VI
Il n'est pas mauvais que le pauvre s'enivre quelquefois^ afin de supportei' patiemment sa condition ; son existence alors lui est au moins supportable.
En disant « que le pauvre avait bien assez de sa misère, sans qu'on cherchât à lui donner des vices », on a eu parfaitement raison. S'il ne sait pas se faire respecter, si, par sa conduite, il ne prouve pas toute l'injustice du sort à son égard, où ce pauvre trouvera-t-il des consolations? — Dans l'ivresse, direz-vous. — Que ne conseillez-vous à un malade de prendre du poison ! Ce n'est au contraire qu'à force de courage, de dignité, qu'il arrivera à conquérir cette sympathie, ce respect, auxquels a droit tout homme qui souffre. C'est déjà beaucoup trop pour lui de la douleur; n'y ajoutez pas encore le mépris qui s'attache à tout homme qui s'enivre.
L'ivrognerie a deux causes principales et inséparables : rignoran«e et la misère. Les traités de morale ou de philosophie ne serviront donc à rien tant que l'on n'aura pas détruit ces deux causes, et cela pour une raison fort simple, c'est que la plupart de ceux qui s'enivrent ne savent pas lire ou lisent sans comprendre, ce qui revient au même. .
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