III
2iO LES OUVRIËKS
attendait que Sulpice sortît pour le suivre. La demeure de Minot était honnête :
deux chambres meublées convenablement.
Célibataire et économe, ce Scapin de vieille comédie jouissait d'une aisance qui avait été Tune des ambitions de sa vie : Avoir un appartement chaud Thiver, doux Tété, des pantoufles où fourrer ses pieds quand il rentrait et un petit trésor au fond d'un vieux bas. Sa conscience ne lui reprochait rien, car , selon lui, son premier maîlre la lui avait tuée d'un soufflet un jour qu'elle s'était avisé de lui adresser une objection. La justice des hommes le troublait peu, parce qu'il savait toujours côtoyer la marge du Code sans entrer dans le texte.
Observateur adroit et inventif, û se seu-
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lait né un siècle trop tard. Sous Louis \V ou ruchelieu, il se fût faufilé parmi les quelques valets illustres dont on voit les noms dans les coulisses de l'histoire ; sous la République de ^848, il se contentait d'être Ta^jent de la comtesse de Prémouran. Parfois peut être il lui venait la pensée de liquider sa situation, et de demeurer rentier; mais il repoussait cette tentation par un seul mot : Plus tard. Or, savez- vous ce ([ue devait être la liquidation de Minoi? Un négociant a un fonds qu'il peut vendre; un propriétaire a des maisons ou des champs; Minot avait des secrets: les secrets de Reine INÎachu.Ilnesavaitpas toute sa vie, il irjnorait le crime au moyen duquel elle enchaînait Sulpice ; mais il avait découvert un mystère, et sa découverle était une valeur néfjociable. — Jusqu'au monicntoù il se retirerait des affaires et
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liquiderait sa situation aux dépens de Reine, il avait résolu de la servir avec zèle.
Or, il était jour à peine, Minot s'habillait en prêtre afin d'allercbez Calixte Jérusard ; il achevait de boutonner sa soutane en essayant un son de voix et une mine apostoliques, lorsqu'on frappa à sa porte. Minot ne se connaissait pas d'amis; qui donc pouvait venir si matin le surprendre dans sa métamorphose?
~ N'importe! pensa-t-il, si c'est quelqu'un de ma connaissance, je vais savoir si je suis bien défjuisé.
Il donna un dernier coup de peigne à sa perruque, se coiffa d'un chapeau à larjfes bords, mit un bréviaire sous son bras et
ouvrit la ])or(e , car on frappait de nou*
veau
IMinot recula en se trottant les yeux. — 11 se trouvait en présence de M. le comte de Préniourau. — C'étaient bien la taillade M. le comte; sa barbe noire, sa pâleur, les habits qu'il portait habituellement ; mais , néanmoins, M. le comte avait un air extraordinaire ce matin, un air qui glaça le velet de Reine.
— C'est vous, Minot? dit le comte en entrant et regardant sous le chapeau à larges bords.
Jamais Minot n'avait parlé à M. le comte, même quand il n'était que simple valet à l'hôtel de Prémouran : jamais M. le comte ne lui avait parlé. Quand il le suivait, il croyait prendre de telles précau-