‹ Les ouvriers de ParisChapitre 6 sur 15 · G LES OUVRIERS · texte numérisé non relu

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la barrique ; elle doit être jalouse, la barrique. Oh! si j'étais riche, on ne servirait que des barriques sur ma table.

11 s'arrêta tout-à-coup, et prenant une mine tragique :

— Monsieur Pas-de-Chance, j'ai à vous entretenir en particuher, dit-il.

Ce ton de gravité imprévue fut si comique, qu'il réveilla pour un instant l'ancienne hilarité de Pleurniche.

— Est-il sérieux, ce farceur, dit Pas-de- Chance en s'approchanl.

■— J'ai des raisons pour être ainsi, monsieur.

— Que me veux- tu?

— Eloignons -nous, (let adulte n'a nul besoin d'enltmdre notre explication.

lia mirent entre eux et IMeurniche une distance de quelques pas.

— Monsieur Pas-de-Chance, reprit Pan-

laléon, en alïectîmt v.n nir sec etdislin{;né, |>oiir([iioi vous êtes-vons lait le complice (l'une ruse indique dont j'ai été victime? Le soir de la fête de mademoiselle Henriette Périllon, vous vous étesjouéde moi, comme d'une toupie. Voulez-vous réparer vos torts envers moi, répondez sans me rien déguiser. C'était Chevrotte qui vous avait dit de me transporter ainsi d'une chambre à Tautre afin que je ne restasse pas devant le placard?

Mentir était un vice ignoré à Pas-de- Chance ; mais aussi, trahir la confiance d'Henriette lui eût semblé un crime.

La première question de Pantaléon était ainsi formulée qu'il put répondre non, sans altérer la vérité.

— Ce n'était pas Chevrotte?

— Je t'ai dit : non.

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— Qui donc t'avait conseillé, monsieur Pas-de-Chance.

— Personne.

— C'était histoire de rire ?

— Tout simplement.

Si Pantaléon n'eût pas été ivre, au trouble de Pas-de-Chance il se serait aner-

if

çu que ce dernier dissimulait. Heureusement l'amoureux de Chevrette voyait double. Conséquemment il ne voyait rien.

— Enfin, je te rends mon esti...me; mais, sans le vouloir, tuas fait une grande bévue ce jour-là.

— C'est donc fini les explications sérieuses, dit Pleurniche en voyant revenir les deux amis.

— Si vous me tourmentez, je m'en vais î

— Oh! Pantaléon...

— VAï bien ! laisscz-inoi vous raconter

riiisloirc qui nrcst arrivée chez inadeiiioiselle Chevrodc lY'rillon...

— Ixaconle ; nous t'écoutoiis, dil Pas-de- (lliance en se remeUant au travail.

— Pour lors, les quatre compajjnons..., coniniença Pantaléon. Oh! les misérables! ce sont eux qui sont cause de

tout... Où sont-ils que je les écrase !... — 11 en resta là de son récit : il s'endormait.

Si Pantaléon eût pu à cette heure jeter un coup d'œil au milieu de la plaine Saint- Denis, il eût certainement cru que la Providence s'était chargée de châtier les quatre compagnons.

Quadrille an bâlOD.

Les quatre compagnons, au lieu d'examiner froidement la prétendue trahison de l'un d'eux, examen qui les eût bientôt convaincus de leur erreur, avaient décidé que, pour éclaircir cette ténébreuse mystification, il ne leur restait plus qu'à s'assommer réciproquement.

Peut-être nous dira-t-on que notre ro-

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man devrait être dédié au boxeur Leboucher ou au bàtoniste Charles Lecour à cause des nombreux coups dont il estponctué. Nous déplorons le caractère peu ganté de quelques-uns de nos personnages, mais en voulant esquisser le naturel des ouvriers, nous avons choisi les types hérissés et cassants qui représentent le mieux cette classe de la société. Notre histoire n'est pas une cajolerie de boudoir, nous n'avons pas trempé notre plume dans l'Arc-en-Ciel pour écrire dans le genre Crébillon (ils ou Louvet de Couvray.

Dans certains corps d'état, les compagnons fraîchement munis d'un jonc de deux mèlres recherchent avec acharnement l'occasion d'illustrer leurs rubans. En voyage hiycasHs bclU sont i'réquents-, c'est peutêtre souvent cette considération qui met

ni: lAuif;. ^75

nno liKMir d'orfiucil l)i'avachc au front du cauiaradcà (|uiron fail laœuduiie.

11 est des fjens qui se battent pour la {{loire. —Ce sont peut-être les plus coupables. — D'autres par tempérament : ne sont-ce pas les plus malheureux? Toutes leurs émotions se traduisent par un hautle-corps menaçant. Toutes leurs volontés , toutes leurs opinions politiques, toutes leurs passions ne sont que des poids plus ou moins lourds qu'ils sont accoutumés à lever à bras tendu. C'est pourquoi les quatre compagnons s'étaient rencontrés fort exactement sous la porte Saint-Denis à l'heure précisée.

Vous vous méprenez si vous croyez

qu'on eût pu lire sur leur visage le motif

de leur réunion. Us se souriaient, leur toi-

lellélait fort convenable. Chacun d'eux

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avait une grosse canne qui leur allait à hauteur d'épaule.

— Où allons-nous? demanda Tourangeau.

— Plaine Saint-Denis, répondit ïJbournais.

— Plaine Saint -Denis, répétèrent les autres en heurtant le pavé avec le hout cuivré de leur canne.

Ils partirent , marchant au pas et de front sur le milieu de la rue. Arrivés à la barrière de la Chapelle , Libournais fit claquer sa langue contre son palais :

— J'ai soir, dit-il; voyons, camarades, si nous buvions un coup avant d'aller plus loin.

Us entrèrent chez un marchand de vin, dont la boutique a devanture dorée j)ortait pour enseigne : A la Cacliclle de mon oncle. Le vin n'y était pas trop bleu ni trop clair,

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