‹ Les ouvriers de ParisChapitre 8 sur 15 · DE V\W · texte numérisé non relu

DE V\W

riisli(ine. I.os sols fertiles sont sacrific^'S aux exi.oences des cuisines parisit^nnes. Entre Vincennes et la barrière du Trône, vous ne voyez que des champs de salades, des jjrosses, des petites, des escaroles frileuses , abritées sous verres aussi bien qu'une pendule du vieux temps, des laitues robustes aux feuilles épaisses et vertes, comme les lapins aiment en voir; du coté de Colombes, des champs d'asperges et de carottes; dans la plaine Saint-Denis, des forets de choux et de raves. — Quelle poésie voulez-vous arracher à ce réalisme du pot-au-feu ! Croyez-vous qu'on ne doive pas une énorme reconnaissance aux gens qui ont eu l'heureuse idée de construire des chemins de fer, afin de traverser presque sans les voir ces armées de légumes et de tubercules qui assiègent éternellement Paris ?

178 LES OVVUhhS

La plaine Saint-Denis pourrait être certainement une assez jolie parcelle duglobe, où les faiseurs d'églogues iraient cueillir des marguerites et les Ophélies de la rue Saint-Martin chanter de mélancoliques regrets ; mais ce n'est qu'un vaste plat de carême, une maigre julienne offerte aux vulgaires besoins de la vie.

Ce tut un champ de raves que les compagnons choisirent pour lieu de combat.

Us marquèrent le point de départ de chacun d'eux, de manière à former les quatre saillies d'un carré.

Les conditions étaient celles-ci : chacun des combattants avant à se défendre contre les trois autres, ne peut, sans faire acte de lâcheté, s'entendre avec l'un de ses adversaires. On comprend quelle sanglante perspective s'ouvrait pour les quatre cham[)i()ns de cette lutte étnmge. Ils

n'étaient pas yens à reculer d'autant plus que tout leur désir de vengeance leur revint en ce moment. Si, au lieu de cannes, ils eussent eu des faux à manier, ils n'eussent peut-être pas reculé.

Avec ce respect économe que les ouvriers ont pour leurs vêtements du diman* che , ceux-ci se dépouillèrent de tout ce qui n'était pas indispensable. x\rmés de leur canne, les manches de chemises retroussées, ils vinrent prendre position.

Ce n'est plus le mot canne que nous pouvons employer maintenant, car, d'après les règles de ce genre de combat, le bout de bois est une canne ou un bâton, suivant sa longueur. Canne , il se manie d'une seule main ; bâton , il occupe les deux.

Malgré ses apparences débonnaires, le bâton est une arme redoutable, au point

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que les grands maîtres luttent rarement dix minutes sans de graves résultats.

Or nos compagnons étaient prêts. Le talon (c'est-à-dire la pomme de leur bâton) dans la main droite, la gauche en avant, ils attendaient le signal , un coup de sifflet de Libournais.

Libournais siffla, les bâtons se mirent en mouvement.

Gris était le ciel, une brise douce promenait sur la terre ces ineffables senteurs de menthe et de vanille que l'approche du printemps verse dans les airs; un petit oiseau chantait sur un arbrisseau. Il sautillait de branche en branche et voulait justifier le proverbe : gai comme un pinson.

Les compagnons se battaient , leurs joncs se heurtaient, mais il n'y avait encore aucune blessure ù constater. On au-

I)K PAIllS. ^Sl

rait juré qu'ils s'anuisaiciU. De loin, ils semblaient danser un boléro, tant ils gaaibadaient.

Le petit oiseau continuait sa chanson presque malicieusement. Peut-être avait-il à se venger de l'espèce humaine.

Un bout cuivré atteignit Tourangeau en plein visage ; son nez se transforma subitement en une fontaine de sang qui lui arrosait les lèvres, il poussa un rugissement, et attaquant Libournais qui venait de le blesser ainsi, il lui asséna sur la tête un coup qui le fit chanceler.

Le gazouillement du petit oiseau était plus animé que jamais.

Les bâtons, en s'entrechoquant, rendaient un bruit sec. Vivarais-la-Candeur, aux prises avec Albigeois-l'Intelligence , manoeuvrait avec une telle agilité qu'on

^82 LES OIÎVIUEKS

1 eùi dit cadié derrière une roue lournaiiie.

Comme on le voit , le combat se dessinait parfaitement. Chacun s'était pris un adversaire et ciierchait à en tinir avec lui, afin d'aller ensuite porter ses coups vainqueurs sur les autres.

Soudain Tourangeau poussa un cri et roula dans la poussière ; il avait une côte cassée par ce qu'on nomme un coup de flanc,

Libournais s'élança vers Vivarais et Albigeois. La victoire qu'il venait de remporter sur Tourangeau l'animait d'un courage féroce. 11 arriva en exécutant un moulinet qui aurait pu décapiter quelqu'un aussi bien qu'une guillotine. — Et les trois bâtons se rencontrèrent.

Le petit oiseau était demeuré à la méjne place ; il chantait toujjourvS.

La fureur avait succcdc à la prudence chez les trois derniers combattants, leurs yeux fu!{;uraient. Trop enhardi, Libournais voulait essayer surVivarais le coup de flanc qui avait brisé une côte à Tourangeau, mais au moment où il se disposait à exécuter sa dangereuse manœuvre, il devint lui-même victime d'une ruse fatale. Vivarais feignit de lui porter un coup de tête , il le para ; alors, tandis que son bâton était levé horizontalement, Vivarais lui donna un coup de figure si horrible qu'il tourna sur lui-même et tomba comme une masse inerte. — Un de ses yeux avait subitement jailli de Torbite.

Le petit oiseau ne chantait plus, il s'était enfui eflrayé, car un projectile de genre inusité, lancé jusqu'à lui, avait menacé sa chétive existence; — c'était l'œil de Libournais.

— A nous i\Q\i\ ! s'écria Vivarais.

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— A toiTatout! répondit Albigeois, en lui déchargeant sur l'estomac un coup de banderolley ainsi nommé à cause de la trace qu'il laisse.

Mais cette attaque fut très habilement déjouée par un bond en arrière , suivi d'une riposte subite.

— Ceci est du pique ! répliqua Vivarais en continuant Tallusion de son antagoniste, et ceci du cœur.

Le bâton a ses finesses homicides comme le sabre et l'épée ; Vivarais venait d'user d'une des plus cruelles, qui consiste à faire croire à son adversaire qu'on va lui donner un coup de bout , soit dans la poitrine, soit dans la iigure, et à lui lancer le talon du bâton dans le bas-ventre.

Albigeois chancela et se tordit.

— J'en ai assez, prononça-t-il d'une voix (HouHée par la douleur.

J^i il s'éloiidil auprès de Lihournais.

Le soir mèine, trois l)ranear(ls euiraieiU cnscnil)le à riiôpilal Saiul-Louis. Quant à Vivanus-la-Candcur, il se promenait sur le boulevard en l'uniant un ei{}are à paille.

Laide !

Tandis que les quatre compagnons se battaient au milieu de la plaine Saint-Denis, Reine attendait impatiemment Minot qui, on s'en souvient, lui avait promis de lui apprendre avant la fin du jour si Tamourde M. le comte pour Henriette était connu de l'armurier Périllon. Au moven de ce rcnseigneuient, eiie espérait décou-

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vrir si cette liaison n'était pas un complot tramé contre elle. Assise sur une ottomane en bois de rose, clans son salon Louis XV, elle remontait de mémoire, jour par jour, sa vie de comtesse, qui aurait pu être si splendide et que le caractère imprévu de Sulpice rendait si étrange. Elle se demandait néanmoins comment elle se serait procuré les émotions indispensables à sa fiévreuse activité morale, si son époux se fût endormi sur sa nouvelle position sans lui inspirer la moindre crainte. Alors , peut-être, au milieu de ce calme , les vibrations les plus secrètes de son cœur se seraient révélées : son amour pour Henri de Prémouran aurait repris sa place parmi ses passions ardentes. — Avaitelle aimé Sulpice ? Taimait-elle encore ? Ce sont des questions ditticilos à résoudre. Si elle Ta aimé, elle ne lui a donné que la

copie de son amour, de môme que ec jeune homme n'élnit que la copie du vérital)le comte. Pour ce dernier, elle avait conservé un sentiment qu'il lui était possible d'attiédir, mais non d'éteindre, licine n'avait pas eu encore de la jalousie contre Henriette, ni une vengeance positive à exercer contre Sulpice. Elle n'était pas jalouse d'Henriette , parce qu'il lui avait semblé entrevoir dans sa lettre autre chose qu'une intrigue de mansarde : l'apparence d'un danger sérieux, emportant son cœur jusqu'à la crainte, l'avait empêché de s'arrêter à la jalousie. Elle ne pouvait vouloir se venger de Sulpice parce qu'elle ignorait si le complot qu'elle supposait était réel. L'infraction à l'attachement conjugal n'entrait pour rien dans ces considérations : comment s'occuper de semblable niaiserie en présence des me-

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naçantes péripéties qui se déroulaient ! — Eh bien! toutes ces anxiétés avaient un charme pour Reine , ses souvenirs en étaient assoupis. Elle n'avait plus le temps de se rappeler Henri de Préniouraft , l'injure qu'il lui avait faite, la prison où il devait pleurer et souffrir là-bas sur les bords de rindre. Elle ne pouvait plus avoir la tentation qui lui était venue cent fois déjà, et à laquelle il lui avait fallu un effort prodigieux pour résister, ~ d'aller à la Jambedu-mort voir si le Pâlot ne se roulerait pas à ses pieds en lui demandant grâce.

Au moment où Pleine reculait ainsi sous les plus sombres allées de son passé, Sulpice entra.

— Madame, dit-il, combien payez-vous donc certaines gens pour que, dans le seul

hii(, (le vous plaire, ils s'exposent si lacileinent aux répressions de la loi ?

— Je n'ai pas l'avantage de comprendre votre question. Expliquez-vous, comte.

— On a détourné à la poste une lettre qui m'était adressée. Ce détournement n'a pu être effectué que par Tun de vos valets. Je vous prie de dire à ces misérables, que me suivre, m'espionnersans cesse est déjà beaucoup ; me voler, c'est trop. !

Sulpice parlait avec énergie, mais sans colère. — A la poste, où il était allé demander une lettre à ses initiales, on lui avait appris que la veille un personnage dont on ne se rappelait pas la physionomie était venu se faire remettre une lettre qui portait la^suscription qu'il indiquait. Cette révélation le jeta dans un dédale d'hypo-

thèses. Reine avait-elle découvert les secrets de sa correspondance amoureuse, comment les avait-elle découverts? 11 revint à l'hôtel de Prémouran tracassé par le détournement de sa lettre. En pensant qu'elle était peut-être maintenant entre les mains de Reine, il eut enfin un mouvement de révolte contre l'oppression tyrannique de cette femme, et il résolut de savoir la vérité. Tendre un piège à Reine, mettre sous ses pieds un trébuchet diplomatique, c'était essayer de tromper le diable.

— Que vous a-t-on volé, comte ? repritelle, en souriant de ce rire qu'on devrait appeler une morsure.

— Une lettre.

— Mais on ne peut voler que les choses qui ont une valeur.

— Ollo quo jo rrcliimo a nno vnlciii' pour moi, madamo.

— Bah ! un griffonnage de quelque fille perdue; une orthographe de cuisine !

En entendant outrager la pauvre Henriette, Sulpice sentit du feu courir dans ses artères.

— Ne parlez pas ainsi, madame, et ne ridiculisez pas la cuisine, qui, si vous vous en souvenez bien, touche presque à l'antichambre.

(yétait la première fois que Reine subissait une allusion à la médiocrité de son origine. Elle se leva, toisa Sulpice d'un regard llamboyant.

— Est-ce que pour laver vos triviales amours vous oseriez insulter votre femme !

194 LFS OUVhllùlvS

— Brisons, madame, sur ce sujet, iv vous reproche d'avoir fait prendre mes lettres par vos gens; si je me trompe, juslitiez-vouset voilà tout!

Une toux grêle et perçante qui paraissait sortir d'un cabinet voisin du salon, suspendit la réponse de Reine. Elle reprit :

— Comte, s'il vous plaisait m'attendre un instant, je vais revenir et vous donenrai les explications que vous me demandez.

Elle sortit. Sulpice n'avait pas remarqué la toux qui semblait avoir motivé la disparition de Heine. Cette dernière trouva Minot dans le cabinet. L'espion lui otïri un salu radieux.

— J'ai eu (lu mal, dit-il à voix basse,

mais enfin j'ai réussi. Madame laconjtosse désirait savoir si Périllon...

-— Oui ou non? demanda Reine im])aticmment.

— 1/armurier ne savait rien, madame la comtesse.

— Vous en êtes sur.

— Comme je suis sur d être le pins fidèle...

-- (Test bien, interrompit Reine. Dans un instant, quand je sonnerai, vous reviendrez me raconter les détails de votre excursion.

Minot salua de nouveau et il s'en alla.

La certitude que Périllon ignorait Tamour de wSulpice et d'Henriette détruisait

490 LES OrVhlER?;

les craintes de Reine* Le père Jérnsard ne pouvait avoir tramé celte combinaison sans ravoir communiquée à son amiTarmurier. Au lieu d'être une redoutable manigance de famille, ce n'était plus qu'une œuvre du hasard, aussi facile à détruire qu'elle l'avait été à se former. Reine revint auprès de Sulpice en haussant les épaules. Seul contre elle, ce jeune homme lui inspirait de la pitié. Uni à sa famille et à celle de Périllon, il lui eût fait peur. -— La dissimulation n'était plus utile maintenant.

Reine continua d'un ton fielleux.

— Vous disiez, comie, que vos lettres avaient été détournées à la poste; tranquillisez-vous, il n'y a en cela d'autre coupable que moi.

— Mais de quel droit pénétrez-vous ainsi dans les secrels de ma vie ?

Jiciiie éclata de rire.

— Oubliez-vous ((ue je suis voire l'eninie lé{jiliiiîc?

— Ma i'ennne!... répéta Sulpice; oui, NOUS avez acheté ma vie, mais croyez-vous donc avoir acheté mon amour !

L'éclat de rire de Reine se termina par une contorsion de colère.

— Vous êtes impudent, comte, dit-elle; votre amour je ne le demande pas. Je sais qu'il ne s'arrête que sous les mansardes, aux pieds des filles d'atelier sans pudeur — et sans pain, si vous n'étiez bon et généreux ; des filles qui ont des placards pour serrer leurs amants comme d'autres pour serrer leur vaisselle.

Cette alhision fit tressaillir Sulpice.

198 LES OUVHIHUS

Il n'y aviûl plus à en douter, Keiue savait tout.

— ïaisez-vous,s'é(:ria-t-il, c est moi que vous insultez î

— Je n'ai cependant même pas nommé mademoiselle Henriette Périllon , ditelle.

— Ne prononcez pas ce nom, madame -, ie vous le défends î

— Monsieur!... titKeint'.

En ce moment, peut-être, la jalousie se détendait-elle au fond de cette âme perverse.

— N'atiichez pas ainsi, dit-elle, votre amour pour l'eti^^ mpMtnre, car je poii^^niis m'en ven^.er.

l^eu à peu, calculant ses coups, Heine venait de planter une é|)ine sur le cœur de Sulpice. Il se redressa avec force, car il s'ajjissaitde proté<jer Ilenrietle dont la réputation pendait aux on<jles de cette l'emme. Certains hommes faibles et indolents à combattre les malheurs qui n'atteignent qu'eux, deviennent terribles quand ils défendent ceux qu'ils aiment.

Ainsi nous avons vu Sulpice menacer Reine une première fois, lorsqu'elle lui apprit si cruellement le moyen qu'elle avait employé pour le séparer à jamais de son père, ainsi nous le voyons maintenant, les poings crispés, les yeux hagards.

— Madame, repril-il, vous savez mon secret ; mais vous ignorez que j'aime lienrieite PtriUcii comme un mouraiil aime la vie ; vous ne savez pas que plutôt que de

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la voir souffrir, je verserais jusqu'à la dernière goutte de mon sang! Si vous songiez à faire du mal à cette jeune fille, —d'abord il faudrait être barbare et infâme 1 — Si vous songiez à cela... Oh! tenez, madame, j'en suis sur vous n'y songez pas !

Reine avait repris un rire satanique dont elle entrecoupa les mots suivants :

— Qu'y aurait-il d'étonnant à ce que je fusse jalouse ?

— Jlouse, vous?

— Qui vous dit que je ne vous aime pas ?

— Oh! madame, votre regard seul me dit la vérité.

— Je me jens rependant disposée à être

jalouse, laiil i)isi)our Henriette Périllon ; ma jalousie est mauvaise.

— Vous jouez à la cruauté ! s'écria Sulpice exaspéré ; mais prenez garde, car, de même que vous ne m'aimez pas, moi je vous bais! Je vous hais! reprit-il sourdement en s'approchant d'elle, blême et les dents serrées ; je vous hais comme on hait le démon, comme on hait la honte ; je vous ai haïe du jour où je vous ai vue, et j'ai deviné la laideur de votre àme sous la laideur de votre visage !

Ces mots frappèrent sur Reine comme la foudre; elle poussa un rugissement de tigresse blessée.

•— Lui aussi ! vociféra-t-elle ; lui aussi !

Sulpice eût souffleté Reine ; il l'eut traînée sur les pavés d'une place publique

202 LES OfVRIEliS

qu*il ne l'eût pas outragée davantage qu'en lui reprochant sa laideur. — C'était Tinsuite de Prémouran reforgée à neuf. On aurait cru que Sulpice l'avait entendue adresser à Reine et qu'il en connaissait l'effet.

La fille des Machu cacha sa figure dans ses mains, et se laissa tomber sur un fauteuil. Sulpice sortit du salon. — Seule, Reine eut un véritable accès d'épilepsie : elle mordit ses mains, elle mordit le velours de son fauteuil. Quand elle se releva, elle était hideuse à voir.

— Et je ne puis pas le tuer ! dit-elle.

Sans être initiée aux opinions du (]ode civil en matière de succession. Reine avait compris que la fortune du comte de Prémour.iii serait perJ.io pour el'e. si elle devenait veuve.

-— Allons, dil-elle, il faut atlendre palieiiimeni, me venjjer à petit feu. Il aime Henriette, tant mieux. Je vais rendre cette fiUc malheureuse... Elle paiera pour lui

celle là. ITahord je veux les séparer

qu'ils ne puissent plus se voir. — Où est Minot?

Reine sonna. Minot parut.

— Approchez, lui dit-elle. i\e m'avezvous pas dit que Périllon était un homme Violent ?

— Très violent.

— S'il apprenait que sa fille a un amant, que ferait-ii ?

— J'en demande pardon à madame la comtesse, uîais )'ar...iiritr Péi'illon siit, depuis aiijoura*lmi seulement, que sa lide

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n'est pas aussi sainte qu'elle en a l'air.

— Et il a appris cela froidement?

— Pas tout à fait. Sans l'intervention des amis qui se glissent toujours dans ces sortes d'afl'aires , la chose eût été sérieuse.

— Mais entin cette fdle n'a pas eu le châtiment qu'elle méritait?

— Non.

— Je veux d'abord qu'elle quitte Paris à l'improviste, afin que M. le comte perde

ses traces.

— Alors je crois qu'il faudrait faire |)artir toute la famille Périllon. En persuadant à l'armurier qu'il causera la perte de sa fille, son déshonneur, s'il ne va pas s'établir loin de Paris, je crois qu'on arriverait au

HE PAKIfi. 20?>

rosullal que si^ p^-^posi^ niadamo la roiiitesse.

— Vous en cliarf>ez-Yons ?

~ ÎMadamc la comtesse ne peut avoir le moindre doute à cet é^jard.

— Vous irez donc trouver Périllon ?

— Non, madamela comtesse, il est trop brutal cet homme. C/estpar son amiintime, un vieux cordonnier du nom de Jérusard, qu'il faudrait lui faire faire la proposition. Une bonne figure de prêtre ne serait pas inutile au succès de cette tentative.

— Un prêtre? dit Reine.

— Je me procurerai le costume. J'irai demain chez ce Jérusard, et j'aurai avec lui un entretien.

La tournure honnête que Minot songeait

20G LES OUVhlEHS

à donner à cette affaire convint à Reiiie.

— Vous ferez offrir à rarauirier deux mille francs à titre de dédommagement, dit-elle.

— Deux mille francs ne suffiraient pas, je crains.

— Trois mille.

— Que madame la comtesse veuille bien comprendre les pertes que cause à un ouvrier une sorte d*expatriation. Quatre mille francs Tindemniseront à peine si on met en compte les chances de chômage qu'il encourt dans une ville de province.

— Quatre mille francs, soit. Mais qu'il parte à l'instant.

Minot reçut la somme en manifestant le regret qu'il aurait si Pi'rillon ne Tacccptait pas.

— .le vous recoin riiande d'èlro prudent dit Heine en (erniinanl. Vous savez que vous ne devez prononcer mon nom ni celui de M. le comte.

— Madame la comtesse, j'ai de l'intelligence.

— r/est bien, dit Reine.

L'espion se ploya en deux en reculant, et il sortit.

VMé Miuot.

MinoL (leiiieurail rue du Faubourg du Houle, à l'entresol, sur le derrière, comme un petitrentier.il habitait ce quartiers cause de sa proximité de l'hôtel de Prémouran. Tous les matins, à moins que des missions importantes ne l'appelassent ailleurs, il lui fallait se rendre à un poste d'observation voisin de la demeure de Reine, où il

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