OV MI8S0V1I
l'Ome-FiDe, Tâolre cdoi que les fib de ma naUoa appellent Sans-Piste.
— • Mon père et mon aient 1 s'écria Balle-Franche an comble de la surprise. Vous ?oiis trompez certahiement, chef; quel motif les amènerait îd?
— Celui qui nous y amène nous-mêmes probabtemast, dit doucement Olivier.
Cependant la pirogue vigoureusement manœnvrée s'ap{m)cbait rapidement, bientôt elle se troota par le travers du campement des cbas8ear9;al€M« ^e se rapproc^ brosquemôit do rivage et elle ne tarda pas à échouer son avant sur le sable.
Deux hommes débarquèrrat.
Numasck-Cbarakè avait bien vu; ces deux hommes étaient en effet le père et l'aièul du jeune cbaffiieur I ils se £r^(eaient vers le eampement.
Lescifiq aventuriers s'élancèrent joyeusement à leur rencontre.
Aprte que les premiers ccHnpliments eurent été échangés avec eAaiofi entre les nouveaux venus et leurs amis, les Canadiens s'assirent devant le fea et, sur l'invitation qui leur fut ftf te, ils mangèrent qudqiM» bouchées de venaison et burent une gorgée d'eau-^de-vie.^
«^-^ Nous sommes aUés visiter notre parent Lagr»-^ nay, le squatter de la rivière du Vent, dit l'aïeul ; il a reçu, à ce qu'il parait, un message cte lom Mit* cbelL
— Oui, répondit Balle-Franche, nous nous trou-
viens à rhabitâtion quand ce message ^t arrivé ; mais je crains bien...
— Que craignez-vous, mon fils? demanda François Berger avec un accent un peu bref.
— Que cette feinte facilité du chef des pirates ne cache un piège.
Les deux vieux chasseurs échangèrent un sourire.
— Vous vous trompez, enfant, dit l'aïeul, Tom Mitchell est de bonne foi, il ne veut en aucune façon vous tendre de piège, ses vues sont droites.
— Nous en avons la certitude, ajouta François Berger.
Balle-Franche n'osa répliquer à une affirmation aussi nette ; il baissa silencieusement la tête.
— Nous avons fait diligence pour nous rendre . . ici, où nous savions vous rencontrer, reprit François Berger ; nous sommes heureux d'être arrivés à temps.
— Que voulez-vous dire? demanda Olivier.
— Lorsque paraîtra Tom Mitchell, mon père et moi nous le recevrons.
— Mais c'est à nous! s'écria Balle-Franche....
— Que le message est adressé ; je le sais, reprit son père, mais il convient que ce s(Ht nous qui terminions cette affaire; d'ailleurs, nous l'avons ainsi résolu, donc vous vous tiendrez à l'écart, s'il vous platt, jusqu'à ce que tout soit fini.
— Mais, s'il y avait trahison, dit Balle-Franche avec insistance.
— Mon fils, répondit seotentieusement Taïeul, la prudence est bonne, la méfiance dans certaines situations est une injure; songez-y. Votre père et moi nous savons mieurque vous ce qu'il convient de faire,
— Nous vous obéirons, répondit Olivier au nom de tous; nous n'assisterons que de loin à Fentrevue et nous ne viendrons près de vous que si vous nous en donnez l'ordre.
— Je vous remercie, dit en souriant le vieillard ; tout ira bien, je vous l'aflirme.
Et il leur fit un geste de la main comme pour les congédier.
Les cinq jeunes gens se levèrent, saluèrent respectueusement les deux vieillards et ils s'éloignèrent aussitôt dans la direction du rivage.
A deux portées de fusil du campement à peu près, il y avait un bois assez touffu de chênes et de gommiers. Les chasseurs entrèrent dans ce bois et bientôt ils eurent disparu sous la feuillée.
Demeurés seuls, les vieux chasseurs allumèrent leurs calumets indiens, et ils commencèrent à fumer, sans échanger une parole.
Depuis trois quarts d'heure environ, ils fumaient ainsi, lorsqueFrançois Berger laissa tomber sa pipe, se coucha sur le sol et appuya son oreille à terre.
— Ils approchent, dit-il, en se relevant.
— Je les ai entendus depuis quelques minutes déjà, répondit l'aïeul, combien sont-ils?
390 ISg OtITLAWS
— Pas plus de quatre.
— (Test ce que j'avais supposé; H est de bonne foi.
— Vous êtes toujours déterminé.
— Oui. Les Indiens n'en ont pas besoin ; les Yankees et les Anglais ne doivent pas en profiter.
~ Vous êtes le maître, puisque c'est à vous»
pour ainsi dire, qu'il appartient.
— C'est en effet aujourd'hui ma propriété; d'ailleurs, il doit servir pour le soutien d'une grande cause. Tom Mitchell n'est pas ce qu'il parait.
— ^ ie le sais.
— Et puis, j'ai un motif sérieux d'agir ainsi que je le veujT faire ; l'établissement sur le terrain même où 11 se trouve de ce squatter yankée.
— Oui, et les yankées ont le nez fin, il ne lui échapperait pas longtemps.
— Cest cela même, mon fils; je préfère qu'un Français en profite.
En ce moment un coup de fiisil éloigné se fit entendre.
— Les voilà I dit François Berger.
Il se leva, plaça ses mains en entonnoir à sa bouche, et à deux reprises il imita avec une perfection complète le cri de l'épervier d'eau.
Un cri semblable lui répondit immédiatement et presque aussitôt, quatre cavaliers bien montés apparurent galoppant à travers les hautes herbes et se dirigeant vers eux.
DU HISSOUBI 351
Us deux vieilUtrds se levèrent et ^^tméirent.
Arrivés à une courte distance des cbasseunit les nouveaux venu$ s'arrôtètent, mirent pied à terre, jetèrent la bride de leurs chevaux au quatrième, puis ils continuèrent h s'avancer.
Les Canadiens avaient leurs rifles en mates, les nouveaux venus ne portaient pas d'armes apparentes, ils avaient laissé les pistolets aux fontes; les sabres au pommeau de la selle, et les rifles à terre,
A une centaine de pas des chasseurs, les étrau* gers échangèrent quelques mots à voix basse, deux d'entre eux ralentirent leur marche, tfindis que le quatrième au contraire, s'élança en avsmt en cpu* rant avec la rapidité d'une gazelle; en un instant Augële, car c'était elle, fut dans les bras du vieil* lard ; répondant par des cris de joie et dès larmes de bonheur aux douces caresses qu'ils lui prodi* gnaient.
Tom Mitchell et son compagnon se tinrent di^ crét^nent à l'écart, puis lorsqu'ils virent que les premiers transports de joie commençaient k se calmer, ils s'approchèrent à leur tour,
— Soyez les bienvenus, messieurs, dit l'aïeul avec l'accent d'une dignité suprême, et il leur tendit la main*
L'Outlaw fit le capitaine serrèrent avec empressemeni cette main loyale.
— Ai-je tenu ma promesse, dit en souriant Tom Mitchell
— Noblement, je le constate, et je vous remercie, dit Berger avec émotion.
— Vous avez dignement réparé le mal que vous nous avez fait; oublions ce qui s'est passé, reprit TaïeuK Maintenant, que désirez-vous de nous?
— Rien, dit-il nettement.
— Ainsi, vous n'exigez pas de rançon ?
— Pourquoi en exigerai-je? vieux chasseur; je me suis laissé entraîner à commettre une mauvaise action, à l'instigation d'un homme, dont je ne dois pas prononcer le nom ici ; bien que pirate, ajouta* il avec un sourire ; je ne suis pas aussi noir que je le parais, le but que je me proposais, je sais à présent que je ne le pouvais atteindre, que mon complice, dans un but qui m'échappe, me trompait sciemment ; je répare autant qu'il est en moi la faute que j'ai commise, je n'ai pas besoin d'autre récompense que celle de la joie, dont je suis témoin en ce moment.
— C'est bien, capitaine, merci encore, dit François Berger et embrassant sa fille une dernière fois : enfant, lui dit-il, ton frère est campé là-bas sous ces arbres, va le rejoindre.
— Oui, mon père, mais pas avant, si vous le permettez, d'avoir adressé au capitaine Mitchell mes remerciements les plus sincères pour les égards et les soins dont j'ai été entourée pendant tout le temps que je suis demeurée sa prisonnière.
— Vous ne me gardez donc pas rancune,' mademoiselle?
— Je vous conserverai une l'econnaissance éternelle, car vous êtes bon, je le sais maintenant.
Et après s'être gracieusement inclinée et avoir fait de sa main mignonne un charmant geste d'adieu, elle partit en courant dans la direction de la .forêt qu'elle ne tarda pas à atteindre et où elle disparut.
• Les quatre hommes la suivirent un instant du regard.
— Il ne me reste plus qu'à prendre congé de vous, messieurs, dit l'Outlaw.
— Un moment encore, répondit l'aïeul, capitaine, cette récompense que vous ne voulez pas accepter, je dois vous forcer à la prendre.
' Il fouilla alors dans sa gibecière et en retira un
parchemin, plié en quatre.
' — Voici la rançon de ma fille, dit-il.
— Monsieur !
' — Acceptez, reprit-il avec un sourire engageant, c'est le titre de propriété de la vallée de l'Elan. ' — Eh quoi, s*écria-t-il avec une émotion étrange.
— Oui, vous verrez marqué d'un point rouge sur le plan Tendroit où est enfoui ce que vous savez, je vous fais possesseur du terrain et de tout ce qu'il renferme, pas de dénégation, capitaine je le veux, vous voyez que lés voies droites sont toujours les meilleures.
35i LBS OUTLAWS
— Acceptez sans scrupule, capitaioe, ajouta François Berger, ce que nous vous donnons a^t à nous seuls, nul autre que nous n'a le droit d'y prétendre.
-^ Puisque vous l'exigez , messieurs, j'aurais mauvaise grâce de me défendre plus longtempi d'accepter un présent auquel pour de puissants motifs j'attache un si haut prix.
— Je vous comprends, capitaine, reprit l'aïeul et je ne vous demande qu'une seule chose eu retour.
— Parlez, monsieur, et quelle que soit cette chose
— Vous ne vous servirez de ce que je vous donne que dans un but honorable,
— Je vous le jure, monsieur.
— Je retiens votre parole et j'y ai foi, votre main capitaine et quittons nous en amis. -• .
— Oh ! oui, dit-il avec une émotiou étrange chez un pareil homme, oui votre ami ; je u'ai qu'un désir c'est que vous me mettie? h même de vous prouver mon dévouement.
— Qui sait, murmura le vieillard d'un air pensif, ce moment arrivera peut-être plus tôt que vous ne le croyez.
— Je serai toujours prêt à verser, s'il le faut, la dernière goutte de mon sang pour vous défendre, vous et les vôtres ou vous venger.
Une jQli^ cb^9«e,
Plus de deux semaioe3 s'étaient écouléas depuis le jour pu s'étaie»t passée à rbabitation de Ja vallée de l'Élani les événements rapportés dans un dç nos précédents chapitres,
Josuab JDicl^Qn, mosi quç npps l'avons dity aprl^ avoir péremptoirement signifié à ipa famille sgr^ jn? teniion formelle de nouer des relations avec ^m voisins, du bas et du haut du fleuvet s'était embar^ que san3 VPuloir se rendre auï observation» fort sensées de son frère qui s'était offert k lui fournir, san3 qu'il eût besoin de quitter le défrichement, tous tes renseignement^ qu'il voulait obtenir} il était parti avec ^m et J»ok, 3es Uh c»dets, I9
356 LES ODTLAliyS
nègre Sandy, son serviteur, tous bien armés et approvisionnés de vivres, après avoir laissé la direction de son établissement à Harry, son fils atné, sous la surveillance, bien entendu de Samuel Dickson.
Harry était un gran.d et beau garçon, vigoureux comme un Hercule, brun etintelligent, dans lequel, avec raison, son père avait une entière confiance; actif, laborieux, toujours le premier debout et le dernier à se livrer au repos ; il était sans cesse à courir de tous les côtés, encourageant les ouvriers et les engagés, en faisant passer dans leur esprit l'ardeur dévorante dont il était animé.
C'était le type complet du squatter et du pionnier américain ; habile à suivre une piste, connaissant à fond toutes les ruses indiennes, il montait à cheval comme un centaure et mettait au besoin, à cent yards de distance, une balle dans l'œil d'un tigre ou d'une panthère ; comme son père il professait une horreur profonde, pour tout ce qui était attorneys, etc.; en un mot les représentants, quels qu^ils fussent, de la justice, ne trouvaient pas grâce à ses yeux et il eût volontiers fait cent mille tout d'une traite, pour éviter la rencontre de l'un deux. Passionné pour la vie au grand air et la liberté des frontières, tout frein, si léger qu'il fût, pesait à ses robustes épaules, il n'entrait dans une ville, qu'avec un sentiment d'effroi, et ne comprehait d'existence possible que celle du désert. Bien
qu'élevé un peu à Taventure, et qu'il fût sombre, laciturue, farouche même, il adorait sa mère, ses frères et sa sœur, et professait un profond respect pour son père, dont il, admirait l'indomptable énergie; mais l'homme qu'il préférait entre tous, était son oncle Samuel ; sur un signe de lui, il eût sans hésiter, accompli les actigns les plus dangereuses et même les plus répréhensibles, si celui-ci l'eût exigé; en un mot il éprouvait un véritable fanatisme pour son oncle, s'était fait son aide, et admettait sans discusion et comme acte de foi tout ce que le vieux fermier disait ou faisait.
Un matin, un peu après le lever du soleil, Harry galoppait à travers la forêt déjà bien éclaircie ; il allait à deux ou trois lieues de l'habitation, surveiller une coupe de bois considérable, commencée la veille, dans le but de créer de grandes prairies artificielles et en même temps de dégager les bords du Missouri, afin d'établir des moulins à eau et diverses usines indispensables à la prospérité future de l'établissement ; le jeune homme n'était plus qu'à une courte distance de l'endroit ou travaillatent les bûcherons, lorsqu'un coup de sifflet modulé d'une certaine façon particulière et sans doute bien connue de lui, lui fit subitement dresseri'oreille et arrêter net son cheval, non sans jeter un regard investigateur autour de lui.
Presque aussitôt un cavalier parut ; ce cavalier était un homme de cinquante ans passés, de haute
taille, maigre, sec, nerveux, à la peau parcbemi* née, aux regards louches et à la mine chafouine» il montait une jument basse et étriquée dont on voyait pointer les os, qui trottait la tête entre les jambes et avait la queue rase et pointue, comme celle d'un rat.
Ce singulier personnage, aux manières obsé* quieuses et au sourire faux, était vêtu, bien que d'une façon sordide, comme les fermiers des frontières américaines : grand gilet, habit à ba^que^ immense culotte courte en peluche, guêtres moo^ tant à mi-jambes et chapeau lampion.
Il ne portait pas d'armes ; ou du moins, s'il en portait, il ne les faisait pas voir.
C'était un de ces hommes, dont on dit en les apercevant la première fois : C'est un bon homme^ mais dont, après mur examen, on s'éloigne avec dégoût, en murmurant : C'est un vieuic co* quin.
— Eh 1 eh ! mon jeune maître, dit l'étranger en saluant le jeune homme avec un sourire mielleux* vous voici de bien bon matin dans ces parages él(Mgnés; me cherchiez- vous par hasard?
— Ma foi non, maître Lagrenay, répondit délibé^ rément le jeune squatter, que le bon Dieu vous bénisse, si je pensais seulement à vous 1
— Voyez-vous cela, reprit l'autre, avec son rire qui claquait comme des castagnettes, vous n'êtes pas aimable, savez*vous ; puisque vous ne aie cher*
cMez pas, pourquoi donc vdus êtes vous arrêté en entendant mon sifflet?
— J*aî cru que c'était un serpent, répondit Harry, d'une voix railleuse ; tenez vieux squatter, je ne sais pas mentir, moi ; c'est vrai, je vous cherchais.
— Ahl voufr voyez bien, fit-il en se frottant les mains.
— Attendez, laissez moi finir : je vous cherchais, mais pour vous dire ceci :
— Voyons un peu ce que vous voulez me dire.
— Je souhaite que cela vous fasse plaisir, dans tous les cas écoutez bien :
— Je ne perds pas un mot, allez.
— Je vous aï rencontré» je ne sais comment, j'ai fait votre connaissance, je ne sais pourquoi; cependant m'est avis que cette connaissance ne saurait m'être profitable : vous m'avez parlé de certaines choses qui ne me plaisent pas, et m'ont suggéré des ^nsées que je crois mauvaises. Or, je vous invite à me laisser tranquille dorénavant, de ne plus vous trouver sur mon chemin, ou si par hasard nous nous rencontrons de nouveau de ne pas m'adresser la parole.
— Voyez-vous cela I Vous êtes vif, mon jeune maître, et quel est s'il vous plaît, le motif de cette dngulière résolution que vous prenez ainsi à l'improviste? Je puis vous le demander, il me semble?
— Libre a vous, vieux squatter, mais libre à moi
aussi de ne pas répoadre; croyez-moi restops-en là, quittons-nous bons amis; une querelle avec aïoi ne vous servirait à rien ; donc allons chacun de notre côté: la prairie est vaste, il y a place pour vous et pour moi sans que nous nous gênions l'un Taulre,
— Voilà qui est fièrement parle^jeune homme : je dois donc conclure de tout ceci, que vous refusez mes propositions et rejetez mes offres ?
— Concluez comme il vous plaira, peu m'impoi;te; seulement délivrez-moi de votre présence.
— Ce n'est pas trop, je le confesse ; ah! ah ! vous n'aimez donc pas l'or, jeune homme?
Harry haussa les épaules avec dédain,
— Vous me prenez pour un imbécile, vieux squatter : l'or ne pousse pas comme les champignons au pied des arbres, et puis je préfère, puisque vous l'exigez, vous dire le fond de ma pensée : je ne crois pas aux trésors enfouis dans les déserts, si ce trésor existait réellement, vous l'auriez ggrdé pour vous.
. — Malheureusement je ne connais pas la place exacte, je vous l'ai dit, fit-il avec un soupir; sans cela je ne vous aurais pas proposé une association,
— J'a.dmets cela à la rigueur ; mais comment se fait-il que jamais vous n'ayez pu me fournir la preuve que ce trésor, si trésor il y a, est bien a vous? '
— Je vous ai dît que cette preuve m'avait éié
f dérobée, lorsque raa pauvre habitation a été pillée par ces scélérats d'Outlaws.
— Hum ! tout cela n*est pas clair, tant s'en faut !
, vieux squatter ; vous ne me ferez jamais croire que propriétaire d'un trésor immense, ainsi que vous l'affirmez, vous ayez d'abord préféré le laisser enfoui pendant de longues années, au lieu de l'enlever
' et de vous en servir; que vous n'ayez pas pris les précautions nécessaires pour reconnaître la cachelte, et que ce ne soit enfin que depuis quelques jours seulement que la pensée vous soit venue de rentrer ainsi dans votre bien, en vous associant à un inconnu.
— A cela je vous répondrai que j'ignorais, qu'un établissement avait été récemment fondé dans cette ' vallée ; aussitôt que j'en ai eu connaissance, je suis accouru afin de revendiquer ma propriété.
— Vous n'aviez rien à revendiquer et vous le savez fort bien ; je suis jeune, mais j'ai assez d'expérience cependant pour ne pas me laisser tromper conîhne un sot par le prenner venu-auquel 11 plaira de m'en conter ; allez au diable.
— Oui, oui, je vous comprends maintenant^ reprit l'autre d'un ton incisif : maître de mon secret, vous ne seriez pas fâché de me dépouiller en vous appropriant mes richesses.
Un éclair de colère brilla dansl'fpil noir du jeune homme; mais il se contint.
— Vous êtes un vieillord,jc ne me querellerai
362 LES OtTLAWS
pas avec vous, dît-il, je ne veux pas que votre sang rougisse mes mains ; prenez garde cependant, je pourrais oublier que vous avez des cheveux gris.
— Vous êtes un enfant mutin et pas autre chose, fit le squatter d'un air paterne, si vous vouliez réfléchir vous reconnaîtriez...
— Taisez-vous, s'écria le jeune homme, assez longtemps j'ai écouté vos billevesées; pourquoi ne vous étes-vous pas adressé à mdn père, il vous aurait répondu, lui.
— Je ne me suis pas adressé à votre père parce que...
— Parce que? dit-il d'une voix menaçante.
Le squatter eut peur, il biaisa.
— Rien, dit-il, brisons-là, vous ne voulez pas, n'en parlons plus; seulement souvenez-vous de ceci : vous vous en repentirez, mais il sera trop tard, eh ! eh! vous verrez, mon jeune maître.
— Soitl Je ne veux rien ni de vous, ni par vous.
— Au revoir, maître Harry, l'honnête homme.
— Adieu, vieux drôle.
ils se saluèrent d'un air narquois; et le vieux squatter continua sa route.
Lé jeune homme le suivit du regard jusqu'à ce qu'il l'eût vu disparaître à l'angle du chemin.
— J'ai bien fait de m'en débarasser, dit-il à part lui, c'est un misérable; son offre cachait évidemment un piège.
En ce moment un rauquement sourd et prolongé se fit entendre à une courte distance.
— Hein ! qu'est-ce là, fit T Américain avec un tressaillement nerveux 1
tin nouveau rauquement plus fort que le premier traversa l'espace et lui coupa la parole^
— Il y a des jaguars aux champs, murmura-t-îl en flattant de la main son cheval qui couchait les oreilles, se cabrait sur place et était inondé de saeur.
— Dieu mé protège î reprit-il, le vieux squatter est juste sur leur route.
Gomme pour lui donner raisofi, au même instaot, uq cri lamentable, un appel désespéré vibra sinistre et terrible à son oreille.
— Cet homme est sans armes I s'écria-t-il, ce serait lâche à moi de le laisser aux prises avec uû tigre.
Sans plus réfléchir, il appliqua si rudement les éperons aux flancs de son cheval, que l'animal hen« nit de douleur et s'élança à toute bride.
En quelques minutes l'animal aOblé de terreur et de rage franchit un espace considérable ; bientôt le jeune homme se trouva sous le couverU
Alors un spectacle étrange s'oflrit 4 ses regards étonnés.
^tt centre d'une clairière asseï^ vaste^ traversée par un étroit ruisseau dont le f uban d'argent fuyait; sous les glayeuls, le vieux squatter agenouillé der«
riëre sod cheval, haletant de terreur, se tenait les mains jointes et les yeux pleins de larmes, levés aa ciel.
En face de ce groupe effaré, sur la maîtresse branche d'un gommier gigantesque, un magnifique jaguar, pelotonné comme un chat qui guette, fixait sur lui deux yeux de braise en passant avec complai^ce sa langue d'un rouge de sang sur ses pattes étendues.
— Sauvez-moi! sauvez- moi I s'écria le pauvre diable avec un râle d'agonie, en apercevant le jeune homme.
— Je tâcherai, répondit laconiquement celui-ci. II mit froidement pied à terre et abandonna son
cheval, qui s'enfuit en hennissant d'épouvante; puis le rifle à l'épaule, il s'avança résolument et se plaça devant le vieillard, qui tremblait comme s'il eût été en proie à la fièvre quartaine.
Le tigre n'avait pas bougé.
Son regard félin semblait couver ses victimes; il se pourléchait avec une volupté radieuse, relevait les lèvres et montrait la double rangée de ses dents formidables.
Le jeune homme sourit.
— Voilà une noble bête, murmura-t-il, je ne voudrais pas gâter sa peau.
Singulière préoccupation dans un tel moment, mais qui caractérise le chasseur américain pour lequel l'argent est tout et le danger n'existe pas.
DU MISSOURI 36â
Tout à coup un rauquement assez éloigné résonna sous le couvert.
Le tigre, sans quitter sa position et sans détourner la tête, répondit aussitôt, par un rauquement semblable.
— By god ! s'écria l'Américain, ils sont dcuxl Quel dommage de troubler un aussi joli ménage!
A peine achevait-il ces mots, que le tigre s'élança ; mais l'Américain était sur ses gardes ; il i^ha la détente, le fauve tournoya dans l'espace et tomba comme une masse sur le sol.
11 était mort; une balle dans l'œil droit l'avait littéralement foudroyé. .
— Un ! s'écria le jeune homme en jetant son rifle, dégainant son Bowney-Knif et s'enveloppant le bras avec son habit.
Presqu' aussitôt on entendit un furieux craquement de branches, et un second jaguar bondit sur le cheval du vieux squatter en enfonçant ses griffes puissantes dans les flancs haletants de l'animal, à demi-mort d'épouvante.
Harry se rua a corps perdu sur le fauve ; il y eut une lutte indescriptible, qui dura plus d'une minute; le jaguar et l'homme roulèrent sur le sol en se débattant ; puis l'homme se releva.
Le tigre gisait, le ventre ouvert, sur l'herbe qu'il rougissait de son sang.
— Voilà qui est fait, s'écria joyeusement le jeune homme. Bygodl quelle belle chasse I C'est