‹ Les ouvriers de Paris: alimenationChapitre 9 sur 43 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Après ce qui a déjà été écrit sur les classes ouvrières, il pouvait paraître inutile d'entreprendre un nouveau travail à ce sujet. Que dire, en effet, qui n'ait été fréquemment répété, et surtout par des hommes d'un mérite incontestable? Sous quelle forme nouvelle présenter des faits tant de fois constatés?

 ces questions je répondrai que je n'aurais pas pris la responsabilité d'une semblable tâche, si je n'en avais compris toute l'importance, et si je n'avais puisé dans la condition même oix je suis placé la force nécessaire pour l'accomplir.

Qifelques mots suffiront pour développer ma pensée.

La poésie, le roman, le théâtre ont tour à tour servi à dépeindre le peuple, sans que l'on soit néanmoins parvenu à reproduire sa physionomie réelle.

Voici quelle en est peut-être la cause :

Soit ignorance, soit parti pris, quelques littérateurs ont fait de l'ouvrier un véritable épouvantail; ils ne l'ont montré que sous un jour défavorable, et au lieu de raison et de sentiments, ils lui ont attribué des instincts. En procédant ainsi ils ont laissé croire que

XXVI PUliFÀCE.

dans les classes qu'ils nomment inférieures^ il n'y avait aucune notion, aucun amour du beau et du juste, aucune aptitude pour comprendre ce que, malgré ses imperfections, THumanité renferme de grand et de sublime.

D'autres écrivains, — qu'on ne saurait trop louer, à cause de leurs intentions, — sont tombés dans Texcès contraire en faisant du travailleur manuel un type idéal, possédant toutes les vertus, sans mélange d'aucun vice, parlant un langage recherché pour exprimer des idées plus prétentieuses encore, et philosophant au besoin comme un disciple de Platon ou d'Aristote.

En prêtant au peuple un langage et des mœurs qui ne lui appartiennent pas, l'on n'a créé que des personnages de pure convention ; et s'il en est résulté des scènes amusantes, bouffonnes, des drames saisissants, terribles, de la fantaisie littéraire en un mot, le but ne paraît pas avoir été atteint.

Quant à l'ouvrier vrai, qui manie avec énergie la lime ou le rabot, gagne courageusement son pain et celui de sa famille, lutte avec dignité contre les étreintes de la misère en conservant une allure toute virile, quant à cet ouvrier qui discourt peu, travaille beaucoup, on ne le trouve guère qu'à son établi ou dans sa mansarde, mais rarement dans les livres. Il est même permis d'affirmer qu'il n'est ni ange ni démon : c'est un homme.

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