SCÈNE SEPTIÈME
MARCEL, la protégeant, à Morin.
Non, monsieur! — car enfin, tout cela me regarde I —
Va, ne crains rien, maman, je suis là, je te garde!
Monsieur, ma mère est veuve et je suis orphelin.
D'un passé douloureux notre cœur est trop plein...
Elle ne vous connaît que par deux ans de honte.
Et de vingt ans de pleurs ne vous doit aucun compte.
Quant à moi , je n'ai pas à chercher mon devoir :
Je n'ai qu'à regarder ses yeux pour le savoir!
Elle seule a rempli dignement cette tâche
D'un dévouement obscur, d'un labeur sans relâche.
Ah ! pauvre mère ! plus j'y songe, maintenant,
Toi, jeune et belle encore, au travail l'obstinant,
Plus tu me parais sainte, héroïque, adorable.
D'être si vertueuse étant si misérable!...
Et moi, j'aurais été Tafireux petit bandit
Qui, du bouge au ruisseau, pâle, maigre, grandit;
J'aurais eu les instincts que l'exemple motive,
Avec une prison pour toute perspective!
Depuis longtemps déjà ces périls sont passés ;
Ma mère a fait de moi ce que vous connaissez.
Si le mal fût venu, vous étiez le coupable ;
Je voudrais l'oublier, je m'en sens incapable ;
Je n'ai jamais connu qu'elle, je lui dois tout :
Vous étiez mort pour moi, soyez-le jusqu'au bout!
MORIN
Jeanne, faites-le taire ; il passe la mesure. Trouvez- vous qu'il me rende assez votre blessure? — Eh bien, oui, vous avez raison, je dois partir, Et je reviens trop tard avec mon repentir.
Va-t'en, vieux criminel qu'on ne veut pas entendre, Et qui n'as noôme plus le droit de te défendre! Tout à l'heure, j'étais un brave homme, on m'aimait; Je ne sais de quels noms votre fils me nommait; J'étais une belle âme, un protecteur céleste; On m'appelait sauveur, n'est-ce pas, et lé reste! Et comme maintenant vous savez le passé, De tous ces beaux discours vous n'avez rien laissé!
* Vous ne demandez pas d'oià vient cet homme honnête,
* Sous combien de remords il à courbé la tête;
* Comment, par quels efforts, de quels maux abreuvé,
* Il a conquis la place où vous l'avez trouvé ;
* Comment il est monté de si bas à l'estime,
* Ce qu'il s'est imposé pour expier son crime,
* Et comment cet ivrogne affreux, cet assassin,
* Était à son retour un cœur loyal et sain I
* Vous le prenez bien haut, jeune homme, la morale
* Doit parler autrement, pour être libérale l
MARCEL
* Mais...
MORIN
N'interrompez pas... j'admire, en vérité,
* Aux bouches de vingt ans cette sévérité!
Ah ! vous voilà bien fier, pour être un jeune sage : Vous n'avez point passé par mon apprentissage.
* Votre mère, autrefois, vous expliquait le bien :
* La mienne me battait et ne m'apprenait rien!
* Enfant, ai-je entendu quelque bonne parole?
* Je n'ai jamais connu le chemin de l'école;
* Je lis, c'est tout au plus, j'écris tput juste assez