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les deux apparteajents du premier étaient loués, Tun à la famille Bibeau , Tautre au célibataire Pas-de-Chance. Cette nouvelle faillit causer une attaque d'apoplexie à l'envieux Larigette.
— 11 faut, dit-il, que ces gens-là soient entrés les premiers aux Tuileries, le 24 février.
— Vous vous trompez, répondit laconiquement le propriétaire, et il tourna le dos à Larigette. Ce dernier se hâta de revenir rue des Ursulines, et de gravir Tescalier au haut duquel était nichée la famille Bibeau.
Le terrassier se préparait à aller rejoindre sa brigade aux Champs-Elysées, quand Larigette, humble et mielleux, lui apparut tête nue.
— Croyez-bien que j'en suis heureux. Ça ne m'étonne pas, un honnête homme corn-
me vous a droit au bonheur, vous avez donc hérité, monsieur Bibeau?
— A propos de quoi toutes ces railleries? demanda Nivôse froidement.
— Est-ce que en devenant riche vous seriez devenu fier? Mais moi aussi, d'un jour à l'autre , je peux hériter, ou du moins j'aurais dû hériter, si mon parent... Enfin, il n'y a pas de justice sur la terre.
Suzanne et Nivôse ébahis écoutaient ces paroles.
— Que voulez- vous dire ? demanda madame Bibeau impatientée.
— Je vous félicite , vous serez bien au premier ; mais pourquoi ne pas m'avoir prévenu? J'aurais fait ramoner la cheminée.
— - Savez-vous, mon ami, dit Nivôse, que si je n'avais pour habitude de ne jamais me fâcher, vous me mettriez en colère.
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— Etes-vous étonnant! répliqua Larigette ; et M. Pas-de-Chance, c'est vous sans doute qui lui prêtez de quoi se meubler... Tenez, le voici, je vous laisse. Le propriétaire m'a chargé de vous remettre cette quittance.
Au comble de la surprise, Nivôse lisait . un écrit ainsi conçu : c J*ai reçu de M. Bibeau la somme de cent cinquante francs pour deux trimestres de Tappartement qu'il va occuper dans ma maison au premier étage. »
Pas-de-Chance était entré, il entendit cette lecture.
— C'est à vous rendre fou, dit-il ; j'ai reçu ce matin un papier comme le vôtre contenu dans cette lettre, que mon logeur m'a lue ; il est question de vous et de moi. C'est une mystification à laire casser les reins h cpu^lqu'un.
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Nivosc prit la lettre et lut :
— « Ne vous élonnez pas des li[>nes suivantes, ne cherchez pas à les comprendre. C'est un mystère qui vous sera dévoilé plus tard. — Rendez-vous rue des Ursulines, et demandez au concierge la clé de votre nouvelle demeure. Tout ce quelle contient est à vous ; faites-en usage sans scrupule, et dites à Nivosc Bibeau de prendre possession de l'appaitement voisin du vôtre, qui lui appartient désormais, »
— Quelqu'un se moque de nous, dit PasdeChance ; cré nom ! qu'il vienne donc un peu montrer sa figure, celui-là!
Larigette se présenta une seconde fois ; il offrit une clef à Bibeau et une a Pas-de- Chance. Peu s'en fallut que le terrible menuisier ne fit payer à cet homme ce qu'il appelait sa mystification.
— Est-il enragé I s'écria le concierge; il
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me donne chair de poule avec ses manières.
D'un geste, Nivôse pria Pas-de Chance de modérer ses transports.
Sans ajouter foi encore à tout cela, le menuisier et le terrassier descendirent, suivis de Suzanne et des enfants. —En voyant, ils furent bien forcés de croire. L'appartement de Nivôse contenait trois pièces : dans l'une, quatre petits lits en fer iirent bondir d'une belle joie les quatre petits mioches. Une armoire renfermait du linge marqué à l'encre de Chine N. B. : les tiroirs d'une commode étaient pleins de vêtements grands et petits, proportionnés à la taille de Nivôse, de sa femme et de leurs enfants ; le lit destiné à remplacer le grabat de la mansarde était large, abondamment fourni de couches, et paré de beaux draps de toile. — Chez Pas-de-
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Chance existait le môme confortable, plus restreint seuleaient; sa commode recelait aussi des habits immensément préférables à ceux qu'une fois il avait achetés au Temple.
— C'est égal, c'est enguignonnant, de se voir plongé dans la fortune sans voir le trou par lequel on y entre, disait le menuisier ; un doux sourire errait sur les lèvres de Nivôse et de Suzanne.
— Quelle que soit la main qui nous les apporte, bénissons les dons de Dieu, dit le terrassier.
Sa femme, ses enfants et lui s'agenouillèrent, Pas-de-Chance ôta sa casquette.
— Maintenant, dit Nivôse, Pas -de - Chance et moi, nous gUosis aux informations.
Ils se rendirent chez le propriétaire et
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le prièrent de leur apprendre, s'il lui était possible, le nom de leur bienfaiteur.
— Mes enfants, dit le propriétaire, je ne veux pas commettre une indiscrétion. Le nom du haut personnage qui s'intéresse à vous m'a été révélé ; mais je ne peux vous le dire.
Il eût été difficile de savoir si, en parlant de la sorte, le propriétaire, homme assez oblus, ne voulait pas exciter la curiosité de ses deux interlocuteurs, etdonner seulement un semblant de mérite aux révélations qu il pourrait faire.
— Vous nous auriez obligés, dit Nivôse, et cela ne vous était pas impossible.
— Sont-ils entêtés, ces gens-la ! Je vais vous expliquer comment c'est arrivé ; mais je ne vous apprendrai rien de plus : ce matin, comme je me levijis, un monsieur est venu ici me dire qu'il était chargé par une
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personne très riche de disiribuer des secours aux ouvriers sans ouvrage. « On m'en a signalé deux, a-t-il ajouté, qui, par leur conduite , méritent une protection toute particulière. » Et ces deux c'étaient vous.
— Mais quelle est donc la personne très riche qui a envoyé chez vous ?
— Voilà ce que je ne peux vous dire.
Pas-de-Chance, irrité de ces réticences, prit la parole à son tour:
— Il faut que vous nous le disiez : il le faut, s'écria-t-il.
L'air déterminé du menuisier effraya le propriétaire.
— Vous y tenez tant que cela? Après tout, moi ça ui'est égal ; j'ai promis le secret ; vous me ferez le pluisir de ne le dire h personne. Votre protecteur, qui ne voua
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connaît peut-être pas, se nomme le comte de Prémouran.
Les deux ouvriers poussèrent une exclamation de surprise ; ils se regardèrent l'un Tautre pendant une minute.
— Le comte de Prémouran ! répétèrent-ils.
— Oui, mes enfants.
— Celui qui demeure du côté de la rue de Chaillot? demanda Pas-de-Chance.
— Justement, il n'y en a pas deux à Paris de ce nom-là.
Abasourdis par cette révélation, ils sortirent de chez le propriétaire.
— Un homme si cruel envers Durousseau, si bon pour nous ; c'est prodigieux ! dit Nivôse. N'importe, je me sens le besoin de le remercier.
— Frnsqiions-nous un peu et allons-y.
Cest l)ien le moins qu'on lui rende visite dans les habits qu'il donne.
Dft l'eau bénKe au Diable.
Si Reine Machu n'avait pas immédiatement pris ses résolutions contre l'amour d'Henriette, qui trois jours auparavant venait de lui être révélé par la lettre adressée à Sulpice, c'est que, par prudence, elle hésitait encore. Elle joua le calme aux yeux de Sulpice, afin qu'il ne s'environnât d'aucunes précautions nouvelles qui eussent
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rendu insaisissables les détails de son amour. La chose semblait sérieuse à Reine. Ce n'était pas une folie galante commencée hier, finie demain.
Henriette pariait de Tavenir, elle comptait les jours. Evidemment elle ignorait que Sulpice fût marié ; mais se demandait Reine Terreur de cette jeune fille n'étaitelle pas le résultat d'un complot ourdi par le père Jérusard, ami de la famille Péril- Ion ? N'avait-il pas profité de la beauté d'Henriette pour créer à son fils Sulpice un attachement qui le maîtrisât. Etait-il injpossible que Sulpice songeât à fuir hors de France et à briser ainsi l'œuvre de Reine? Sa fuite annihilait alors sa complicité fausse ou réelle dans l'assassinat d'Henri de Prém^uran , et l'édifice sur lequel reposait la fortune des Machu s'écroulait.
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No ponvanl admettre les sentiments (l'honneur, comme une barrière infranchissable, parce que à ses yeux l'honneur était un mot t'ra^jile, Heine commençait à craindre qu'il n'y eût eu à son insu un rapprochement quelconque entre Jérusard et son fils. L'amour d'Henriette lui paraissait n'être qu'une conséquence de cette réconciliation. Peut-être Périllon s'entendait-il avec Jérusard, et à eux deux en faisaient-ils un pacte de famille sans qu'Henriette s'en doutât. Afin d éclaircir ce doute, Reine Machu avait déjà envoyé Minot tenter une démarche auprès de Périllon ; mais au début de ces confidences , un poing menaçant s'était dressé pour un^e réponse. xMinot n'avait pu exécuter les ordres de madame la comtesse.
Le crime étaitl'élément de Reine comme les mathématiques l'élément de Pascefl.
Créature méchante, habituée dès son enfance à écouter ses instincts mauvais, elle goûtait les perplexités de sa situation presque avec plaisir. Elle avait le génie de la cruauté autant que d'autres peuvent avoir celui de la mansuétude. Cela n'empêchait pas qu'elle éprouvât souvent les horreurs de la colère, mais ces horreurs devenaient ses joies. N'est-il pas des êtres abrutis qui aiment une ivresse frénétique dans les vapeurs de laquelle ils se débattent en se meurtrissant ! Le souvenir du mépris dont le comte de Prémouran l'avait abreuvée, lui causait parfois des accàs de fureur qu elle dévorait solitairement, relisant les lettres^ue Bertrand Machu, son père, lui écrivait de Villandry. Elle se mordait les lèvres, se tordait et riait des souffrances que le pâlot endurait.
'Une dernière lettre de Bertrand, écrite
depuis peu, annonçait que le prisonnier s'affaiblissait de jour en jour et praissait ne pas devoir vivre lonjjtemps. Reine avait répondu à son père : « Si par malheur vous le laissiez mourir, je vous accuserais de ravoir tué pour revenir à Paris. Je ne veux pas qu'il en ail sitôt fini avec la vie. Vous êtes responsable de ce qui arrivera. » . Comme onle voit, Reine Machun'aimait pas que la mort s'interposât dans ses machinations et les coupât àTimproviste. Le coup de poignard ou le poison, paraphe final du criminel vulgaire, lui inspiraient une sorte de dédain. Elle comprenait à peine qu'une femme se mit du sang aux manchettes en tuant son amant.
Les moyens compliqués, dangereux, mais larges , souriaient à son caractère. Elle calculait de façon à friser la borne de la police sans jamais se heurter à cet obs-