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tacle grossier. Un seul homme aidait à Texécution de ses plans subtils. Cet homme , vous le connaissez , lecteur , il se nomme Minot. Il a l'immense talent de ne j amais savoir plus que madame la comtesse ne veut qu'il sache. Entré au service de Reine en qualité de valet, il n'est resté que trois jours sous la livrée. De suite il est monté en grade. Les circonstances lui ont été favorables ; on lui a ôté le plumeau pour lui donner un portefeuille. Reine a découvert son œil à la Figaro, ses lèvres closes et plissées comme celles d'un muet du Maroc, elle a fait de lui son factotum. 11 obéit à madame la comtesse, ainsi que la pierre obéit à la main qui la jette. Son individualisme ne se montre qu'une fois tous les mois si Reine oublie de lui remettre un douzième des appointements , moyennant lesquels il lui est dévoué corps
el âme, cl il peut d'aulaiii mieux être employé à surveiller la fidélité conjugale de monsieur le conUe, — prétexte bon à tout, — qu'il est entièrement inconnu à ce dernier.
Heine sonj^jeait dans un petit salon coquettement paré en style rocaille. Précédé de la lueur que sa livrée orange projetait, un valet parut :
— Madame la comtesse veut-elle recevoir deux ouvriers qui demandent M. le comte?
Tels étaient les ordres donnés par Reine : on ne parvenait à voir Sulpice qu'après avoir parlé à elle.
— Des ouvriers ?
— Oui, madame la comtesse, c'est ainsi qu'ils se sont annoncés. Ils disent venir de la rue des Ursulines-Saint-Jacques.
Que m'importe ! fit celle-ci. Congédiezles : M. le comte n'y est pas.
Le valet sortit. Reine cherchait à deviner ce que son mari avait à démêler avec ces gens. Un nouvel éclair annonça une nouvelle apparition du valet.
— Ces deux ouvriers insistent. Ils prétendent qu'ils ont à remercier monsieur le comte.
— Faites-les entrer, dit Reine avec impatience, je leur parlerai.
La tenture se souleva devant Pas-de- Chance et Nivose-Ribeau. Us ressemblaient à de bons fermiers des environs de Paris, grâce à leur nouveau costume, c'est-à-dire leur paletot à lonj» poil, leur pantalon de cuir-laine et leurs jjros souliers. Le luiif nienuisiorso renlVounait dans sa cravate afin de se donner un îiir qui s'harnionisî\t avec le luxe velu de ses vétenuMils II pou-
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vait, {]eslicu)er au inoins , aucun craquenicnl ne le conirai[>nait à rimniobilité. Une excellente cherflise de cretonne reinl)la(^'ait la guenille de couleur que nous lui avons connue. Le col lui en]boitait les joues et lui blessait le nez quand il tournait la tête, aussi se contentait-il de se mouvoir tout d*une pièce. 11 trouvait que Nivôse ne portait pas élégamment sa toilette.
— Vous n'avez pas de chic, lui avail-il dit.
Pas-de-(lliance n'admettait pas qu'on dût être parfaitement à Taise sous de beaux habits.
En pénétrant dans le petit salon de Reine, il craignait de marcher sur le tapis. Il regardait furtivement les belles choses empilées les unes sur les autres, et avait peine à contenir ses exclamations admira-
54 LES OtVhIEI\S
tives. Le salut qu'il offrit à Reine eût inspiré de la jalousie à un régisseur de province. Beaucoup plus froid, Nivôse Bibeau s'inclina poliment.
— Nous souhaitions voir M. le comte, dit-il, c'eût été un honneur inespéré pour nous.
— Que lui voulez-vous, demanda Reine sèchement.
— Vous n'ignorez pas , Madame , les bienfaits que monsieur le comte répand dans Paris. Il nous a comblés de ses largesses, en nous donnant des meubles, des vêtements. Il y aurait ingratitude de notre part à ne pas éprouver le désir de lui témoigner notre reconnaissance.
— Ce n'est pas monsieur le comte qui prodigue ainsi sa fortune, vous vous trompez.
VjU prononçant ces paroles, Reine s'était
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levée, l.e san{; lui iiioiUait au visafje ; car, malgré tout, elle réfléchissait qu'il n'y avait rien d'impossible à ce que Sulpicc eût voulu secrètement dépenser en actes de charité une partie de ses richesses si étrangement acquises.
— Oh ! Madame , reprit le terrassier , Dieu vous récompensera de suivre si ponctuellement sa loi. Vous cachez à la main gauche ce que donne la droite, et vous fuyez les bénédictions des pauvres comme d'autres les cris de leurs victimes.
On aurait frappé Reine Machu qu'elle n'aurait pas éprouvé une sensation plus acre.
— C'est impossible ! grommelait-elle en tirant un cordon de sonnette qui amena subitement un laquais, comme une ligne amène un goujon.
—- Madame la comtesse a sonné.
5(; LES oTJvniEUS
Elle dit quelques mots à voix basse.
L'homme a livrée orange répondit de même.
— Qu il se rende dans la pièce voisine, continua la comtesse.
L'instant d'après, dans la pièce voisine, Minot se trouvait en présence de Reine , vtandisque Nivôse Bibeau et Pas-de-Chance demeuraient seuls dans le salon.
— Vous me servez mal, disait Reine à Minot, très mal. J'ignore tout ce qui se passe.
Napoléon , gourmandant Joseph Foucher, ne devait pas s'y prendre diflérem-
ment.
— Je renouvelle à madame la comtesse rassurance de mon zèle...
— Monsieur le comte dépense follement des sommes considérables sous prétexte
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(l'accomplir des actes de charité, et vous me le laissez i{{norer.
Etonné, Minot ne répondit pas.
— Î\I. le comte va jusqu'au fond des faubourgs les plus éloignés, et vous n'en savez rien !
— N'a-t-on pas induit en erreur madame la comtesse ?
— Quels sont ces hommes-là, dans mon salon, qui viennent remercier monsieur le comte ?
Suffisamment autorisé par cette question, IMinot se glissa auprès de la porte. Sans se montrer, il put voir Pas-de-Chance et Nivôse Bibeau.
Le menuisier hochait la tète et gonflait ses joues.
— Je ne crois pas, disait-il, que madame la comtesse dicte à M. le comte les bonnes œuvres qu'il fait.
— Ne vous hâtez pas de juger, répondait Nivôse, les apparences trompent souvent.
— C'est égal, elle n'a pas Tair généreux, à mon avis. Après ça, tant mieux si je m'abuse.
Un coup d'œil avait suffi à Minot pour examiner les deux ouvriers. Il revint vers Reine.
— Je connais un de ces hommes, dit-il, c'est un ami de la famille Périllon.
— Ah! tout s'explique, s'écria la comtesse.
— Le plus grand, le plus fort des deux assistait à cette fête, à laquelle madame la comtesse m'envoya prendre part, déguisé en musicien.
— C'est assez, je comprends.
La figure de Reine clincolait. Elle relouriia au salon.
— Retirez-vous , dit-elle à Bibeau et à Pas-(le-Cliancc : M. le comte ne veut pas vous recevoir.
— Mais, madame, hasarda le terrassier, notre visite vous aurait-elle offensée?
— Je sais à quoi m'en tenir sur votre compte ; sortez.
En aucun cas , le menuisier ne pouvait recevoir une insulte sans que la colère lui montât au cerveau.
Il s'arrêta ; toisant la comtesse.
— Crénom ! dit-il , crénom !
Il n'acheva pas, Bibeau lui avait pris la main , et lui rappelait qu'il était en présence de la comtesse de Prémouran , et chez leur bienfaiteur commun.
Pleine avait sonné. Une rangée de valets accompagnait les deux ouvriers. A chaque pas, il fallait que Nivôse calmât Pas-de-
00 LES OLVlUEilS
Chance, agacé par le bataillon flamboyant qui le suivait. Enfin ils sortirent de Thôtel de Prémouran.
— Quelle singulière façon de recevoir nos remcrciinents ! disait le terrassier.
— Ah! si vous ne m'aviez pas retenu, répliquait Pas-de-Chance.
— Je crois comme vous maintenant que M. le comte ne consulte pas sa femme quand il fait du bien.
— Pas plus qu'elle ne Ta consulté pour nous mettre à la porte. — Je gage que c'est elle qui poursuit Durousseau.
— Ce serait bien possible.
— Oh! les femmes!... Si Ninette Soviche voulait commander ainsi quand nous serons mariés !... A propos de Ninette , je n'ai pas de ses nouvelles ; à présent que je suis riche, elle manque seule à mon bonheur. Je vaiîi faire d'autres démarches alin
ni, iwMS. (i\
de la retrouver, n'est-ce pas. Nivôse? et puis j'irai voir PaïUaléon. Pourvu qu'il ne soit pas jaloux de mon opulence !
Le terrassier souriait des naïvetés de son ami ; et radieux , comme des héritiers récemment mis en possession , ils descendaient l'avenue de l'Etoile , se souvenant à peine de Taffront que Reine leur avait infligé.
Débarrassée de ces visiteurs étoniianfe , la comtesse appela Minot. Plus que jamais elle entrevoyait une conspiration. Sulpicc, amant d'Henriette , obéissait aux caprices de bienlaisance de cette jeune fille. De là, cette prodigalité dont bénéficiaient les amis des Périllon.
— Vous ne savez pas découvrir les choses qui m'intéressent au plus haut point , disait Reine Jlachu à Minot.
— Je fais tout mon possible, madame
la comtesse ; cette lettre que j*ai interceptée sur les simples indications qu'il vous a plu de me donner en est une preuve.
Un sourire fielleux courut sur les lèvres de Reine. Elle saisit la lettre que lui présentait Minot. Instruit par la comtesse des initiales sous lesquelles Henriette écrivait à Donatien, Minot avait adroitement trompé les employés de la poste au bureau restant. La lettre qu'il remettait à Reine était celle que la coloriste avait commencée par ces mots : « Nous avons des ennemis ; des haines implacables se dressent contre nous. »
— Ah ! tu t'en es aperçue déjà , pensa Reine , tu les sentiras mieux encore !
Cette lettre rac(»ntait qu'un individu avait accosté Périllon au sortir de son atelier ; niais elle ne satisfaisait guère la soif
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d'explications doiU la comtesse était dévorée.
— iMinot, dit-elle , je veux absolument savoir si Tarmurier Périllon ignore que sa fille a un amant, ou s'il fait semblant de rignorer.
Ce problème ainsi posé , Reine et Minot avisèrent aux moyens d'en obtenir la solution. Après avoir réfléchi un instant , Téspion se leva en disant :
•— Madame , la comtesse sera satisfaite sur ce point ; avant ce soir, je saurai tout en faisant agir les quatre compagnons menuisiers qui tenaillent ce bon M. Durousseau et qui tous quatre sont amoureux de mademoiselle Henriette.
i/Alelier coodamaé.
Il faut avoir vécu à Paris pendant les
premiers jours de la République de iSAS ,
pour s'être fait une idée de routrecuidance
qui s'empara alors d'une certaine classe
d'ouvriers. La révolution accomplie par
eux seuls , comme on le leur disait , ne
devait pi^ofiter qu'à eux. Quand on criait :
le peuple est Roi ! ils répondaient: le peu- III. $
pie c'est nous ! — Tout ce qui n'était pas ouvrier était bourgeois. Le moindre boutiquier échangeant le produit de son travail contre une somme quelconque ; le noircisseur de papier, poète ou savant, occupé à mourir de faim sous les solives d'un grenier, le commis, être infortuné dont la vie est pavée de chiffres; le clerc d'avoué , bimane cloué sur du papier timbré comme un hibou sur une porte ; tout cela était bourgeois aux yeux de l'ouvrier, et le bourgeois n'était pas du peuple !
Libournais et ses trois camarades , après la fusillade du 24 février, s'étaient sentis grandir d'une coudée. Durousseau , leur patron, n'était plus qu'une ombre d'exploiteur qu'ils allaient bientôt effacer à jamais. Ils ne se rendaient à l'atelier que quand bon leur semblait , et ils avaient signifié à Durousseau que s'il s'avisait de
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les remplacer, ils iiiicrdiraicnt fonriellenioiil sa maison , et empêcheraient par la toute - puissance de la corporation à laquelle ils appartenaient, qu'on travaillât chez lui. Il eut été impossihle , en temps ordinaire, que cette menace fût suivie d'exécution ; mais a])rès Février, rien n'eût été si facile: les maîtres, devenus responsables quand même de la misère des ouvriers paresseux , étaient tourmentés sans que la police osât intervenir. Durousseau-le-pauvre , surnommé Duronsseau l'exploiteur, avait été signalé déjà par les quatre compagnons.
L'atelier de la rue de Charonne était triste ce jour-là, Pantaléon et Pleurniche y travaillaient seuls. Depuis vingt-quatre heures les quatre compagnons étaient absents. François Diirousseau, accablé, han elé par les huissiers que la comtesse
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de Prémouran avait déchaînés contre lui afin de consommer sa ruine, descendait à peine de sa misérable chambre. A de longs intervalles il appelait Plemniiche et lui demandait s'il n'était arrivé aucune lettre à son adresse.
Pleurniche déployait une énergie vraiment admirable pour arracher son patron au sort qui le menaçait. Il lui avait voué cette amitié que la vieillesse affable sait inspirer à l'enfance. Les malheurs qui s'abattaient sur le maître menuisier avaient complètement métamorphosé le caractère de l'apprenti. Maintenant c'était un homme sérieux sous la taille et la désinvoiture d'un fjamin. 11 avait même conçu un plan tout particulier, afin de soustraire son patron aux tracasseries judiciaires. Il prenait chez la concierge les actes que les huissiers y apportaient et les brûlait
implacahlenicnt. Do la sorte, i>cnsail-il avec naïveté , ce sera absolument conime si iM. Duroiisseau ne recevait rien , et le pauvre cher homme ne pleurera pas sur ces méchants barbouillages.
Indigné de la conduite des quatre compagnons, il forçait Pantaléon à doubler son activité ordinaire; il travaillait, lui aussi , tant bien que mal , mais avec une ardeur prodigieuse. Son ambition eût été de faire , à force de se hâter, autant d'ouvrage qu'il s'en faisait quand tous les établis étaient occupés. Mais Pantaléon avait beau suer, Pleurniche avait beau le gourmander de ses lenteurs , l'absence des quatre compagnons laissait un vide immense dans les opérations de l'atelier.
Pleurniche s'en apercevait, hélas !
— Comment veulent-ils que le patron
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les paie, s'ils ne l'aident pas à livrer ses commandes î
— Je crois, répondait Pantaléon , sans discontinuer son travail , que Libournaisla-Prudence, après avoir échoué comme candidat à la délégation au Luxembourg , se présente aux électeurs du 8' arrondissement pour être représentant du peuple.
Hier soir, au club des Vertus , il a été admis à faire sa profession de foi.
— Il faut savoir manier la griffarde {\) pour être représentant !
— Uasoir !
Cette dernière exclamation , prononcée d'après certaines règles d'euphonie grivoise , sijpiilie : non.
— Il faut au moins, savoir babiller convenablement ?
(1) Hunw.
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— Pas davantage.
— Cependant, pour discuter les lois nouvelles qu'ils doivent faire , à ce qu'on dit.
— Il suffit de savoir voter. Tout le monde sait voter. Toi , Pleurniche , tu es peut-être très fort sur l'art de voter.
— Alors , toi , Culotte , tu pourrais être représentant du peuple ?
— Si j'avais l'âge, je me présenterais, parce que c'est une profession honorable et lucrative.
Parlant de la sorte, Pantaléon s'était rengorgé comme un chantre d'église qui entonne le Magnificat.
— Mais, tiens, voici les quatre autres qui arrivent là, en se dandinant, ont-ils l'air tlàneur, hein ? Us sont en toilette...
72 LES OLVRIERS
Oh ! bien sur ils ne courent pas après Touvrage.
Pleurniche montrait à Pantaléon , Lir bournais et ses amis qui , les mains enfouies dans leurs poches , s'approchaient de Tatelier.
— Si c'est pour narguer le patron qu'ils viennent, nous allons voir, Culotte , situ as du courage. A nous deux, il faut que nous leur donnions une leçon.
— J'y consens , répondit Pantaléon avec son flegme habituel.
— Ah! si je savait} où trouver Pas-de- Chance !
Les compagnons entrèrent. Ils étaient en grande toilette. Seulement ils n'avaient pas leur canne. Chacun d'eux mordillait un brûle-gueule. Libournais, ambitieux en toute chose , portait flamboyant entre ses lèvres un fourneau de pipe foncé en
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couleur et lolalomeni déiiuo de tuyau ; on oui (Jit qu'il voulait faire cuire sou nez sur ce petit brasier portatif. Les chapeaux (les (piatre com])a{]nons semblaient s'être cloinié le mot pour faire oblique à {f'àwche.
Us se dirifjèrent nonchalamment vers un établi et s'assirent dessus.
Pantaléon et Pleurniche continuaient de travailler sans lever les yeux.
Ce silence respectif dura quelques secondes, après quoi Libournais se leva et passa derrière Pleurniche dans l'intention de lui allonger un coup de pied en manière de salut amical. Mais Pantaléon glissa une planche entre le soulier prêt à partir et le dos menacé.
— Tu aurais dû laisser faire , lui dit Pleurniche , je parais le coup avec ce ciseau.
74 LBS OUVRIERS
En voyant le danger qu'il avait couru , Libournais devint furieux.
— Tu aurais pu me couper le pied ou 1 a jambe , petit scélérat !
— Vous auriez pu me casser les reins , vous ! répliqua Pleurniche.
Libournais s'avançait, la main haute, vers l'apprenti; Pantaléon Tarrêta. — Alors au bruit de Taltercation animée qui s'éleva entre ces deux ouvriers , François Durousseau descendit de sa chambre.
Il marchait lentement; il s'appuyait sur la rampe , car ses jambes étaient l'aibles.
— Ah ! te voilà , citoyen Durousseau , dit Libournais, tu as eu une bonne idée de descendre , nous avons à régler nos couiptes.
Ce tutoiement révolutionnaire excita
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au plus haut point l'irritabilité de iMeuriiiclio. 11 lit un signe d'intellijjence à l^antaléon.
— Je vous dois à chacun deux journées, dit Durousseau , voici la somme qui vous revient.
— Ce n'est qu'un côté de la question , répliqua Libournais en recevant l'argent. Nous voulons en iinir avec toi.
— Je ne suis pas bien , mes amis ; si vous êtes en gaîté , allez vous divertir où bon vous semblera.
Durousseau retournait vers l'escalier de sa chambre ; Libournais lui barra le chemin.
— Mon vieux , tu joues à nos dépends une comédie sur laquelle il faut baisser le rideau. Nous en savons aussi long que toi quant à la vérité de tes jérémiades.
— Vous persévérez à me croire avare et thésauriseur, n'est-ce pas?
— INous persévérons à dire qu'on ne doit plus travailler ici , et qu'il faut fermer l'atelier, continua Libournais enhardi par les éclats de rire de ses trois amis ; que cela se fasse aujourd'hui ou demain , c'est parfaitement la môme chose , et c'est juste: d'abord parce que tu es patron et que l'usage du patron étant considéré par nous comme immoral et abusif, nous avons décidé à l'unanimité qu'on en casserait le moule ; ensuite parce que tu nous as exploité pendant des années , et que nous ne voulons pas t'en voir exploiter d'autres.
— Vous êtes ivre , dit Durousseau.
— N'avez-vous pas honte de parler de la sorte, Libournais, ajouta Pantaléon , je vous croyais un bon homme , vous corn-
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moneo/ à inc désabuser. Je répéterai vos discours à mademoiselle Henriette.
Depuis quelques jours Pantaléon connaissait l'effet mafjique que le nom de la coloriste produisait indifféremment sur l'un on l'autre des compagnons.
— Vous n'aurez pas le temps de nous calomnier auprès d'elle , répondit Libournais , nous allons lui pousser une visite définitive , à cette maniérée. — Mais il ne s'agit pas de sentiment ici ; je dis à Durousseau qu'il n'a plus le droit d'exploiter les travailleurs, les citoyens qui produisent avec leurs bras ; et puisqu'il déclare être ruiné , il est de l'intérêt de notre corporation de ne pas lui permettre de chercher à se rattraper sur ses ouvriers. Il faut qu'il ferme sa boutique , et v'ià !
— Yous êtes de mauvaises gens , dit Du-