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AU REVERS

O très cher serviteur Quand ce portrait verra En imitant Gabriel l'Ange De bon cœur me saluera.

— Q}ii veut après la mort la vie

De suivre Jésus lui faut avoir Tenvye.

Or mon Jésus je ne peux vivre.

Sy mon cœur meurt, ces pour vous suivre.

— Dieu bénisse mon cœur Et mon" petit labeur

Et ma première pensée Tout le reste de la journée.

Malheureusement y dit M. Du Sommerard, l'auteur de ces vers ne nous a pas légué son nom.

Pour en revenir au crayon, dans les pays qui possèdent des gisements de carbure de fer naturel, nommé graphite ou plombaginey on ne tarda pas à découvrir la propriété que possède cette substance, dç laisser sur le papier une teinte grise et luisante, et l'idée vint de l'appliquer au même usage que les petits stylets de plomb, qui avaient le défaut d'inciser le papier. Seulement,

LE CRAYON, LA RÈGLE 6l

comme elle est très fragile , on imagina de la rendre plus solide en l'enfermant dans de petits cylindres de bois. Ainsi naquit, en Angleterre ou en Allemagne, peut-être même dans les deux pays à la fois, la fabrication des crayons modernes ou crayons de mine de plomb, maison ignore à quelle époque précise. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est qu'elle existait bien avant le xvi*^ siècle. Comme la plombagine la plus pure se trouve à Borrowdale, dans le Cumberland, c'est en Angleterre que, depuis très longtemps, on a pu faire des crayons de bonne qualité.

La notice la plus ancienne du crayon se trouve dans un livre imprimé de C. Gessner de l'année 1565, intitulé De Rerum fossilium figuris. On a, dit-il, des crayons pour écrire avec un manche de bois; ils sont en plomb ou d'un mélange artificiel que quelques-uns nomment stimmi anglicanum. L'auteur en donne un dessin, ce qui fait présumer que ces crayons étaient assez rares. Ensuite on enveloppa le métal de bois. Trente années plus tard, André Césalpin, médecin italien, né à Arezzo en Toscane, donna dans son traité DeMetallicis etc.(i 596) une description plus complète du métal employé qu'il nomme Molyboides,

parce qu'il croyait que Dioscoride l'avait appelé ainsi. En i599,Imperato nomme le crayon ^m- . fio piombino, et il en donne une meilleure description. Enfin l'Anglais Pettus, auteur d'un ouvrage paru en 1683, rapporte que les crayons faits avec la mine de Cumberland sont enchâssés dans du bois de sapin ou de cèdre. L'usage du crayon a eu sa renaissance au xvi*^ siècle, où tant d'artistes en avaient besoin pour leurs dessins, surfout les architectes.

Mais le prix de ces crayons, ainsi que celui du crayon noir et de la sanguine, était très élevé, comme le prouve ce passage du Voyage d'Alberf Durer dans les Pays-Bas, écrit par lui pendant les années 1520 et 1521 : « J'achète du fusain et du crayon noir pour quatre sous... On m'a vendu un seul crayon rouge un sou, » ce qui était fort cher, puisque le célèbre artiste ajoute plus loin : « Je dîne avec ma femme, et je dépense trois sous pour la régaler. » *

Au commencement du xvn® sièéle, lés crayons de mine de plomb étaient généralement couverts de bois. C'est, dit Tavernier, dans son Voyage des Indes, « de peur qu'ils ne se rompent, et à mesure que le crayon s'use on oste du bois pour le

découvrir». Plusieurs écrits contemporains mentionnent aussi les porte-crayons. Le Testament et Inventaire des biens de Claudine Bou:(pnnet Stella (1693-1697), femme artiste de cette époque, cite M dix pièces d'argent, tant porte-crayons questuys à cure-dent » , ainsi que des « petits porte-crayons d'argent ».

Nos crayons à régler ou à prendre des ilotes devinrent d'un usage général à partir du xvm* siècle, puisque, selon le grammairien Dumarsàis, les écoliers devaient avoir « des cahiers propres et réglés avec du plomb ou du crayon » . Il existait alors deux espèces de crayons, toutes deux vendues à Paris,* par les petits marchands installés sur les parapets du Pont-Neuf.

Les crayons de qualité inférieure, semblables à nos crayons noirs actuels, se mettaient dans des porte-crayons ; on les fabriquait en plombagine de Hollande. Enfin, dès 1726, les porte-crayons à calendrier paraissent avoir joui d'une certaine vogue. Suivant Iq Mercure d'avril de cette annéelà, l'inventeur était un sieur Meynier.

Ajoutons que quelquefois ces petits ustensiles devenaient de véritables bijoux. Le lendemain de sa condamnation à mort par le Tribunal révo-

lutionnaire, M"* Du Barry, espérant sauver sa vie, déclara que, parmi les objets précieux cachés chez elle à Luciennes, se trouvait « un crayon d'or enrichi de diamants ».

Ce fut vers la fin de 1794, sur Tordre du comité de Salut public et sur la désignation de l'École des Mines, que le chimiste français Jacques Conté inventa les célèbres crayons qui portent son nom et l'ont rendu populaire. L'Angleterre fournissait alors l'Europe de crayons fabriqués chez elle avec le graphite ou plombagine. Plus ou moins chargée de carbone, cette substance donnait un crayon plus ou moins tendre : on la faisait bouillir dans l'huile, après quoi on la sciait en petites baguettes fines qu'il n'y avait qu'à introduire dans les rainures de cylindres en bois. Le conseil des mines de la République, lorsque la guerre eut privé la France des crayons anglais, chargea Conté (an III) de rechercher les moyens de fabriquer des crayons artificiels. Le problème était difficile, écrit. un de ses biographes, M. Paul Boiteau, et la solution de ce problème beaucoup plus importante qu'elle ne le paraît tout d'abord. Conté, dès le 2 pluviôse de la même année, avait résolu la question et obtenu un brevet pour la

fabrication des crayons qui manquaient à sa patrie. L'invention consistait à mélanger avec de l'argile parfaitement purifiée soit du carbure de fer pour obtenir des crayons faisant l'effet et jouant le rôle de la plombagine, soit .du noir de fumée pour obtenir des crayons noirs, soit diverses substances pour obtenir des crayons diversement colorés. Rien de plus simple en apparence ; mais il fallait découvrir les propriétés de l'argile, et surtout il fallait triompher heureusement des mille difficultés qui pouvaient empêcher la bonne préparation de la fabrication économique des crayons artificiels. En lisant les détails donnés par Conté lui-même lorsqu'il dut, en demandant un brevet, décrire ses procédés, on a un exemple de plus des obstacles qui se présentent presque partout devant l'industrie des hommes, et des ingénieux efforts que les inventeurs ont à faire pour enrichir leurs concitoyens de leurs travaux.

Ainsi furent inventés les crayons gris artificiels, les crayons noirs de toutes nuances, et les crayons bistre, les crayons rouges, les crayons bleus, etc.

Les crayons ne présentant pas eux-mêmes assez de résistance, on les renferme dans des cy-

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lindres de bois préparés convenablement, tels que le peuplier ou le bois blanc, quelquefois noircis au moyen de la noix de galle et d'un sel de fer, particulièrement le nitrate. Mais comme le bois blanc a l'inconvénient de présenter une occasion fréquente de fracture du crayon, quand on le taille, rindustrie lui a substitué certains bois des îles, entre autres le bois de genévrier virginien ou genévrier rouge, dit aussi cèdre rouge, que sa solidité et la facilité avec laquelle il se laisse tailler ont fait généralement préférer.

Pendant quelques années, la France a tiré d'Angleterre la plombagine nécessaire pour la fabrication des crayons; vers 1835, Fischtenberg, de Paris, employa avec avantage celle des environs de Briançon.. Mais cette industrie, d'origine toute française, n'a pu continuer à prospérer, dans notre pays, et maintenant elle lutte avec peine contre la concurrence étrangère. Les fabricants français se trouvent en eflet dans les conditions les plus désavantageuses ; ils n'ont ni le bois ni la mine qu'ils sont obligés de tirer l'un d'Amérique, l'autre de Prusse et de Bohême. A part les crayons fabriqués dans TAriège, la France n'exporte plus guère que les crayons de l'an-

cienne maison Conté, qui possède le secret d'un noir que les étrangers n ont pu encore imiter.

Après les crayons Conté, les plus renommés sont ceux de CacheuXy de Gilbert ^ de Faber^ etc.

Terminons par une anecdote.

Notre grand poète Lamartine ne se servait de plume que pour écrire sa correspondance. Lorsqu'il confiait au papier ses inspirations, prose ou vers, c'était à l'aide du crayon. Il y trouvait cet avantage, que le crayon glisse sur le papier rapidement et sans bruit; sans l'exposer aux interruptions, aux lenteurs, aux impatiences, aux refroidissements qui naissent de l'obligation de s'interrompre pour prendre de l'encre, d'en prendre avec mesure, ni trop ni trop peu, de la crainte d'effacer l'écriture, de l'ennui de la sécher, etc., etc. Il diminuait autant que possible l'intervalle qui sépare la pensée de l'expression. Plusieurs douzaines de crayons étaient toujours taillés sur son bureau.

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