PRÉFACE. XXVII
Pour connaître les travailleurs manuels, il eût fallu s'en approcher, les interroger, plus encore : vivre de leur vie. Ayant ressenti leurs- souffrances et leurs joies, on eût pu alors les exprimer. En se tenant éloigné d'eux, en ne les jugeant qu'avec des opinions préconçues, on s'est exposé à ne pas les peindre ressemblants, — ce qui est fâcheux au point de vue de l'art, — et en les montrant tout autres qu'ils ne sont, à ne pas attirer sur ces hommes de labeur les sympathies auxquelles ils ont droit, — ce qui, sous le rapport philosophique et moral, est infiniment plus regrettable.
Par ce qui précède, et je tiens à ce que l'on en soit convaincu, je n'entends pas critiquer les motifs honorables qui ont animé les littérateurs faisant de rouvrier le type par excellence. Il y avait dans leur cœur trop de désir ardent d'être utiles, trop de dévouement sincère, trop d'amour pour ceux dont ils plaidaient la cause, pour ne pas s'incliner respectueusement devant eux. Mais, tout en tenant compte de leurs efforts, j'ai cru qu'il m'était permis de suivre une autre route.
Des raisons plus graves encore m'ont fait entreprendre ces Etudes.
Les classes supérieures ignorent, en général, les misères des classes laborieuses, ce qui s'explique ai-