes ». Le deuxième appartenait à la catégorie des exostoses ; cecine l’empêchait cependant pas d’être tellement dur que le chirurgien dut abandonner lPopération.
Par conséquent, pour le moment, aucun facteur étiologique ni pathogénique ne nous permet d'éliminer la troisième variété des ostéomes. (est ce qu’a pensé aussi M. Poncet
en déclarant :
« On rencontre des ostéomes éburnés et spongieux ; or il serait, à notre avis, tout-à-fait inexact de dire que tous les ostéomes éburnés reconnaissent une cellule génératrice d'un type donné et les ostéomes spongieux une cellule de l'autre type, car les cellules médullaires peuvent aussi bien engendrer de l'os éburné que les cellules périostiques, et le tissu spongieux peut provenir aussi de Pune ou de l’autre de ces cellules. Nous laisserons donc de côté cette question théorique en attendant que de nouvelles recherches soient venues fixer les caractères différentiels de ces variétés de tumeurs ».
Enveloppes des ostéomes. — Les ostémes qui se développent du côté d’une cavité sinusique et surtout du côté du sinus frontal se coiffent le plus souvent de la membrane tapissant cette cavité. Démesurément tendue, cette fibro-muqueuse devient parfois rouge livide et peut même, comme dit notre maître M. Panas, en imposer pour du tissu érectile. L’ailleurs si l’ostéome atteint un degré considérable de développement il finit par l’user. Ainsi dans le cas de Mitvalsky la couche épithéliale de la muqueuse du sinus était conservée sur la plus grande partie et présentait surtout le caractère d’un épithélium cylindrique stratifié, ailleurs elle s’était déjà modifiée, elle prenait la forme de l’épithélium de transion de Henle. Dans ce cas les cellules superficielles affectaient déjà la forme de massues aux noyaux ronds ; seule la couche épithéliale fondamentale conservait partout sa forme sylindrique, allongée, très bien développée. Par places l’épithélium avait subi une hyperplasie. Dans certains endroits elle était tellement exubérante qu’elle donnait lieu à la naissance de petites franges. Ailleurs, au contraire, l’épithélium était défectueux, se réduisait à une simple couche fondamen-
tale de cellules cylindriques et parfois celle-ci existait plus.
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Dans certains cas aussi le périoste forme une enveloppe à l’ostéome (Ober Mitvalsky), cette enveloppe périostale était très nette, on pouvait la séparer très facilement des bosselures de la tumeur ; c'était principalement aux renfoncements entre les bosselures qu’elle était fortement liée à l’ostéome. Au-dessous d'elle, se trouvait une enveloppe conjonctive, « très molle, juteuse et constituée par le périoste de l’ostéome et les débris de la muqueuse du sinus frontal ». C'était donc un tissu de transition. Au niveau des fistules cette enveloppe molle était épaissie et présentait une coloration rouge foncé. Au microscope on trouva qu’elle consistait en deux couches ; une #ntérieure, adhérente à l’ostéome et l’autre extérieure. La première remplissait les fonctions de périoste, mais sa structure histologique en différait beaucoup. Elle était composée de cellules allongées ou plutôt de fibres celluleuses parallèles ; leur parcours ondulé rappelait les fibres du tissu conjonctif jeune, et elles l’étaient en effet. La seconde n’était représentée qu’à la surface antéro-inférieure de l'ostéome et se divisait en deux couches bien distinctes. L'une, adhérente au périoste, était très vasculaire et montrait les caractères du tissu conjonctif sous-muqueux ; elle consistait en fibres connectifs lâches avec de larges vaisseaux ; l’autre offrait l'aspect d’une tunique propre, et était revêtue par places d’un épithélium qui se trouvait en état d’inflammation chronique.
Ces enveloppes, tout en étant indéniables, ne se voient cependant que dans certains cas et on ne pouvait affirmer aucunement que les deux enveloppes décrites par Mitvalsky, ni même celle fibro-muqueuse rencontrée plus souvent constituent un caractère constant des ostéomes de l'orbite.
Rapport des ostéomes avec le squelette. — Pendant quel-
que temps régna, surtout en France, l'opinion que les ostéones de l’orbite « sont plus ou moins libres dans les cavités où ils ont pris naissance », qu'ils peuvent en se développant s’enclaver d’une manière plus ou moins solide, mais qu'ils restent toujours indépendants des os et peuvent être enlevés sans difficulté.
Cette théorie de la non-adhérence des ostéomes se basait sur le fait connu de Dolbeau. Longtemps avant lui le célèbre anatomiste italien Valisnieri avait observé un cas d’ostéome du sinus frontal reposant librement dans la cavité sinusique. Mais ces cas sont bien rares et on n’en connait jusqu'à ce jour qu’une dizaine.
Il va de soi que ces ostéomes dits libres ont pris naissance dans un os, par conséquent dans la table antérieure ou postérieure du sinus frontal. Mais leur point d'implantation ayant été assez circonscrit, un des processus Inflammatoires qui ne sont pas rares dans les cavités sinusiques a fini par provoquer sa destruction. Quelquefois l’ostéome a pu se détacher de la paroi du sinus pendant le martelage opératoire, qui est dans certains cas assez intense pour rompre un pédicule grèle.
Aujourd’hui, on est loin de partager les convictions de Dolbeau et de ses partisans. Bien plus, les nombreuses 0bservalions qu’on a recueillies depuis lors ont permis de conclure d’une façon presque diamétralement opposée. 1’0stéome, tout en étant une néoformation, contracte dès qu'il a atteint un certain degré de développement, des rapports tellement intimes avec les os environnants qu’on dirait qu’il fusionne avec eux et que parfois il est impossible de dire où l’estéome se termine et où commence le tissu osseux sain ;
il invite les os avoisinants et provoque, comme le dit M. Pa-
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nas, € une hypérostose des os environnants qui fait son apparition comme pour témoigner d’un trouble évolutif général ». Un des exemples les plus remarquables de cette tendance envahissante des ostéomes est celui décrit par notre maître où « c’est à peine si sur une coupe antéro-postérieure On pouvait distinguer la voûte orbitaire du frontal, confondue avec le tissu éburnéde l’ostéome ».
: En présence de pareilles constatations on a voulu créer une catégorie spéciale d’ostéomes « ostéogéniques ». L’importante statistique dont nous disposons nous fait pencher vers l’avis que ce pouvoir ostéogénique n’est pas propre à un certain groupe d’ostéomes, mais qu’au contraire il caractérise les ostéomes de l'orbite en général. La seule remarque qu'on pourrait faire c’est que dans certains cas ce pouvoir
“est plus prononcé que dans d’autres,