‹ Les ouvriers: drame en un acte, en vers (volume 2)Chapitre 17 sur 111 · Marcel, Jeanne · texte numérisé non relu

Marcel, Jeanne

E(, s'il te trouve froide au projet qu'il partage. Veux-tu donc qu'il me juge à mon désavantage?

JEANNE, assise à gauche de la table à ouvrage,

Eh bien, Marcel, écoute, apprends la vérité :

Oui, depuis trop longtemps j'ai tardé, j'ai lutté!

Tu ne te trompes pas, je te cache une chose

Que j'ai voulu cent fois tê dire : mais je n'ose !

J'ai si peur de troubler ton repos pour jamais ,

En rompant le silence où je me renfermais î

J'ai voulu t'épargner toujours la connaissance

Des pleurs que m'a coûtés, cher enfant, ta naissance...

(Marcel fait un mouyement, et Tient s'asseoir sur le fauteuU.)

Ah! ton berceau, mon fils, n'a pas été flétri ; Va, ne crains rien, ton père était bien mon mari !

MARCEL

Et pour quelle raison gardais-tu le silence ? Pourquoi prolongeais-tu cette étrange ignorance, Sans m'en parler jamais, sans presque le nommer. Celui que ton amour devait me faire aimer?

Pas un récit qui m'eût appris à le connaître. Pas un portrait de lui qui l'eût fait reparaître , Nul de ces souvenirs qui, rappelés souvent, Dans le culte du père élèvent un enfant !

Les fuis-tu? Sont-ils donc amers à ta mémoire?... Pourquoi ne m'as-tu pas raconté ton histoire ; Et, quand j'interrogeais tes regards soucieux, En disant : « Il est mort! » détournais-tu les yeux?

JEANNE

Depuis plus de vingt ans," ton père... m'a quittée, Et je garde avec toi la maison désertée.

Il vit?

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