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OBSERVATION I

OSTÉOME DU SINUS FRONTAL (Présenté par MM. Lemaitre el Aubin à la Société de Laryngologie des Hôpitaux de Paris, le 18 février 1929).

M. X.., âgé de 24 ans, vient consulter au sujet d’une volumineuse tumeur fronto-orbitaire pour laquelle il a subi depuis près d’un an un traitement spécifique intensif. Les médecins traitants avaient en effet posé le diagnostic de gomme di frontal, malgré les résultats d’une radiographie pratiquée à cette époque. Ils ne se sont rendus à l'évidence d’une compression tumorale qu’à la suite d’une crise d’épilepsie Bravais- Jacksonnienne du côté gauche qui s’est manifestée il y a quelques jours. Laissant alors toute latitude aux spécialistes, ils ont rendu rossible l’intervention qui pouvait être alors considérée comme très urgente en raison des manifestations nerveuses.

L'examen du malade révélait une déformation considérable de la région frontale inférieure, prédominante à droite où l’on percevait sous les téguments mobiles, une tuméfaction extrêmement dure et indolore, déformant la paroi antérieure du sinus frontal droit.

I n'y à pas d’exophtalmie, et l’angle supéro-interne de l'orbite, effacé, n’est pas refoulé par un prolongement orbi-

taire.

La radiographie ne laisse aucun doute sur le diagnostic d'osltéome du sinus frontal : de face, elle montre une opacité dense, homogène, bien limitée, occupant la totalité du sinus frontal droit et une grande partie du gauche ; de profil, l’extension postérieure de l'opacité, qui ne permet pas de retrouver la limite postérieure du sinus frontal, fait présager l’usure de la paroi profonde que confirme l'apparition récente de la crise d'épilepsie.

Sans différer davantage, l'intervention est pratiquée.

INTERVENTION. — L'anesthésie générale au chloroforme est administrée par sonde intra-nasale. Une longue incision en L est faite sur la tuméfaction frontale, la branche verticale passant par la ligne médiane. La région frontale est ainsi l:rgement exposée. Au-dessus de la glabelle, au travers du périoste, contrastant avec la blancheur avoisinante, on aperçoit une zône brunâtre ayant les dimensions d’une pièce de 2 francs.

Le périoste étant ruginé, on constate que ce point correspond à l'’ostéome extériorisé au travers de la paroi antérieure du sinus frontal. Il est immobile, enchâssé dans l'os sain qui l'entoure.

La résection osseuse nécessaire pour dégager la tumeur est très étendue et dépasse la ligne médiane ; elle s'étend transversalement de l’extrémité externe de l’arcade sourcillière droite au tiers interne de la gauche, du bord inférieur de l’arcade au milieu de la bosse frontale,

L'ostéome, en se développant, s’est moulé sur les cavités sinusales dont il reproduit la forme. Il a comblé en totalité le sinus frontal droit et la moitié interne du sinus frontal gauche. k RE

La forme rappelle grossièrement celle d’une brioche, dont le sillon logerait le saillant formé par l’adossement des parois internes du sinus et d’où naît la cloison intersinusale détruite par l’ostéome. ; NE

Celui-ci remue légèrement dans la niche osseuse qui l’en-

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serre encore. Il est soulevé facilement à gauche, mais à droite il reste très adhérent en profondeur.

Pour le basculer et le luxer, il faut recourir à la rugine de Farabeuf que l’on insinue comme levier entre lui et l'os.

Dès l’ablation qui se fait sans difficultés, il se produit un abondant écoulement sanguin, qui nécessite pour être arrêté, une compression prolongée.

L'examen de la loge osseuse montre qu’à droite de ce qui reste de la cloison intersinusale, les méninges sont dénudées sur l'étendue d'une pièce de 1 franc. Au centre de cette plage existe une assez large perte de substance de la dimension d’une pièce de cinquante centimes, où l’on voit battre un petil vaisseau : le fond est rougeâtre, irrégulier, mou. Il est constitué par le cortex du lobe frontal. Un peu de liquide céphalo-rachidien s'écoule. Il se mêle au sang que donne par intermittence le vaisseau méningé.

A la partie inférieure de la plaie débouchent les orifices sinusaux des deux canaux naso-frontaux. La sortie de quelques bulles. d'air montre leur perméabilité.

On isole immédiatement de la cavité opératoire les fosses nasales septiques en tassant de petites mèches iodoformées dans les deux! canaux.

Aucune autre exploration n’est pratiquée pour ne pas rompre l'exclusion. spontanée des espaces sous-arachnoïdiens qui peut exister. Un tulle gras est placé sur la plaie méningée.

L’ostéome a donc comblé en se développant la totalité du sinus frontal droit et une grande partie du gauche, après effondrement de la cloison intersinusale.

Les parois antérieure et postérieure du sinus frontal droit ont été perforées l’une et l’autre, réalisant d’une part l’extériorisation en surface, d'autre part l’usure des méninges qui permet ainsi le contact, de la tumeur osseuse. et de l’encéphale.

L'occlusion de la brèche dure-mérienne, suffisante mécaniquement pour empêcher l'issue du liquide céphalo-rachidien réalise une barrière incomplète devant l'infection,

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