‹ Les oubliés et les dédaignés: figures de la fin du XVIIIe siècleChapitre 6 sur 37 · DORAT-CUBIÈRES · texte numérisé non relu

DORAT-CUBIÈRES

1. Rivarol disait de Cubières, en faisant allusion à son admiration pour Dorât : — C'est un ciron en délire qui veut imiter la fourmi.

Il y a une autre ëplgranime de Rlvarol; c'est «ne cha-

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DORAT-GUBlAWBS. — XARAT-CfJBIÉBES.

II faudrait la plume dorée et moqueuse d! Angola pour raconter toute cette première période de Thistoire de ce poète zinzolin, en qui devait se trouver un jour l'étoffe d'un greffier révolutionnaire. Jusqu'en 4789, on le voit marcher dans les roses à mi-corps, comme un poussin dans Therbe haute de la Normandie. La mythologie n'^ pas assez pour lui de Nymphes, d'Amours et de Zéphirs; la mode n'a pas assez de médaillons, d'éventails, de pipeaux, de luths, de guirlandes, de chiflfres, de boucles, d'urnes, et de tout ce qui compose l'inventaire des poètes de ce temps. Les lauriers du marquis de Saint- Marc, du chevalier Bertin, du marquis de Pezay et de tant-d'autres jolis chiffonneurs de rubans et de brimborions, empêchent son sommeil ; il veut les surpasser. Hélas t il ne réussit qu'à devenir leur caricature; ils sont délicieux, il est insupportable. Dorât n'avait jeté que quelques grains de musc dans le sein et sur la pûrure de la poésie; Dorat-Cubières veut la noyer dans un torrent d'eau de senteur. Il exagère une manière qui est elle-même une exagération. Sous le titre des Hochets de ma jeu-

rade, mais assez malséante. Faut -il la citer? Pourquoi pas?

Avant qu'en mon dernier mon toat se laisse choir, Ses vers à mon premier senrirost et mouckoir.

Le mot est Ctf-frtère.

nesse^ il publie deux volumes de fadeurs, où il loue tout le monde, les vivants aussi bien que les morts. Pope, le comte d'Artois, madame Deshoulières, Buffon, le peintre Vernet, saint Jérôme et la princesse de Lamballe :

Du haut des célestes remparts Quelle Immortelle est descendue?

C'est cette flatterie perpétuelle et à outrance, c'est cette facilité torrentielle, cette prolixité méridionale qui ont toujours tenu Dorat-Cubières enfermé dans les barrières de la médiocrité, souvent même dans celles du ridicule.

11 n'eut du talent que par hasard, comme beaucoup de son pays; et, sans la place qu'il occupe dans l'histoire des mœurs littéraires de la fin du dix-huitième siècle, sans l'époque exceptionnelle et terrible à laquelle il s'est mêlé activement, sans quelques côtés réjouissants de son humeur, il est probable que ridée ne me fût jamais venue de ressusciter ce brouillon.

Son intempérance poétique se trouvant encore contrariée par les nécessités de son service auprès de la comtesse d'Artois, il obtint la permission de traiter de sa charge. Jetons un vaste linceul sur la montagne de volumes que, depuis lors, il a fait peser sur son siècle. On n'entasse pas de& riens avec plus de gravité et d'empressement que Dorat-Cubières: il ne voudrait pas faire tort à la postérité d'un hémistiche seulement.. La postérité a roulé en cornets l'édition entière de ses œuvres...

Le chevalier Dorat-Cubières se trouvait chez madame de Beauharnais, occupé sans doute à broder

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quelque galant rondeau, lorsqu'il entendit gronder le canon de la Bastille. Il laissa là son rondeau et commença immédiatement un dithyrambe ; la Liberté prit, au bout de ses alexandrins, la place de Thémire. Après deux jours passés dans un délire métrique , Tidée vint à Dorât - Cubières d'aller visiter cette Bastille , tombée , non pas sous les coups du peuple, mais simplement à la voix du peuple. Il arriva un peu tard, on n'entrait plus sans une permission des électeurs; heureusement que Dussaulx l'aperçut et le prit sous le bras. € Arrivés dans la troisième cour, raconte Dorat- Gubières, nous rencontrâmes M. le comte de Mirabeau qui conduisait une jolie femme ^; appareniment pour lui montrer son ancien logement. Nous vîmes aussi 1^ chevalier de Manville, jeune homme distingué par son courage, et qui, ayant été mis injustement à la Bastille, cinq ans auparavant, n'en était sorti que depuis six mois. Le chevalier de Manville portait à la main, en guise de badine, une grosse barre de fer qui avait appartenu à la fenêtre de son cachot. »

Cubières, comme on le pense bien, s'empressa de composer une relation en prose et en vers du peu qu'il avait vu, — et la signa vaniteusement : « Michel de Cubières, citoyen et soldat. >

La Révolution apporta quelques changements dans son dictionnaire de rimes et de notables modifications dans ses principes. Il dut reléguer au grenier bien des carquois, bien des cœurs, bien des bouquets devenus hors de saison; il n'était guère Romain, il

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