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Félix Frias, esprit religieux, juste élevé

M. FélixFrias appartient à la famille de ce nom, dont on trouve des rejetons dans toutes les provinces argentines, depuis le Rio de la Plata, jusque dans la Bolivie. Partout elle y est considérée à juste titre. Son père était né à Santiago de l'Estero, la première ville fondée parles Espagnols venus du Pérou et du Chili, à la reclierche d'un transit par terre vers l'océan atlantique, peu après la découverte du Rio de la Plata, par Solis. C'est ce qui explique la diffusion de ce nom, sorti du noyau calonisateur de tout le territoire cis-andin. Etabli depuis longtemps dans Buenos-Ayres, le père de Félix Frias y a laissé une famille honorable et honorée, dont Félix est le fils aîné.

Encore très-jeune, Félix Frias, entraîné dans la grande lutte des unitaires contre les fédéraux, fut attaché au général Lavalle, épée chevaleresque, s'il en fut, dans ces luttes malheureuses où il succomba.

Porté, par la déroute de son général, dont il était le secrétaire et l'ami, jusques dans la Bolivie, Félix Frias y trouva la protection du ministre Frias, son parent, qui l'envoya comme consul Bolivien dans le Chili. La chute de l'administration bolivienne, dont son oncle était l'âme, laissa Félix FHas livré à lui-même. Mais il avait profité de cette position temporaire, pour se livrer à des études sérieuses. Il publia, sous forme de mémoire adressé au ministre, son oncle, une monographie géographique sur la nécessité et les moyens d'ouvrir à la Bolivie un débouché commercial vers l'océan atlantique, en suivant les rivières qui se jettent, par le Madera, dans l'Amazone

d'une part, et, d'autre part, en suivant celles qui, se mêlant au Paraguay, se jettent, avec ce grand cours d'eau, dans le Rio de la Plata, par le Parana.

On sait que M. de Humbolt a appelé la Bolivie , le promontoire Américain. Un simple regard sur la carte, démontre que ce pays n'a pas de frontière maritime, excepté parle désert d'Atacama, qui conduit au misérable port de Cobija, sur l'Océan Pacifique. On sait, enfin, que les produits de ce pays, en sucre, café, cacao {sans parler des mines de Potosi et de Coro-coro), senties plus riches, les plus subtantiels, les plus savoureux de tous les produits similaires des pays intertropicaux.

Cette première publication de Félix Frias, suffit pour apprécier les tendances utilitaires de son esprit observateur et méditatif.

La cessation de la charge consulaire au Chili porta Félix Frias en Europe, où il vint étudier les grandes questions sociales. Il se fixa à Paris. Là, ses aptitudes pour la publicité se dessinèrent par de nombreux écrits destinés à la presse du Chili. Au nombre de ces études, toujours sérieuses, il faut citer l'une des plus remarquables qui fut traduite et publiée dans la Revue des Deux-Mondes, vers 1859. Elle avait pour titre : « Le socialisme dans r Amérique du Sud. »

Après dix ans de ce nouvel exil, si profitable à l'élévation des idées de Félix Frias, la chute de la Dictature de Rosas, vaincu et émigré de Buenos- Ayres, après la célèbre bataille de Caceros, remportée par le général Urquiza, permit à Félix Frias le retour au pays natal, ainsi qu'à ses co-religionnaires politiques. Mais ces dix années avaient avaient ouvert à l'intelligence de cet Argentin des horizons nouveaux. Porté aux idées religieuses, qui sont la base de toute civilisation fructueuse, il s'était appliqué à étudier les maximes des publicistes religieux, qui feront

l'honneur du XIX^ siècle et la gloire de la France à cette époque de matérialisme et de sceptiscisme. Il eut des rapports directs avec plusieurs des hommes considérables de ce cercle, et même il a conservé des relations, par correspondance, avec M. le comte de Montalembert.

De retour à Buenos -Ayres, Félix Frias conçut le projet généreux d'y propager les leçons de haute morale [religieuse et politique de ce cercle français, en fondant un journal destiné à l'accomplissement de son projet, sous le titre bien choisi de V Ordre. Il associa à cette tâche de régénération un écrivain déjà nommé parmi les poètes argentins, et bien connu par l'extrême douceur de son caractère affectueux et conciliant, M. Louis Dominguez. Tous les contemporains de cette époque se souviennent de l'impression que produisit le programme de ces nouveaux publicistes, écrit avec une grande mesure et signé par Félix Frias, qui se charg-eait de la direction à donner à la rédaction du journal.

Mais le pays de Félix Frias n'était pas encore mûr pour sa plume retrempée dans la foi religieuse et catholique. Aussi, ses convictions ne pouvant pas reculer devant les doctrines mal digérées d'une presse renouvelée de l'encyclopédie du 18^ siècle, il ploya le drapeau de ses fortes convictions, pour le soustraire à des risées peu mesurées.

Mais si la plume de Félix Frias va manquer à son pays, qui l'honorera un jour, sa voix ne faillira pas plus que ses œuvres à ses contemporains qui les respecteront, en attendant que leurs enfants les aient couvertes de bénédictions. Comme député au corps législatif de Buenos-Ayres, sa voix s'éleva, calme et pure, chaque fois que les principes d'une stricte justice étaient en butte à l'exagération de l'esprit de parti. Ainsi, la réaction contre la Dictature du général Rosas, voulait pousser ses rigueurs jusqu'à la

confiscation des biens laissés par le Dictateur proscrit. Une voix s'éleva, une seule, avec la haute autorité de la justice, dans la bouclie d'une des victimes de Eosas, c'était celle de Félix Frias, l'ami, le secrétaire intime du général Lavalle, cette grande victime du gouverneur Rosas.

On pourrait croire que les mânes de l'illustre et chevaleresque Lavalle tressaillirent de joie, aux accents généreux de cette voix si pure, si juste, si désintéressée dans la revendication des biens de Rosas, en faveur de ses enfants, innocents des actes de leur père. Aussi, le discours de Félix Frias, sur la ley deTierras, en 1858, restera à Buenos-Ayres, comme un monument de probité politique, un modèle de justice légué à la méditation de tous les partis, par ce nouvel Aristide de l'Athènes moderne, dans l'Amérique du Sud.

Dans une autre occasion bien solennelle, la voix de Félix Frias remplit encore une belle mission. C'était en 1859. La séparation de Buenos-i^yres avait fini par amener une armée commandée par le président de la Confédération, le général Urquiza, aux portes de la ville qu'il voulait faire rentrer dans le giron national. Les intérêts activement engagés dans le gouvernement local demandaient une résistance à outrance, mais évidemment l'intérêt général appelait la conciliation. Un comité dit de la paix, se forma au sein même de Buenos-Ayres, alors en pleine conflagration. Il était composé d'hommes éminents par leur intelligence, leur fortune et leur influence personnelle. Là, Félix Frias fit entendre des accents qui remuaient la fibre de tous les nobles sentiments, en conviant ses compatriotes à l'oubli du passé, pour marcher unis vers les destinées du pays argentin. A cet appel des assiégés, l'assiégeant répondit avec une abnégation qui ajoutait au lustre du général Urquiza, déjà vainqueur.

La paix fut signée par le g-ouverneur provisoire, le très-

respectable négociant M. Llavallol, et l'armée assiégeante s'éloigna, sans avoir mis le pied dans la ville.

Un an plus tard, le général Mitre, ministre sous Alsina et sous Llavallol, mais devenu gouverneur de Buenos- Ayres, qu'il avait sauvé malgré sa défaite, rendit à Urquiza générosité pour générosité, en proclamant l'union de Buenos-Ayres au corps de la Confédération argentine.

Mais le parti du mouvement, insatiable de nouveautés, là comme partout, inventa la nécessité de réviser la constitution fédérale, avant d'unir Buenos-Ayres à la confédération, aux termes du pacte de paix conclu avec le général Urquiza, au mois de novembre ISoO. Une convention spéciale fut formée : elle délibéra et résolut affirmativement la révision préalable, malgré les efforts de Félix Frias, dans son discours du M mai 1860, rempli de raison calme et de logique.

Malgré cet échec, Félix Frias, élu Sénateur, s'opposa, presque seul, en 1862, à ce qu'on appelait la fédéralisation de la ville de Buenos-Ayres, qui serait devenue, par ce fait, la capitale en titre de la république argentine.

Nous ne comprenons pas bien la valeur de ses arguments, mais ils ne peuvent être que l'expression sincère de ses convictions , fussent-elles erronées.

Cependant, Félix Frias, qui n'apparaissait sur la scène politiquequ'aux jours difficiles, travaillait à la moralisation de son pays, dans le recueillement de sa pensée.

Un envo^^é du ciel (qu'on accepte ce mot) était dans le Rio delà Plata, sous la figure d'un officier supérieur de la marine française : le capitaine de frégate Fouet, commandant le brick le Zèbre. Esprit profondément moral et religieux, il comprenait que ce qui manque à ces populations égarées par cinquante ans de désordres et de divisions in testines, c'est un lien, un centre, un foyer de charité chrétienne. Le commandant Fouet l'apportait tout préparé

dans la belle institution de la société de St-Vincent de Paul. Avec un zèle vraiment apostolique, il répandit cette semence évan^élique, et son succès alla au-delà de ses espérances. Montevideo ayant répondu à ses efforts, le commandant Fouet transporta St-Vincent de Paul à Buenos- Ayres.

Félix FriaS; l'un des fondateurs de l'œuvre dansBuenos- Ayres, vit bientôt se réunir la fleur des hommes moraux de cette population, aussi heureusement disposée que celle de Montevideo pour toutes les belles et bonnes aspirations. Secrétaire de cette société, Félix Prias en propage les bienfaits, en rendant compte annuellement des résultats si heureux et si rapides qu'elle obtient. C'est ainsi que, dans la presse, à la tribune et dans le silence du cabinet, il travaille sans relâche au bien moral de son pays.

Tel est l'homme qui concourt efficacement à la moralisation de l'esprit public, dans les belles contrées du Eio de la Plata. Et c'est pourquoi nous l'appelons un caractère remarquable.

A son nom se rattache, depuis les bords de la Plata jusqu'au sein des Cordelières, tout ce que les populations argentines renferment d'hommes honorables. Quant à nous, il nous est donné d'affirmer, par expérience, que, dans tous les centres de population épars sur cette vaste contrée, le nom de Félix Frias est une recommandation qui donne accès dans toutes les familles principales de chavque

. - ovmce argentme.

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