LE CHOCOLATIER
2 1 • -— Le Jardinier prophète et roi . — Le cacaoyer.
• Le chocolat est un «aliment que Ton prend pour le déjeuner, et dont le cacao est la hase. Mais ayant de parler de sa fabrication, abandonnons pendant quelques instants Paris, son industrie et ses nombreux producteurs, pour parler de Tarbre auquel nous devons le chocolat. Il y a môme au sujet de cet arbre une charmante légende dont le souyenir a laissé quelques traces dans les mœurs des habitants du Nicaragua.
A une époque fort incertaine, où cependant la -direction des ballons était tout aussi bien connue qu^aujourd'hui, Quazalcault, simple jardinier, se trouva un jour, on ne sait comment, enleyé au séjour des premiers ISls du Soleil, et ceux-ci furent tellement enchantés de sa visite, que pour lui témoigner leur satisfaction, ils lui firent présent de quelques semences de qtiatcahauU. Redescendu sur la terre, il s'empressa de les planter dans ses jardins de Talzitipes, il en mangea les fruits qu'il trouva excellents, et de ces mêmes fruits il composa une liqueur fort agréable. Le cacao de ce temps-là possédait sans doute des propriétés qu'il a perdues depuis, car par suite de Tusage qu'il en fit, notre jardinier prédit Tayenir, ce qui était déjà un assez beau résultat, et chose non moins surprenante, toutes les sciences lui devinrent familières, sans qu'il eût jamais rien appris. En homme qui comprenait ses devoirs,
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il ne voulut pas que cette immense érudition ne profitât qu'à lui seul; il chercha donc à la répandre, à la vulgariser ens'entourantde nombreux disciples^ dont le nombre s'augmenta à ce point qu'ils purent le faire nommer chef des populations do TArrahuac. A notre avis, — et la suite va le prouver, — ils lui auraient rendu un meilleur service en lé laissant enseigner à tous ceux qui l'approchaient l'art de cultiver la terre et de guérir les malades. Malgré ce lourd fardeau du pouvoir, il eût pu néanmoins être encore heureux s'il s'en fût tenu là, car son riche palais de Tula, resplendissant d or, de diamants et de pierreries, lui olï'rait tous les plaisirs qu'il pouvait souhaiter; mais Tambilion, semblable au jeu, est une passion qui reste toujours inassouvie. L'intelligence de Qûazalcault s'obscurcit et il voulut être immortel. En cela, il fit comme beaucoup d'autres ayant peut-être moins de mérite que lui. Il avait visité l'Eden, et obtenu l'insigne honneur de s'entretenir longuement avec les fils du Soleil. De simple jardinier, il était devenu prophète, puis enfin roi. Son peupie l'aimait, — chose assez rare, — et cela ne lui suffisant pas, il lui fallait encore l'immortalité. Pour l'obtenir, il s'adressa à un magicien, — quelque courtisan sans doute, — qui la lui promit, et fit boire q.u pauvre Quazalcault d'une certaine liqueur qui acheva de le rendre complète-, ment fou. Il changea de place les plantes et les arbustes de son jardin, les saccagea, et ne respecta même pas le cacaoyer auquel il devait la plus grande partie de sa fortune et de sa gloire. L^n jour il abandonna son palais, et on ne le revit plus. Se noya-t-il? iMourut-il subitement? On l'ignore; mais ses sujets restèrent longtemps persuadés qu'il avait été enlevé par le Grand-Esprit et transformé en Génie de la rosée et de la pluie, en souvenir des services qu'il avait rendus à l'agriculture.
Les nombreux disciples du jardinier-prophète transmirent seulement à quelques initiés la science qu'ils tenaient de leur maître ; dans plusieurs tribus anciennes. Ton rencontre encore aujourd'liui des sorciers exerçant la médecine, et qui ont la poitrine tatouée des signes
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symboliques duul Quazalcault avait marque suii disciple bien-aimé (i).
Les peuples de rAmérique adorèrent aussi Quazalcault sous le nom de Vatan, qui signifie couleuvre de plumes divines^ et eurent le cacaotier en grande vénération. Oviedo y Valdez nous apprend à ce sujet dans son Histoire générale naturelle des Indes^ publiée à Madrid en 4854, que dans le Nicaragua on adorait la divinité qui protégeait le cacaoyer contre les intempéries des saisons, et qu'on lui rendait un culte public. On brûlait de la gomme de copal, et tous les assistants se faisaient des incisions sur la langue. Celui qui saignait le plus prouvait ainsi sa ferveur. Cette souflrance physique, volontairement acceptée, pourrait bien être un symbole; mais nous en ignorons entièrement le sens. Des fêtes solennelles se célébraient chaque année, pour remercier le dieu du cacaoyer. Une soixantaine d'hommes, — les femmes étaient exclues, — la tête ornée de panaches brillants,.le corps garni de bourre de coton hachée, teinte de diverses couleurs et collée sur la peau avec de la gomme, se présentaient sur la place et dansaient en gardant le plus profond silence. Il est vrai que si parmi eux il s'en trouvait quelques-uns qui se fussent fait des incisions à la langue, leur désir de parler devait être modéré. L'orchestre se composait d'une douzaine de musiciens, si Ton peut donner ce nom à des sauvages faisant avec des cymbales un infernal tapage. Un mât, placé au milieu de la place, était entouré de quatre poutres posées en travers et formant un carré. Deux jeunes enfants étaient attachés à une corde assez forte, enroulée au haut de ce mât; l'un tenait un arc d'une main, et de l'autre un chasse-mouches en plumes et un miroir, et son compagnon agitait un carquois rempli de flèches. Ces deux enfants s'élançaient à un moment donné, et la corde se déroulant, ils paraissaient voler dans l'air. Cette fête, qui durait une demi-heure, se ter-
(i) E. et A. Pelletier, Lf Thé et le Chocolat, \). 12 el suiv.— Nous avoue enipiimU' plusieurs auires fajls à ce travail irès- intéressant.
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miuait par un grand cri pousse par Iol.s les assislauls. Le mât restait en place pendant huit jours, après lesquels une troupe dlndiens Tenaient Tarracher et enlever Tidole dressée à son extrémité; ils le portaient dans leur temple, où il restait jusqu'à la fête suivante.
Les anciens Aztèques adoraient aussi le dieu du mais et la déesse du sel. Quant au cacao, ils croyaient que son fruit serTait à composer le nectar des dieux. Ce fruit leur servait de monnaie, qui, par parenllièse, était parfois Tobjet de nombreuses contrefaçons. L'amande était acceptée'comme tribut.
Le cacaotier croît principalement dans TAmérique Éqliatoriale, dans les proyinces de Nicaragua et de Guatemala, aux bords du fleuve des Amazones, sur la côte de Caracas, au Mexique et dans les Guyanes. Plusieurs savants ont appelé cet arbre la nourriture divine. Longtemps ayant l'arrivée des Espagnols dans le Nouyeau-Monde, les Indiens ayaient connu les précieuses qualités du cacaoyer, et le cultivaient avec soin. Les Caraïbes le nommaient cacao^ et les Mexicains l'appelaient cacahooquatiL il y a plusieurs espèces de cacaoyer; sa forme générale serait celle du cerisier. C'est au milieu d'épaisses forêts, où le yent ne peut l'atteindre, qu'on le plante et qu'on le cultive. Sa hauteur varie de un à douze mètres, selon la nature du sol; et une particularité digne de remarque, c'est que ses feuilles se renouvellent sans cesse, et qu'il n'est jamais dénudé. Ses rameaux sont grêles, garnis de feuilles pendantes, dentées, lisses et veinées en dessous ; il est toujours garni de petites fleurs rougeâtres, sans odeur, qui poussent en grand nombre et par grappes sur les grosses branches. Ses fruits, verts ou jaunes, ont la forme d'un concombre, et une longueur de deux à trois centimètres. Une écorce épaisse et rugueuse recouvre ses fruits dont chacun renferme yingt-cinq, trente et même quarante amandes qui ressemblent à nos fèves de marais.
11 y a quatre principales espèces de cacaotiers ; le cacaotier de la Guyane, le cacaotier commun, le cacaotier bico-